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Quarante pièces pour votre quarantaine

Mithridate de Jean Racine

Né un an après le futur roi Louis XIV dans une famille de petits-bourgeois de province, Jean Racine, très vite orphelin, vit son éducation confiée aux religieux austères de Port-Royal. Il y apprit le grec et le latin, fut baigné de littérature et s’appropria une vision désespérée de la condition humaine.

Sa carrière dramatique, commencée honorablement avec la Thébaïde, prit un tour prodigieux avec Andromaque, qui le révéla comme l’un des plus grands auteurs de son temps, capable de rivaliser avec le grand Corneille. Par un tour étrange, sa maîtrise parfaite de l’alexandrin exacerbait les passions. La sobriété de son langage mettait l’âme à nu.

Si on célèbre encore aujourd’hui Phèdre ou Bérénice, il ne faut pas négliger ses pièces moins connues comme Athalie ou Mithridate, pièces maîtresses d’une œuvre de génie.

Le roi Mithridate, résistant depuis quarante ans aux armées romaines, a succombé. C’est ce qui se dit. Il laisse ses deux fils, Xipharès et Pharnace, et une femme, Monime, qu’il devait épouser en revenant de guerre. Les deux fils ne s’entendent pas : outre l’empire paternel, ils se disputent les faveurs de Monime. Ils ignorent encore que la mort du roi était un leurre.

Pièce préférée de Louis XIV, Mithridate est aujourd’hui oubliée. Elle est pourtant essentielle. Le personnage de Monime y est central. Il apparait comme une relique sacrée que chacun voudrait posséder. Monime vient de la Grèce. Elle est liée à la divinité. Elle incarne ce secret que Racine a voulu nous transmettre : un secret poétique qu’il appartient à chacun de déchiffrer.

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J’ai trop peur et J’ai trop d’amis, de David Lescot

En 2014 paraît, J’ai trop peur, de David Lescot, sa première pièce sur l’enfance, à destination de la jeunesse. Les grandes vacances ne sont pas synonyme d’insouciance, de soleil et de plaisir pour tous les enfants. Le personnage principal de J’ai trop peur, est un petit garçon d’une dizaine d’années. Il s’apprête à passer son dernier été d’écolier avant de rejoindre le collège. Un passage redouté, qu’il appréhende chaque jour avec angoisse et apriori. Avec ce parcours initiatique nécessaire, David Lescot s’amuse avec réalisme, utilisant un humour cruel, connu des enfants. Une pensée particulière pour le personnage tordant de la petite soeur.

Six années plus tard, nous retrouvons ce petit terrorisé, le jour de sa rentrée en sixième. Dans J’ai trop d’amis, nous suivons les premiers pas et l’intégration de ce garçon projeté dans l’inconnu. Avec ce texte, David Lescot poursuit sa sensibilisation aux différentes étapes de l’enfance. Maintenant qu’il a appris à gérer et à surmonter ses peurs, le jeune garçon devra s’imposer face aux garçons et aux filles. L’humour passe toujours par le langage. Au collège, tout est formulé au premier degrés. Les adolescents s’expriment avec sérieux et gravité, il en va de leur popularité.

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Trop, peu, prou, moins, de Marguerite de Navarre

Sœur du roi François Ier et grand-mère du futur Henri IV, Marguerite de Navarre, en plus de maîtriser les affaires politiques était une femme de lettres accomplie. Figure essentielle de la Renaissance en France, elle a su protéger et promouvoir les artistes et les littérateurs, permettant la diffusion et l’implantation des idéaux issus de l’Humanisme. Rabelais lui rendra des hommages appuyés.

La poésie et le théâtre était sa grande affaire. Elle aimait à remettre le souffle antique à la mode et usait de tous les moyens pour cela. Dans son combat pour le renouveau du monde l’octosyllabe était sa grande arme.

Trop, prou, peu, moins est une farce énigmatique, composée, semble-t-il, en réaction à l’emprisonnement de l’humaniste Etienne Dolet, accusé d’hérésie. Marguerite de Navarre y parle de révélation et de dissimulation. Elle oppose Trop et Prou, tout à leur ambition mais honteux d’eux-mêmes à Peu et moins, simples et serein. Les premiers veulent découvrir le secret des seconds non sans une agressivité mal contenue.

Parabole des temps de la Renaissance, cette pièce emprunte aussi bien au mythe grec de Midas qu’aux traditions bibliques. Les enjeux semblent évident, les personnages peu complexes et l’écriture limpide : tout est en fait tissé de symboles. La farce est d’une profondeur assez rare pour être signalée.

