Gouttes d’eau sur pierres brûlantes

Dans l’Allemagne des années soixante-dix, un jeune homme sauvage et inexpérimenté se fait séduire par un homme plus âgé. Il l’installe chez lui. Léopold, le bourreau, va peu à peu pénétrer le cerveau de sa victime, Franz, et lui ôter son âme. En l’asservissant, il crée une dépendance, un attachement à l’autre sans égal. Franz y laisse son identité, son amour propre, sa raison. Un jeu de manipulation terrible, raconté avec un humour cinglant propre à Fassbinder qui avait l’intelligence de mêler drame et comédie, évitant de rajouter du noir au noir.

L’Ours

L’OURS comédie en un acte de Anton TCHEKHOV, adaptée par P. Achard et J.H. Duval – 1f. – 2h. – Durée : 40 mn

Cette farce en un acte met en scène Elena Ivanovna Popova, « une petite veuve avec des fossettes aux joues, propriétaire terrienne », Grigori Stépanovitch Smirnov, « un homme encore jeune, propriétaire terrien » et Louka, le vieux valet d’Elena.

Popova, veuve depuis sept mois, s’est retirée du monde et refuse de recevoir Smirnov, un exploitant à qui son mari devait de l’argent, et qui vient, lui-même tenu par ses propres dettes, le lui réclamer. Désespéré, mais surtout très en colère devant ce refus, Smirnov décide de rester chez Popova jusqu’à ce qu’elle le paie. Or Popova dissimule (plus pour très longtemps) un caractère également explosif ; la rencontre peut alors s’achever par un duel (Popova part chercher les Smith & Wesson de son défunt mari) ou par un mariage.

 

Extraits

“MME POPOVA. Bel homme !

SMIRNOV. J’ai l’honneur de me présenter : Lieutenant d’artillerie montée, de réserve, en congé, Grigôrie Stepanovitch Smirnov; propriètaire foncier.

MME POPOVA. Connais pas !

SMIRNOV. Il faut que je vous dérange pour une affaire assez grave … Feu votre mari ? (geste du doigt vers le portrait)

MME POPOVA. N’y touchez pas !

SMIRNOV. … qui est mort il y a neuf mois ? …

MME POPOVA. C’est exact.

SMIRNOV. … en me devant mille deux cents roubles ? C’est non moins exact.

MME POPOVA. Douze cents roubles?

SMIRNOV. En deux traites ! Comme je dois régler demain les intérêts de la Banque Agricole Impériale, je vous prierais respectueusement, Madame, de me remettre cette somme, séance tenante.

MME POPOVA. Vous voudriez que je vous donne de l’argent, comme cela, sans vous connaître? “ p 12

“MME POPOVA. Alors qui donc est fidèle en amour?

SMIRNOV. Les hommes.

MME POPOVA. Les hommes? Voilà qui est nouveau ! De tous les hommes que j’ai vus, le moins mauvais était mon mari. Je l’aimais comme une folle, je lui ai donné ma jeunesse, ma vie … ma dot … Je ne respirais que par lui, je l’adorais comme un dieu païen … et …

SMIRNOV. Et quoi ?

MME POPOVA. … Et il me trompait sans la moindre pudeur, à toutes les portes. Quand il est mort, j’ai trouvé ses poches gonflées de billets d’amour … Il en avait un plein coffre. Et quand il vivait, il faisait la cour à toutes les femmes, devant moi. Et je l’aimais, et je lui était fidèle, et je lui suis encore fidèle. Je me suis enterrée entre quatre murs pour l’éternité.

SMIRNOV. Pour l’éternité ! Ha ! ne me prenez pas pour un poupon : comme si je ne savais pas pourquoi vous portez cet ornement de catafalque qui vous va si bien : vous vous enterrez vive … mais sans oublier de vous mettre de la poudre !  » p 23

Les Larmes amères de Petra von Kant (suivi de Liberté à Brême et de Le Bouc)

Modéliste réputée, Petra von Kant tisse autour d’une jeune femme qu’elle emploie comme mannequin un rêve d’amour sans homme ni barrière de classe. Au réveil, tout un univers artistique fabriqué s’effondre, mais non Petra, en qui l’auteur voit une sorte d’héroïne de la sentimentalité, en quête de la vie.

