Cheveux d’été (précédé de A la carabine)

Une femme est assise sur le ventre d’un homme, les mains autour de son cou. Elle serre.

à la carabine (suivi de Cheveux d’été)

Le point de départ de l’écriture, c’est l’histoire d’une enfant de onze ans qu’un tribunal français a reconnue consentante à son propre viol. Cette enfant devenue jeune femme, l’écriture l’invite à se faire justice elle-même. La pièce met en scène la jeune fille et son agresseur, un ami de son frère, dans une situation qui dérape, qui n’est pas préméditée, mais dont l’agresseur demeure responsable, pour ne pas dire coupable. Ce n’est pas une réparation. Ce n’est pas une résilience. Parce qu’il y a des points de non-retour, des intolérables. Parce qu’à la violence extrême ne répond pas l’espoir, ni la compassion, ni la compréhension. Parce que l’Histoire a canonisé Martin Luther King et diabolisé Malcom X, alors que l’un n’aurait pas pu se faire entendre sans l’autre. Parce qu’on exhorte les soumis·e·s à la non-violence, au silence, à l’humour, à la patience, afin d’éviter que les forces ne se renversent. Parce que les femmes qui usent de la violence deviennent aussitôt des monstres. Parce qu’à la violence répond la violence, implacable, furieuse. 

Inconditionnelles

Dans une prison pour femmes, Chess et Serena partagent la même cellule. Elles s’aiment. Quand Serena obtient sa libération conditionnelle, les deux femmes sont dévastées. Pour s’évader, Chess chante et écrit des chansons. Elle pense à son crime et sa blessure, et compose une chanson pour sa fille. Dans sa quête de rédemption par la musique, elle n’aurait jamais imaginé être rattrapée par son propre passé.

Cette pièce comporte des chansons originales composées par Kae Tempest et Dan Carey, sur des paroles de Kae Tempest.
Les partitions originales sont reproduites en fin d’ouvrage.

Les Femmes de Barbe-Bleue

Dans le cabinet secret de Barbe-Bleue, il y a toutes les femmes qu’il a aimées puis assassinées. Elles nous racontent leurs histoires ; comment elles se sont fait séduire, comment elles ont été piégées. L’excitation, au début… Comment elles n’ont pas su s’enfuir. En rejouant leurs histoires, elles tentent de trouver des « fins alternatives », de s’entraider en vue d’une libération posthume.

Débris (suivi d’Après la fin)

Dans Débris, le jour de son seizième anniversaire, en rentrant de l’école, Michael découvre son père crucifié dans le salon. Il s’enfuit, court, espionne « la vie des autres gens », et s’enfuit de nouveau, court et se réfugie dans un tas d’ordures où il découvre un petit bébé mourant, abandonné là. Il le récupère, le sauve, le bébé se nourrit de son sang et survit. De cette rencontre nait en Michael l’espoir d’une autre vie, ou du moins un objectif à sa vie. C’est aussi l’histoire de sa soeur, racontant sa mère, morte à sa naissance en s’étouffant avec un os de poulet…Ces deux gamins se racontent. Et ils espèrent. Le jour où Oncle Henri les enlève à leur père alcoolique pour leur offrir une nouvelle vie en les plaçant dans un foyer.

Dans Après la fin, Louise se réveille dans un abri souterrain suite à une explosion nucléaire. Mark prétend l’avoir sauvée à la sortie du pub et la maintient sous haute protection. Imposant à Louise « un jeu de rôles » brouillant les frontières entre le réel et la fiction, Mark s’avère un hôte confondant et colérique. Parfois les rapports de domination s’inversent. Qui persécute qui ? Jusqu’où iront ces deux survivants murés dans leur abri antiatomique ?
Créant du jeu au sein de ses récits, Dennis Kelly nous livre des dissections dramatiques sur du vivant. Avec une délectation suffocante.

EXTRAITS Débris

 » MICHELLE. Ma mère est morte de joie. Le jour de ma naissance, je me tiens là, suspendue dans le fluide maternel, dans sa gelée, le pouce dans la bouche, et mon père et ma mère ressentent alors un élan de joie si profond les emporter, dégouliner sur leur peau qu’ils savent d’instinct que s’ils ne trouvent pas le moyen d’exprimer ce feu, ce sera la fin pour nous trois et nos corps se désagrégeront face à l’extrême puissance de cette énergie. Alors mon père cuisine un poulet.  » p 20

« MICHAEL. Longtemps j’avais cru qu’on trouvait les enfants dans les groseilliers. Puis j’avais entendu que des cigognes les apportaient langés de blanc et les laissaient délicatement tomber dans les cheminées. J’avais même cru un moment qu’on venait au monde par le miracle de la conception, la gestation et l’accouchement. Je savais désormais que ce n’était pas le cas. Comme les champignons, les enfants poussent sur les déchets. Ils se construisent peu à peu à partir de feuilles pourries, de canettes de Coca, de seringues usagées, d’emballages de Monster Munch. Ils attendent ensuite que leurs parents les trouvent. Je sais que c’est vrai. C’est là que je l’ai trouvé.  » p 33

« MICHAEL. Bien mes petits chéris…

MICHELLE. Dit Onclenri.

MICHAEL. … vous vous êtes très bien tenus. Vraiment très bien ! Onclenri est content, et vous vous allez vivre dans une grande maison.

MICHELLE. Hourra !

MICHAEL. Mais d’abord …

MICHELLE. dit Onclenri

MICHAEL. … pour vous montrer combien je suis content…

MICHELLE. Et il s’est rapproché de nous …

MICHAEL. … on va jouer à un petit jeu …

MICHELLE. … une drôle d’expression sur le visage.

