Soeurs (Marina & Audrey)

C’est l’heure de la vengeance du règlement de comptes c’est l’heure où marchant sur mes pas tu viens me faire payer d’avoir été la plus aimée c’est ça ? Et toi celle qui soi-disant n’a pas été désirée? C’est ça ? Une mère qui meurt… Une de ses filles est là, mais l’autre n’a pas été prévenue à temps. Erreur ? Faux pas ? Négligence ou acte manqué ? Fatalement arrive le temps de la confrontation. La famille, la proximité de la mort, les amours non réalisées…L’oeuvre de Pascal Rambert tire ses racines de ces ingrédients là. De cette matière fictionnelle qu’il creuse inlassablement, il extirpe de véritables pépites. Ici, tout repose sur la puissance de l’échange. Face à face, deux blocs d’énergie pure, des rapports de force organiques. Création du 6 au 8 novembre 2018 à Bonlieu, scène nationale d’Annecy, dans une mise en scène de l’auteur.

Orphelins (suivi de « Oussama, ce héros »)

Livre de théâtre ORPHELINS suivi de OUSSAMA, CE HEROS de Dennis KELLY

Lorsque Dennis Kelly ouvre la boîte de pandore, il y trouve des frères et des sœurs très fusionnels, un couple vacillant et une folie contagieuse. Liam et Helen sont orphelins. Un soir, Liam, couvert de sang, interrompt un dîner chez sa sœur et son beau-frère. Le couple veut comprendre ce qui s’est passé, mais le récit du garçon est confus. Les certitudes de chacun vont alors voler en éclat et l’intimité familiale se gangréner devant le poids de la responsabilité.

Dans Oussama, ce héros, nous découvrons Gary, un adolescent marginal qui tente de se constituer des repères : radical et simplificateur dans sa pensée, ses convictions penchent dangereusement vers le fanatisme. Mais les plus fanatiques ne sont pas toujours ceux que l’on croit, et le monde que Louise, Francis et Mark se recréent autour de lui est autrement plus effrayant.
En s’essayant au genre thriller, Dennis Kelly poursuit son exploration de la violence dans le monde urbain contemporain. Né en 1970 à Londres, ses pièces sont aujourd’hui lues et jouées dans le monde entier.

Extraits Orphelins

« LIAM. Je tourne au coin de la rue et il était enfin, sur le putain, étendu, sur le trott -, sur la chaussée, tout seul. Il était allongé là tout seul alors je me suis dit « oh, non. Oh merde non, il est tout seul, il est tout seul, putain. » Et il avait l’air, enfin, correct, Danny, tu vois, un peu comme, j’sais pas, j’veux dire il avait l’air correct, il avait l’air, bon d’accord, peut-être un peu tu vois, mais quand même tu trinquerais avec lui ou, pas forcément un pote, mais dans un bar, tu vois, si tu l’avais, comme ça, si vous vous étiez croisés, un billard, et une bière, avec, sa tournée, je raconte n’importe quoi là, hein? Oui, non, je raconte n’importe quoi, des conneries, des conneries merde, putain, et là il est allongé là tout seul, absolument tout seull. Et il y a du sang. Et enfin, et quelqu’un a … Un putain de … Quelqu’un l’a vraiment.  » p 15

 » HELEN. Qu’est ce que tu faisais chez Ian?

LIAM. Oh, c’est un pote.

HELEN. Ce n’est pas un pote, Liam.

LIAM. Non, c’est vrai.

HELEN. Il a une mauvaise influence.

LIAM. C’était délicieux Danny, c’était.

HELEN. Il collectionne des objets nazis.

LIAM. Il ne les collectionne pas, il en a quelques-uns c’est tout. Il les trouve sur Internet.

HELEN. Tu ne devrais pas aller chez lui.

LIAM. Ouais, il en a plein enfin, vraiment il est pas net, genre des lettres, des vestes, des boites de zyklon B, c’est pas net, vraiment pas net. Fou quoi. Il est vraiment un peu tordu, Danny, même s’il a des trucs incroyables.

HELEN. Tu devrais rester à l’écart.
LIAM. Je lui ai dit, t’es vraiment tordu et il s’est marré comme ça. Mais il a vraiment des trucs incroyables, il a un Luger avec SS sur la crosse.

HELEN. Ça c’est tordu.

LIAM. C’est ce que je dis, c’est tordu, mais c’est incroyable aussi et maintenant il s’intéresse à des trucs plus modernes, il a récupéré une machette, il pense qu’elle vient du Rwanda, et il s’intéresse à tout ce qui vient d’Irak ou d’Afghanistan, il pense qu’il pourrait avoir une main coupée de la République Démocratique du Congo. Il télécharge toutes ces vidéos, violentes quoi, des gangs et des fusillades des bastons des décapitations, djihadistes et tout ça.  » p 39

« HELEN. Qu’est ce que tu veux faire, là vraiment concrètement qu’est ce que tu veux faire, quand tu auras fini de t’agiter, quand tu auras fini de paniquer, et de crier et de hurler comme un enfant, comme une fillette, putain, Danny, quand tu auras fini de fantasmer et de penser qu’on ne peut rien faire, qu’est ce que tu veux faire, là?

DANNY. Ne me parle pas comme ça.
HELEN. Tu es d’accord qu’il faut faire quelque chose?
DANNY. Faire quoi?

HELEN. Eh bien, par exemple, on pourrait ne rien faire, on pourrait le laisse là-bas ligoté et le laisser mourir de faim.

