La cerisaie

Traduction de Jean-Claude Carrière – La Cerisaie, est l’histoire d’une famille aristocrate qui s’est appauvrie. Voilà trois ans que la mère, Lioubov, et la fille, Anya, étaient en voyage en Europe, à Paris. Mais le manque d’argent et les dettes forcent leur retour. 

Extraits

“ LIOUBOV. O mon enfance, ma pureté ! Je dormais dans cette chambre, d’ici je regardais le jardin. Le bonheur se réveillait avec moi chaque matin, et c’était tout comme aujourd’hui, rien n’a changé. Blanc, tout blanc ! Oh mon jardin ! Après l’automne sombre et humide, après l’hiver froid, tu es de nouveau jeune, plein de bonheur, les anges du ciel ne t’ont pas abandonné … Si on pouvait arracher cette pierre pesante de ma poitrine et de mes épaules, si je pouvais oublier mon passé.

GAEV. Oui, et le jardin sera vendu, pour dettes, aussi étrange que cela paraisse …  » p 59

“ LIOUBOV. Je suis née ici, ici ont vécu mon père et ma mère, mon grand-père, j’aime cette maison, sans la cerisaie, je ne comprends pas ma vie … et s’il faut la vendre, alors qu’on me vende avec elle … Après tout, mon fils s’est noyé ici … Prenez pitié de moi, vous êtes bon et charitable.

TROFIMOV. Vous savez que je suis avec vous de toute mon âme.
LIOUBOV. Il faut dire ça d’une autre façon, d’une autre façon … Mon âme est si lourde aujourd’hui, vous ne pouvez pas imaginer. Il y a tant de bruit ici, mon âme tremble à chaque son, je suis toute frissonnante, mais je ne peux me retirer, j’ai peur d’être seule dans le silence.  » p 99

Oncle Vania (suivi des « Trois Soeurs »)

Traduction de Michel Adamov – Dans Oncle Vania, le vieux professeur Sérébriakov est venu se retirer à la campagne, dans la maison de sa première épouse. Cette arrivée perturbe la vie paisible de Sonia, la fille du professeur, et d’oncle Vania, qui à eux deux exploitent tant bien que mal le domaine. D’autant que l’attention des proches, y compris celle de Vania, se cristallise bientôt sur Eléna, la seconde et très désirable épouse.
Dans ce drame, la capacité de Tchekhov à reproduire des atmosphères, sa langue même signalent l’essentiel : que la beauté vient de la simplicité et que les personnages puisent dans le quotidien, même trivial et résigné, le sens de leur existence.

Les Trois Soeurs, se déroule dans une ville de province, perdue dans l’immense Russie, trois sœurs s’ennuient, mais espèrent : Moscou, le retour de l’enfance, la vraie vie… Tout est encore possible le deuil est fini, la vie attend. La vie s’écroule, sans événement. Les officiers vont et viennent. Tous s’accrochent aux mots, mais les mots tuent ou s’usent. Les trois sœurs n’iront jamais à Moscou. Elles ont tout perdu, même l’espoir de partir. 

Extraits Oncle Vania

“ SONIA. Vous n’êtes pas satisfait de la vie ?

ASTROV. J’aime la vie en général, mais notre vie, provinciale, russe, étriquée, je ne peux plus la supporter et je la méprise, de toutes les forces de mon âme. “ p 78

“SEREBRIAKOV. Mes amis, mais qu’est-ce que tout ça veut dire à la fin ? Eloignez-moi de ce fou ! Je ne peux plus vivre sous le même toit que lui. Il vit ici, presque à côté de moi … Qu’il aille habiter au village, dans l’annexe, sinon c’est moi qui m’en irai d’ici, car rester dans la même maison que lui, je ne peux pas …

ELENA ANDREIEVNA. Nous partirons d’ici aujourd’hui même ! Il faut donner des ordres sans perdre une minute.

SEREBRIAKOV. Le plus nul des hommes !

SONIA. Il faut être charitable papa ! Oncle Vania et moi sommes si malheureux ! Il faut être charitable ! Rappelle-toi quand tu étais plus jeune, oncle Vania et grand-mère passaient des nuits à traduire pour toi des livres, à recopier tes manuscrits … des nuits, des nuits entières ! Oncle Vania et moi nous travaillions sans relâche, nous n’osions pas dépenser pour nous un kopeck, nous t’envoyions tout … Nous n’étions pas des bouches inutiles ! Je ne parle pas comme il faut, ce n’est pas ce qu’il faut dire, mais tu dois nous comprendre papa … Il faut être charitable !  » p 108

Extraits Les Trois Soeurs

“ IRINA. Oh, que je suis malheureuse … Je ne peux pas travailler, je n’irai plus travailler. Assez, assez ! J’ai été télégraphiste, maintenant je suis employée à l’administration municipale et je déteste, et je méprise tout ce qu’on me donne à faire … Je vais avoir vingt-quatre ans, ça fait déjà longtemps que je travaille, mon cerveau s’est desséché, j’ai maigri, j’ai enlaidi, j’ai vieilli, et rien, rien, aucune satisfaction, le temps passe et j’ai tout le temps l’impression qu’on s’éloigne de la véritable, de la belle vie, qu’on s’en éloigne toujours plus, pour aller dans on ne sait quel précipice. Je suis désespérée, et que je sois encore en vie, que je ne me sois pas tuée jusqu’ici, je ne le comprends pas. “ p 215

“OLGA. Nous reverrons-nous un jour?

VERCHININE. Sans doute non. Ma femme est mes deux fillettes passeront encore deux mois ici. Je vous en prie s’il leur arrivait quelque chose, ou si elles avaient besoin …

OLGA. Oui, oui, bien sûr. Soyez sans crainte. Demain il ne restera plus en ville un seul militaire, tout ne sera plus que souvenir, et pour nous, évidemment, commencera une vie nouvelle. Rien ne se passe comme nous le voudrions. Je ne voulais pas devenir directrice et pourtant c’est arrivé. Ça veut dire que nous n’irons pas à Moscou.  » p 243