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La Marmite, de Plaute

Né sous la République romaine au IIIe siècle avant notre ère, Plaute s’est initié au théâtre comme acteur dans une troupe dont il a pris la direction. Rapidement tombé en faillite, il s’est exercé aux métiers les plus divers, l’amenant à connaître de fond en comble les us et coutumes des classes populaires. Pendant ses heures de repos, il écrit des pièces qui, peu à peu, le rangent au premier rang des auteurs dramatiques.

Son domaine est la comédie. Son sens de l’observation et de la dérision lui ont valu une renommée qui a traversé les siècles. Il fut une source d’inspiration de premier ordre pour Molière ou Shakespeare et reste aujourd’hui un des plus éminents auteurs latins.

Euclion est un vieil avare que chacun croit sans le sou. Il est riche, en vérité, très riche et effrayé à l’idée que l’on découvre son secret : il a trouvé une marmite pleine d’or que son grand-père avait caché il y a fort longtemps. Depuis ce moment, il se méfie de toutes et de tous, et surtout de sa vieille servante, qu’il soupçonne d’en avoir après sa fortune. Lorsqu’un voisin entre chez lui pour demander la main de sa fille, il reste sur ses gardes. A raison, sans doute, car le pauvre homme va subir bien des déconvenues…

Chef d’œuvre comique, tant par l’enchaînement des situations que par la peinture du personnage principal, la Marmite sera à l’origine de l’une des pièces les plus célèbres de Molière: l’Avare, bien évidemment.

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Tout le monde veut vivre, d’Hanokh Levin

Caustique, acerbe, férocement drôle, l’israélien Hanokh Levin a été un auteur marquant de la fin du XXe siècle. Auteur de plus de cinquante pièces et sketches, il est régulièrement monté en France depuis une quinzaine d’année.

L’humour ravageur dont son œuvre fait preuve mêle avec une habileté réjouissante satire sociale, cruauté et poésie.

On connait le mythe d’Alceste, l’histoire (entre autre traitée par Euripide) de cette femme volontairement tuée pour sauver son époux. Hanokh renverse la perspective : ici, personne ne veut se sacrifier.

Le Comte Pozna reçoit la visite de l’Ange de la Mort prêt à l’emporter. Il parvient à négocier un sursis de trois jours pendant lequel il devra trouver quelqu’un qui accepte de mourir à sa place. La recherche sera effrénée et riche en désillusions : même parmi ses plus proches, nul ne voudra accepter le marché.

Fable ironique et affûtée, Tout le monde veut vivre traque nos bassesses, nos contradictions et nos faiblesses. Malgré cela, derrière le sourire moqueur de Levin on peut deviner une certaine tendresse : nous sommes riches de nos médiocrités.

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Son parfum d’avalanche, de Dominique Paquet

Son parfum d’avalanche, de Dominique Paquet est une pièce de théâtre singulière. L’auteure écrit un texte poétique et philosophique, autour d’un univers sensoriel, dans lequel les enfants rêvent, imaginent et fantasment sur un extérieur inconnu. Ils explorent les espaces intérieurs et extérieurs de l’enfance et mènent une réflexion sur les sens, comme moyen de découverte de l’autre et du monde.

Tyrse et Azou sont deux enfants qui vivent dans des bulles de verre, dont ils ne sortent que pour observer le dehors, en se posant sur le bord de la fenêtre. Deux enfants qui ont peur de l’air qui brûle, de la tendresse des mots, de l’amour parentale. Un matin, une fille les rejoint. Azou n’a jamais vu de garçon. Sur sa peau, on peut encore voir les traces que dessinent les vagues. Semblable à une sirène, Azou vient des profondeurs de la mer. Les docteurs l’ont vidée de toute son eau avant de la déposer dans sa bulle. Ensemble et unis, les trois enfants découvriront les plaisirs des corps, des peaux frôlées et s’ouvriront à un monde qui leur était jusqu’à lors inconnu.

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Une puce, épargnez-là, de Naomi Wallace

Originaire du Kentucky, Naomi Wallace est une des plus grandes poétesses et dramaturges que l’Amérique compte aujourd’hui.

Lauréate de nombreux prix de littérature dramatique, elle se distingue par sa plume à la fois engagée et poétique. Pour elle, « le théâtre concerne essentiellement et avant tout la lutte pour le pouvoir et autour du pouvoir. Qui l’a. Qui ne l’a pas. Qui est prêt à tuer pour l’obtenir, qui est prêt à trahir. Comment on pourrait le partager ».

