OTHELLO

Traduction François-Victor Hugo – L’action se déroule sur l’ile de Chypre. En pleine tempête, le Maure Otello, chef de guerre victorieux, retrouve sa jeune épouse Desdémone. Mais sur place, il devient surtout la victime de la haine vorace et bien dissimulée de son lieutenant Iago, incarnation brute du mal, prêt à tout pour détruire son maitre.

Extraits

“IAGO. Tu es sûr de moi. Va ! Trouve de l’argent. Je te l’ai dit souvent et je te le redis : je hais le More. Mes griefs m’emplissent le coeur; tes raisons ne sont pas moindres. Liguons-nous pour nous venger de lui. Si tu peux le faire cocu, tu te donneras un plaisir, et à moi une récréation. Il y a dans la matrice du temps bien des événements dont il va accoucher. En campagne ! Va ! munis-toi d’argent. Demain nous reparlerons de ceci. Adieu ! “ p 22

“OTHELLO. Si elle me trompe, oh ! c’est que le ciel se moque de lui-même ! Je ne veux pas le croire.

DESDÉMONA. Eh bien, mon cher Othello ! Votre dîner et les nobles insulaires par vous invités attendent votre présence.

OTHELLO. Je suis dans mon tort.

DESDÉMONA. Pourquoi votre voix est-elle si défaillante? Est-ce que vous n’êtes pas bien ?

OTHELLO. J’ai une douleur au front, ici.

DESDÉMONA. C’est sans doute d’avoir trop veillé. Cela se passera. Laissez-moi vous bander le front avec ceci : dans une heure, tout ira bien. (Elle lui met son mouchoir autour du front)

OTHELLO. Votre mouchoir est trop petit. (Il défait le mouchoir qui tombe à terre). Ne vous occupez pas de ça. Venez, je vais avec vous.

DESDÉMONA. Je suis bien fâchée que vous ne soyez pas bien.

ÉMILIA, seule, ramassant le mouchoir. Je suis bien aise d’avoir trouvé ce mouchoir. C’est le premier souvenir qu’elle ait eu du More. Mon maussade mari m’a cent fois cajolée pour que je le vole; mais elle aime tant ce gage qu’elle le porte sans cesse sur elle pour le baiser et lui parler. J’en ferai ouvrer un pareil que je donnerai à Iago. Ce qu’il en fera, le ciel le sait, mais pas moi. Je ne veux rien que satisfaire sa fantaisie.  » p 52

Soeurs (Marina & Audrey)

C’est l’heure de la vengeance du règlement de comptes c’est l’heure où marchant sur mes pas tu viens me faire payer d’avoir été la plus aimée c’est ça ? Et toi celle qui soi-disant n’a pas été désirée? C’est ça ? Une mère qui meurt… Une de ses filles est là, mais l’autre n’a pas été prévenue à temps. Erreur ? Faux pas ? Négligence ou acte manqué ? Fatalement arrive le temps de la confrontation. La famille, la proximité de la mort, les amours non réalisées…L’oeuvre de Pascal Rambert tire ses racines de ces ingrédients là. De cette matière fictionnelle qu’il creuse inlassablement, il extirpe de véritables pépites. Ici, tout repose sur la puissance de l’échange. Face à face, deux blocs d’énergie pure, des rapports de force organiques. Création du 6 au 8 novembre 2018 à Bonlieu, scène nationale d’Annecy, dans une mise en scène de l’auteur.

Le conte d’hiver

Traduction de Bernard-Marie Koltès – Une pièce en cinq actes, vraisemblablement écrite en 1611. Le titre sous-entend : histoire à raconter au coin du feu. Histoire de l’apparition du mal dans les rapports humains, de la jalousie, des divisions, des souffrances, des discordes, du triomphe final de la paix. On nous racontes ici l’histoire de Leonte roi de Sicile qui pris de jalousie est persuadée que sa femme, la reine nommé Hermione, le trompe avec Polixène roi de Bohême. 

Extraits

“HERMIONE. Il reste, monseigneur.

LÉONTES. À moi, il a dit non. Hermione, ma chère, vous n’avez jamais mieux parlé.

HERMIONE. Jamais?

LÉONTES. Jamais. Sauf une fois.

HERMIONE. Ainsi donc j’aurai bien parlé deux fois? Je vous en supplie, dites-moi : quand était-ce, la première? Une bonne action, si on n’en parle pas, elle meurt et elle tue toutes celles qui auraient pu suivre. Gavez-moi de louanges comme une grosse bête domestique; les compliments sont mon salaire, et vous me ferez courir plus vite avec un baiser qu’à coups de cravache. Allons, allons : ma dernière bonne action, c’est qu’il reste : alors la première? Il y a une soeur aînée, ou je vous ai mal compris. Quand était-ce? dites-le moi, je m’impatiente.

LÉONTES. C’est lorsque, après trois mois misérables, pendant lesquels je n’ai pas réussi à ouvrir votre blanche main, ni vous faire accepter mon amour, alors vous avez su dire : je suis à vous pour toujours. “ p 14

“LÉONTES. Fichez-la dehors !

PAULINA. Essayez-donc, mais tant pis pour les yeux du premier qui me touche. Je sortirai d’ici de moi-même, mais d’abord, je remplirai ma mission. La vertueuse, vertueuse reine vous a donné une fille; la voici; elle vous demande de la bénir.

LÉONTES. Dehors, sorcière hystérique ! Sortez-la, sortez-la ! Maquerelle intrigante !

PAULINA. Je ne m’y connais pas plus là-dedans que vous en m’accusant; et je suis honnête, au moins autant que vous êtes dément. Et, au train où va le monde, c’est largement suffisant comme honnêteté.

LÉONTES. Traîtres ! Vous n’allez donc pas la mettre dehors ? (À Antigonus) Prends ce bâtard, toi, vieil idiot, toi qui te laisses battre et foutre à la porte du nid par madame la Poule, ramasse le bâtard, ramasse-le je te dis; et donne-le à ta mégère.

PAULINA. Que tes mains soient déshonorées à jamais si tu ramasses la princesse, à cause de cette accusation de bâtardise dont il t’affuble.  » p 41