MICHAEL. … un petit jeu très …

MICHELLE. Nous on aime bien les jeux.

MICHAEL. …affectueux.

MICHAEL. Autant vous y habituer dès maintenant … » p 45

Extraits Après la fin

 » LOUISE. Tu avais raison. Tout ça, je veux dire. L’abri et –

MARK. Louise –

LOUISE. Non mais c’est vrai, non? On s’est tous foutus de toi, on s’est marrés quand tu as acheté un appartement avec un abri dans le jardin

MARK. Bon sang, c’est pas important, maintenant, et c’est pas pour – je te répète que c’est pas pour ça – que j’ai acheté l’appartement.

LOUISE. Je sais

MARK. Je l’ai acheté parce qu’il me plaît et qu’il est pas trop mal situé par rapport aux transports, et il se trouve qu’il y avait un vieil abri sur l’arrière.

LOUISE. Ouais, mais tu l’as gardé?

MARK. Je l’ai gardé, oui, plutôt que de le démolir

LOUISE. Et tu l’as approvisionné, Au cas où –

MARK. Je l’ai approvisionné parce que le monde est devenu dingue, putain !  » p 73

 » MARK. Tu étais fausse.

LOUISE. Fausse?

MARK. En même temps tu étais bourrée, alors j’ai

LOUISE. Fausse? Putain, t’es qui pour décider si je suis fausse?

MARK. Tu n’étais pas toi.

LOUISE. Tu décides pas qui je suis, je décide

MARK. On avait parlé, au tout début, on avait parlé de tellement de

LOUISE. Et j’appréciais, vraiment, je veux dire on a eu de bonnes

MARK. choses importantes, comme

LOUISE. Et j’aime ça, vraiment, mais qui tu es pour décider qui je suis, putain

MARK. le clonage, le réchauffement, et là tu parlais de ces trucs sans aucun intérêt

LOUISE. Je me comportais normalement, je parlais avec des gens –

MARK. Tu te valorisais.
LOUISE. Quoi ?

MARK. Tu te valorisais.
LOUISE. Oh, bon sang de bordel !  » p 87

« LOUISE. Il y a quoi là-haut?

MARK. Quoi?

LOUISE. Réponds !

MARK. Des retombées, des décombres –

LOUISE. Et les garçons?

MARK. Quels garçons?

LOUISE. Les garçons que j’ai entendus, qu’est-ce que –

MARK. Un rêve –

LOUISE. Je vais te couper la bite.
MARK. S’il te plaît, non.

LOUISE. J’vais te la couper et regarder.

MARK. S’il te plaît, s’il te plaît ne –

LOUISE. Dis-moi !

MARK. Je t’ai dit !

LOUISE. C’est la vérité?

MARK. C’est la vérité, c’est vrai, c’est –

LOUISE. Arrête de pleurer. Arrête de pleurer, putain. Mets la chaîne. Mets la chaîne.

MARK. Non.

LOUISE. Mets –

MARK. D’accord, écoute, Louise s’il te plaît, me force pas à mettre la chaîne.  » p 114

Girls & Boys

Une femme dont on ne connaîtra jamais le nom raconte l’histoire de sa rencontre et de sa relation avec son mari, dans un monologue au ton léger et décalé. Cependant, la comédie joyeuse des débuts – rencontre truculente dans une file d’attente d’EasyJet, relation amoureuse et enfants – vire rapidement au drame. Scénariste réputé et maître de l’asphyxie, l’auteur cisèle un foudroyant retournement de situation. Comment bascule-t-on de l’idylle à l’horreur la plus brutale ? Qu’est-ce qui pousse un être humain à commettre l’impensable ? Denis Kelly explore les ressorts enfouis de la masculinité, des relations amoureuses, de la filiation et de la folie, à travers cette puissante tragédie, jouissive et mélancolique.

Extraits

« Et c’est là que j’ai réalisé que j’avais 25 ans et que je n’avais eu en tout et pour tout que trois partenaires sexuels; le premier juste pour une nuit, le deuxième pendant six mois et le dernier pendant quatre ans. Alors j’ai rentré tout ça dans un tableur Excel et j’ai eu le choc de découvrir qu’à ce rythme-là j’allais rester avec mon prochain mec pendant 326 ans. Alors j’ai décidé de changer de cap. Je me suis amusée. De l’alcool, des drogues, beaucoup de cocaïne et de partenaires différents – c’était sympa et drôle et aussi destructeur et un peu déprimant et étrangement froid et dérangeant mais aussi stimulant – confus. C’était confus.  » p 8

« Dans les mariages il se faisait toujours draguer. Toujours. Il portait bien le costume. Dans les mariages il y en avait toujours une pour lui faire des avances. Et de temps en temps – juste de temps en temps – il répondait aux avances, l’enfoiré. Ouais il aimait plutôt bien regarder les filles. Et c’était … OK, je veux dire, on aime ça être regardées, non? Alors … alors ouais, non, OK. C’est pas grave.  » p 38

« On s’était toujours disputés, mais il y avait des limites qu’on ne dépassait pas. Vous voyez, comme si quelque part dans ces moments-là vous vouliez protéger la personne que vous aimez, alors que vous n’avez qu’une envie c’est de lui foutre un gros coup de marteau dans les dents. Mais là c’est comme si tous les freins avaient lâchés et qu’on dévalait la pente à toute vitesse avec une seule envie, faire mal à l’autre. Vous vouliez juste qu’il souffre.  » p 53