Macbett

Dans l’imaginaire collectif, Macbeth, ce roi d’Ecosse qui régna à la lin du XIe siècle, représente depuis Shakespeare l’archétype de l’ambitieux qui, poussé par sa femme, tua le roi légitime pour monter sur le trône et multiplia meurtres et exactions. Avec Macbett, pièce qui témoigne de sa vision amère des grands drames qui ont bouleversé le XXe siècle – nazisme et communisme qu’il a toujours renvoyés dos à dos – Ionesco crée une oeuvre burlesque dans laquelle la politique n’est que le jeu absurde d’un fou, le caprice d’un paranoïaque satanique. Plus que jamais son théâtre apparaît comme une « farce tragique », sous-titre dont il qualifie lui-même Les Chaises, l’une de ses premières pièces.

Caligula

Ange en quête d’absolu ? Monstre sanguinaire ? Avant la guerre, Albert Camus conçoit Caligula, ainsi que Sisyphe ou Meursault (L’Étranger), comme un héros de l’Absurde. En 1945, la pièce est reçue comme une fable sur les horreurs du nazisme. Ses versions et ses mises en scène successives, l’évolution de la sensibilité du public ont contribué à faire de Caligula une des figures les plus troublantes de notre théâtre.

Le conte d’hiver

Traduction de Bernard-Marie Koltès – Une pièce en cinq actes, vraisemblablement écrite en 1611. Le titre sous-entend : histoire à raconter au coin du feu. Histoire de l’apparition du mal dans les rapports humains, de la jalousie, des divisions, des souffrances, des discordes, du triomphe final de la paix. On nous racontes ici l’histoire de Leonte roi de Sicile qui pris de jalousie est persuadée que sa femme, la reine nommé Hermione, le trompe avec Polixène roi de Bohême. 

Extraits

“HERMIONE. Il reste, monseigneur.

LÉONTES. À moi, il a dit non. Hermione, ma chère, vous n’avez jamais mieux parlé.

HERMIONE. Jamais?

LÉONTES. Jamais. Sauf une fois.

HERMIONE. Ainsi donc j’aurai bien parlé deux fois? Je vous en supplie, dites-moi : quand était-ce, la première? Une bonne action, si on n’en parle pas, elle meurt et elle tue toutes celles qui auraient pu suivre. Gavez-moi de louanges comme une grosse bête domestique; les compliments sont mon salaire, et vous me ferez courir plus vite avec un baiser qu’à coups de cravache. Allons, allons : ma dernière bonne action, c’est qu’il reste : alors la première? Il y a une soeur aînée, ou je vous ai mal compris. Quand était-ce? dites-le moi, je m’impatiente.

LÉONTES. C’est lorsque, après trois mois misérables, pendant lesquels je n’ai pas réussi à ouvrir votre blanche main, ni vous faire accepter mon amour, alors vous avez su dire : je suis à vous pour toujours. “ p 14

“LÉONTES. Fichez-la dehors !

PAULINA. Essayez-donc, mais tant pis pour les yeux du premier qui me touche. Je sortirai d’ici de moi-même, mais d’abord, je remplirai ma mission. La vertueuse, vertueuse reine vous a donné une fille; la voici; elle vous demande de la bénir.

LÉONTES. Dehors, sorcière hystérique ! Sortez-la, sortez-la ! Maquerelle intrigante !

PAULINA. Je ne m’y connais pas plus là-dedans que vous en m’accusant; et je suis honnête, au moins autant que vous êtes dément. Et, au train où va le monde, c’est largement suffisant comme honnêteté.

LÉONTES. Traîtres ! Vous n’allez donc pas la mettre dehors ? (À Antigonus) Prends ce bâtard, toi, vieil idiot, toi qui te laisses battre et foutre à la porte du nid par madame la Poule, ramasse le bâtard, ramasse-le je te dis; et donne-le à ta mégère.

PAULINA. Que tes mains soient déshonorées à jamais si tu ramasses la princesse, à cause de cette accusation de bâtardise dont il t’affuble.  » p 41

Henry V

Traduction de Sylvère Monod – Henry V (1599) retrace la glorieuse expédition militaire du souverain britannique éponyme et de ses compagnons sur le Continent (1414-1420). Cet épisode célèbre de la guerre de Cent Ans allait être couronné par la victoire des archers anglais à la bataille d’Azincourt. Quiconque aura combattu avec nous le jour de la Saint-Crépin.

Extraits

“LE GOUVERNEUR. Nos espérances prennent fin en ce jour. Le Dauphin, auprès de qui nous avons imploré des renforts, nous répond que ses armées ne sont pas encore prêtes à faire lever un si grand siège. C’est pourquoi noble roi, nous livrons notre ville et nos vies aux douceurs de ta merci : franchis nos portes, dispose de nous et de nos biens, car nous ne sommes plus en état de nous défendre.

LE ROI. Ouvrez vos portes… Allons, oncle Exeter, c’est vous qui entrerez dans Harfleur; restez-y et armez fortement la ville contre les Français; usez de merci envers tous. Pour nous, cher oncle, puisque l’hiver vient et que la maladie se propage parmi nos soldats, nous nous retirerons à Calais. » p 107

“ WILLIAMS. Comment te reconnaitrais-je?

LE ROI HENRY. Donne-moi quelque gage qui t’appartienne, et je le porterai à mon chapeau; si tu oses le réclamer, alors j’en ferai ma querelle.

WILLIAMS. Voici mon gant; donne-moi un des tiens en retour.

LE ROI HENRY. Voilà.

WILLIAMS. Moi aussi je le porterai à mon bonnet; à partir de demain, si jamais tu viens me dire : « C’est mon gant », sur ma main, je te soufflette.

LE ROI HENRY. Si jamais je vie jusqu’à cette rencontre, je le réclamerai.

WILLIAMS. Tu oserais plutôt te faire pendre.

LE ROI HENRY. Sur ma foi, je le ferai, quand bien même je te trouverais en compagnie du Roi. “ p 157

“LE ROI HENRY. Foin de mon mauvais français ! Sur mon honneur, en bon anglais, je t’aime Kate; et sur cet honneur je n’ose jurer que tu m’aimes, mais mon sang commence à me bercer de l’espoir qu’il en est ainsi, malgré le pauvre aspect rébarbatif de mon visage. Mauvaise ambition de mon père ! Il pensait à des guerres civiles quand il m’a engendré, j’ai donc été créé avec des dehors revêches, avec un visage de fer, si bien que, en vérité, Kate, plus je vieillirai, plus j’aurai bon air.  » p 229