En 2009, elle devient le deuxième dramaturge américain à entrer au répertoire de la Comédie-Française grâce à une mise en scène par Anne-Laure Liégois de sa pièce Une puce épargnez-la.

En 1665, la peste sévit à Londres. Les époux Snelgrave, de riches bourgeois, sont en quarantaine, cloitrés chez eux. Deux pauvres gens, un marin et une domestique parviennent à entrer chez eux. Il s’ensuit une cohabitation forcée où les frontières sociales se modifient, où les failles intimes vont devenir béante.

Cette pièce parle de domination: celle des autres et celle de soi-même. Une vision renouvelée des liens d’Eros et de Thanatos émerge. Cette histoire produit un écho particulier dans les temps que nous traversons, où nous pouvons tous assister révélations de l’enfermement.

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L’Homme à bonne fortune, de Michel Baron

Michel Baron fut l’un meilleurs acteurs de la troupe de Molière. Prodige de la scène, sachant aussi briller dans le registre comique que dans la tragédie, il a mené une des plus grandes carrières du XVIIe siècle.

Michel Baron, souvent considéré comme l’héritier du grand Molière, a lui-même composé des comédies où l’on peut retrouver l’esprit acéré du Maître et sa justesse dans la peinture des caractères humains.

Monsieur de Moncade est un séducteur. Non seulement il séduit de nombreuses femmes mais il sait user de leur générosité. C’est un profiteur entretenu par ses maîtresses. Lucinde est l’une d’elles. D’abord naïve, elle va peu à peu, grâce à son amie Léonor, ouvrir les yeux sur son amant. Un piège tendu contre monsieur de Moncade va rapidement se refermer.

Cette histoire de Dom Juan plongé dans l’univers de Marivaux est un sommet ravissant de comédie classique. La joie et la gaité qu’il s’en dégage sont toujours teintées de lucidité. Il ne faut pas passer à côté de cet auteur virtuose que fut Michel Baron.


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Gabriel, de George Sand

George Sand a indiscutablement marqué la vie littéraire du XIXe siècle français. Née Aurore Dupin, elle a pris le pseudonyme de George afin qu’on la confondît facilement avec un homme à une époque où le fait qu’une femme écrive était difficilement concevable.

Liée aux grands romantiques de son temps (on songe à ses liaisons avec l’écrivain Musset ou le compositeur Chopin), elle a laissé une œuvre singulière où ses romans champêtres se teintent d’une noirceur désabusée. Si ses pièces de théâtre sont peu nombreuses on en appréciera l’audace et l’originalité.

Le prince de Bramante, en mal d’héritier, a pris une décision grave : faire élever sa petite fille comme un garçon. La jeune fille grandit, persuadée qu’aucune différence ne réside entre ses camarades masculins. Elle, n’apprend qu’à sa majorité sa véritable nature. Elle doit alors faire un choix : rester Gabriel, libre et insouciant ou redevenir cette Gabrielle si réelle et pourtant inconnue.

Dans cette pièce écrite en quelques jours, George Sand interroge avec une grande acuité la question de la différence des sexes et des choix individuels. Des questions qui peuvent apparaître éminemment contemporaines se révèlent éternelles.

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Le Coeur a ses saisons, d’Antonio Carmona

Le cœur a ses saisons, d’Antonio Carmona est une histoire d’amour entre Jean, un jeune garçon qui veut devenir écrivain et Emma une jeune fille sourde. Au fil des saisons, ils joueront le jeu de la vie à deux. Un jeu amusant qui enterre la réalité douloureuse, mais ne peut pas lutter contre le temps qui passe.

Jean est un garçon sensible, patient et persévérant. Il aimerait poser ses mots d’amour sur sa bouche à elle. Elle, qui ne prend pas de gants et dont les remarques fusent et bombardent l’autre. Elle n’aime pas les garçons qui l’aime et a une mère qui lui fait voir des étoiles. Ensemble ils joueront au jeu de l’amour. Au jeu du couple qui partage un quotidien, monte un restaurant, cuisine, travaille dur, se déguise en adulte. Un couple qui s’usera face aux saisons qui défilent. Les deux amoureux taquins et débordants d’imagination laisseront leurs places à deux adultes glaçants, loin du ludisme de l’enfance.

L’écriture d’Antonio Carmona est tendre, piquante et habile. Il entre dans le jeu de ses personnages et s’amuse avec les métaphores, jongle avec l’orthographe et sème le doute.

Jean et Emma grandissent ils réellement ou n’est-ce qu’une grande partie d’un jeu qui nous dépasse et qui les dépasse eux-mêmes ?