DANNY. Comment est-ce que tu peux dire une chose pareille, c’est idiot, c’est –  » p 72

Extraits Oussama, ce héros

« FRANCIS. Que penses-tu d’un vieux type qui abandonne sa femme après vingt-deux ans de mariage?

LOUISE. Je pense que tu es en train de te mettre en colère.

FRANCIS. Que penses-tu d’un vieux type qui abandonne sa femme après vingt-deux ans et qui invite une mineure dans son garage? Une fille que personne n’aime beaucoup.

LOUISE. Moi je l’aime bien.

FRANCIS. Pas très intelligente, vulnérable, qu’est-ce que tu penses de ça?

LOUISE. Je pense que tu as besoin de prendre l’air, de trouver un boulot et de te bouger un peu.

FRANCIS. Qu’est-ce que tu penses de ça?

LOUISE. Toujours assis, là, à épier. » p 106

GARY. Je leur explique aussi que bien qu’il soit en fuite dans l’une des région de la planète, cet homme est tellement apprécié que personne ne l’a dénoncé pour toucher la prime de 50 millions de dollars – Je leur dis comment cet homme a survécu à une guerre contre les plus grandes puissances sur terre avec seulement quelques centaines de combattants et peu de moyens – Et alors je relève la tête, je vois les visages. Ils me regardent. Ils me regardent tout simplement. Même pire qu’avant. Cette fois … Cette fois … Cette fois-ci je comprends que j’ai vraiment fait quelque chose de mal.  » p 116

« MARK. Écoute Gary nous allons enlever le scotch et te poser quelques questions, d’accord. D’accord?

Gary acquiesce

Et si tu cries, je … Je te frapperai au visage avec ce marteau. Tu comprends?

Un temps. Gary acquiesce.

OK. (À Francis) Allez-y.

Francis ne bouge pas.

Allez-y !

FRANCIS. Louise –

LOUISE. Vas-y Francis !

Un temps. Francis s’approche de Gary.

FRANCIS. S’il essaie de sortir une connerie, vous lui frappez la gueule. » p 133

Une heure et demie de retard

1h. – 1f. – Décor : un salon – Durée 1h40

Pierre et Laurence sont invités à dîner. Rien de plus banal. Mais au moment de partir, Laurence a besoin de parler… Ça tombe mal, c’est un dîner important. Rien à faire, Laurence est bien décidée à dire ce qu’elle a sur le cœur. Pierre lui laisse dix minutes… Laurence se sent vieille, inutile, elle a gâché sa vie en s’occupant de ses enfants dont le dernier vient de quitter la maison, elle ne voit aucune issue… Pierre comprend vite qu’ils seront plus en retard que prévu. Ils parlent de tout, de rien de leurs trente ans de vie commune. Trente ans de vie commune, ça vaut bien une heure et demie de retard.

Deux couverts

Créée en 1914, cette scène entre un père et un fils, qui vient de rater son bac préfigure le conflit des générations qui ne fera que s’amplifier par la suite, mais avec l’humour de Sacha Guitry cela ne tourne pas au drame.

La Noce

« La Noce » est la plus longue et la plus joué des pièces en un acte que Brecht écrivit en 1919, à l’âge de 21 ans. Inspiré par les foires de sa ville natale d’Augsbourg et par les fêtes de la bière de Munich, il raconte ici un moment clé de la vie de chacun, le repas de noces.

Extraits

« LA MARIÉE. La chantilly est bonne mère, il faut que tu me donnes la recette!

LE MARIÉ. Elle ne cuisinera quand même jamais aussi bien que toi, mère!

La MÈRE. Faut dire aussi qu’il y a trois œufs là-dedans !

LA MARIÉE. Quand on y fourre autant de choses!

LA SOEUR. Mais c’est ce qu’il faut ! Et bien montés, sinon ça ne donne rien!

LA FEMME. Surtout trois bien montés !

L’AMI rit en bêlant et s’étrangle. Bien montés, ah ah ah, bien montés, c’est, ah ah ah, très bon… Bien montés, c’est très bon, excellent » p 17

« L’HOMME. Femme, viens-là et assieds-toi !

LA FEMME. Quoi?! J’aimerais bien voir dedans !

L’HOMME. On ne regarde pas dans l’armoire des gens quand même !

LA FEMME. C’était juste une idée comme ça. Mais tu sais toujours tout mieux que tout le monde hein. Ben non alors. De l’extérieur l’armoire n’est franchement pas géniale non. Ça ne se fait plus maintenant cette marqueterie, ce qui se fait maintenant c’est un verre avec des rideaux de couleur, mais à l’intérieur elle est peut-être très bien et c’est justement ce que je voulais voir.

L’HOMME. Oui, donc, et maintenant tu t’assieds !

LA FEMME. Tu me le dis sur ce ton ? Tu as trop bu, comme toujours ! Je vais te mettre de l’eau dedans, tu supportes pas.  » p 26

LE MARIÉ. Maintenant qu’ils ont bouffé ils veulent partir. Et alors nous nous serons seuls et la soirée n’est qu’à moitié finie.

LA MARIÉE. Toute à l’heure tu voulais les faire partir! Tu vois comme tu es instable ! Et naturellement tu ne m’aimes pas non plus.

L’AMI. Maintenant on ne peut plus supporter cette puanteur!

LE MARIÉ. Quelle puanteur?

L’AMI. La colle qui n’a pas tenu. Et c’est d’un culot de recevoir ses invités dans un tel tas d’ordures !

LE MARIÉ. Alors je te demande pardon que tes obscénités ne m’aient pas plu et que tu aies cassé mon fauteuil.  » p 51