Les joyeuses commères de Windsor

Traduction de Jean-Michel Déprats et Jean-Pierre Richard, préface de Gisèle Vienne – Cette farce exauce le voeu d’une reine. Ayant découvert Falstaff dans les deux parties d’Henry IV, avant que Shakespeare le fasse mourir dans Henry V, Elisabeth Ier voulait revoir sur scène le plantureux chevalier, amoureux cette fois. Et à Windsor, ce n’est pas la Cour que fréquente l’ancien compagnon de débauche du prince héritier, mais la petite société comique d’une ville de province, avec des étrangers – un pasteur gallois, un médecin français – qui massacrent l’anglais, et des bourgeois locaux, tels ces Lepage et Duflot dont Falstaff, nobliau sans le sou, guigne les femmes et la fortune. Courtisées en même temps, les deux joyeuses épouses mènent ensemble l’intrigue, de piège en piège, jusqu’à confondre, par une nuit de sabbat, au fond du parc royal, le vieux « cerf » en rut qui les poursuit, alors qu’une jeune « biche », la fille des Lepage, en profite pour s’enfuir avec son amoureux…

Extraits

“ MADAME DUFLOT. Assez lanterné : tenez, lisez, lisez; notez comment je pourrais accéder à la chevalerie. Je penserai pis que pendre des gros, tant que j’aurai un oeil pour voir la différence physique entre les hommes : lui qui s’interdisait les jurons, louait la pudeur des femmes et réprouvait dûment et noblement toute inconvenance, j’aurais juré sa nature assortie en vérité à ses paroles; mais loin qu’elles s’accordent et coïncident, c’est comme si on chantait les cantiques sur l’air grivois de Greesnleeves. Quelle tempête, je me demande, a fait échouer cette baleine, avec tous ses tonneaux d’huile dans le ventre, à Windsor? Comment me venger de lui ? Le meilleur moyen, je crois, serait de le bercer d’espérances jusqu’à ce que le feu mauvais de la concupiscence l’ait fait fondre dans sa graisse. Avez-vous jamais entendu rien de tel?

MADAME LEPAGE. Lettre pour lettre, sauf qu’à la place de Dufflot il y avait Lepage ! Pour pleinement te consoler de découvrir ainsi le mépris où il nous tient, voici la soeur jumelle de ta lettre, mais que la tienne soit la première à jouir du titre, car la mienne, je l’affirme, n’en héritera jamais. J’en suis certaine, il a mille de ces lettres, écrites avec un blanc à la place du nom, et les nôtres proviennent déjà d’une seconde édition : il les imprime, sans aucun doute; car peu lui importe ce qu’il me sous presse, quand il voudrait nous y mettre toutes les deux.

MADAME DUFLOT. Quoi ! C’est absolument la même : la même écrtiure, les mêmes mots. Pour qui nous prend-il?

MADAME LEPAGE. Vengeons-nous de lui : donnons-lui rendez-vous; faisons mine de l’encourager dans ses poursuites et poussons-le, à force d’atermoiements et d’appâts alléchants, à mettre ses chevaux en gage pour régler l’aubergiste de la Jarretière. “ p 63

“FALSTAFF. Quand les dieux ont le feu au derrière, que feront les pauvres hommes? Moi, me voici l’un des cerfs de Windsor, et le plus gras, je pense, de cette forêt. Rafraîchis pour moi ma saison du rut, Jupiter, sinon qui pourra me reprocher de pisser partout ma graisse? Qui vient là ? Ma Biche ?

MADAME DUFLOT. Sir John, es-tu là, mon cher, mon cerf?

FALSTAFF. Ma biche à la touffe noire? Que le ciel me lâche une pluie de patates douces, un tonnerre de chansons d’amour sur l’air de Greenleeves, une grêle de bonbon parfumés, et qu’il neige des racines aphrodisiaques ! Levez-vous, orages de la tentation, je veux me réfugier là.

MADAME DUFLOT. Madame Lepage est venue avec moi, cher cerf de mon coeur.

FALSTAFF. Partagez-moi comme un cerf braconné, un cuissot pour chacune. Je garderai mes flancs pour moi, mes épaules pour le garde-chasse du secteur; quant à mes cornes, je les lègue à vos maris. Est-ce que je suis un vrai coureur des bois, hein ? Est-ce que je parle comme Herne le Chasseur? Ah, le petit Cupidon à présent tient parole : il me rend tout. Aussi vrai que je suis un fantôme, bienvenue ! “ p 178