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Jeanne d’Arc au théâtre

Une jeune fille pauvre et mystique prenant les armes contre l’envahisseur avant de périr sur un bûcher…  L’histoire de Jeanne d’Arc, avec son lot de mystère et d’aventures épiques, a inspiré de nombreux artistes. Les dramaturges n’ont pas été en reste.

Dans Henry VI (1593), Shakespeare offre à Jeanne d’Arc une entrée fracassante. Il en fait un instrument de désordre remettant en cause la probité des hommes de pouvoir. La Pucelle agit comme un révélateur des vices de chacun.

Jeanne d’Arc est restée vierge depuis sa plus tendre enfance, Chaste et immaculée dans ses pensées mêmes, /Et son sang virginal, versé si injustement, /Criera vengeance aux portes du Ciel. 

Friedrich Schiller est un dramaturge habitué aux figures héroïques. On pense bien sûr à son Guillaume Tell, ode romantique au libérateur suisse, mais également à Wallenstein, portrait démesuré du grand capitaine, acteur principal de la guerre de Trente Ans. Dans La Pucelle d’Orléans (1801), Jeanne d’Arc est en proie aux fureurs guerrières. Elle regrette son foyer mais combat pour sa patrie avec une force de conviction qui semble défier les éléments. C’est une figure de volonté pure comme un archétype d’héroïne romantique, à l’instar d’une Penthésilée.

Vous, lieux de toutes mes joies silencieuses, /Je vous laisse derrière moi pour toujours. /Dispersez-vous sur la lande, mes agneaux, /Vous êtes à présent un cheptel sans berger, /Car c’est un autre troupeau que je dois conduire. 

Si Jeanne d’Arc a intéressé Brecht, c’est en tant que figure de la révolte. Sainte Jeanne des abattoirs (1931) se déroule dans une boucherie industrielle, à Chicago, durant la crise économique des années 1930.  Une grève éclate où l’énergique Jeanne Dark tient un rôle essentiel. Cette fable sur l’inhumanité du capitalisme dépasse le mythe origine et donne au courage un nouveau mode d’action.

Chez Jean Anouilh, c’est le procès de Jeanne qui est au centre de L’Alouette (1953). La jeune fille est face à des juges qui ne la comprennent pas, qui ne veulent pas la comprendre. Parmi ses interrogatoires, Jeanne revit des scènes d’autrefois, du moment où elle combattait pour son roi. C’est toujours l’humanité, telle qu’elle peut se surpasser en sublimant ce qu’elle a de plus simple qui est ici questionnée.

Je n’ai vécu que du jour où j’ai fait ce que vous m’avez dit de faire, à cheval, une épée dans la main ! C’est celle là, ce n’est que celle-là, Jeanne ! Pas l’autre qui va bouffir, blêmir et radoter dans son couvent – ou bien trouver son petit confort – délivrée… Pas l’autre qui va s’habituer à vivre… 

L’écriture de l’Histoire fascine l’auteur franco-roumain Matéi Visniec. Dans Jeanne et le Feu (2009), les aventures johanniques sont scrutées avec malice et drôlerie. L’élaboration de la légende est exposée avec un entrain où le grotesque fait bon ménage avec le sens de l’épique. Commande du théâtre KAZE de Tokyo, la pièce a été jouée au Japon, en Roumanie et en Moldavie, preuve que la fascination pour la figure de Jeanne d’Arc traverse aussi bien les frontières que les époques.

Il faudra vite réécrire l’histoire de cette guerre que la France a fini par gagner. Regardez, notre Roi est l’exemple même de la sagesse. Il a déjà proclamé un pardon général. Personne ne sera poursuivi pour ses prises de position durant la longue occupation anglaise. Soyons, nous aussi, sages, et agissons vite. Il nous faut un nouveau regard sur la guerre de Cent Ans.

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