Occupe-toi du bébé

Occupe-toi du bébé part d’un fait divers, un double infanticide, pour explorer les mécanismes de la fiction-réalité. Sur scène défilent les protagonistes. Certains témoins se souviennent en public, d’autres ont écrit ou accepté d’être filmés. Chacun parle à la lueur de sa propre perception et de ses intérêts. Témoignages réels ou fiction ? Peu importe la vérité, car l’aptitude de chacun à présenter les faits à sa manière prime sur la quête de l’objectivité. Alors que la représentation de soi-même n’a jamais autant fait recette, comment discerner la vérité ? Dennis Kelly est né en 1970 à Londres, où il habite. Il a suivi des études théâtrales au Goldsmiths College. Ses œuvres ont été créées en Grande-Bretagne, dans de nombreux pays d’Europe et jusqu’au Japon, en Australie et aux États-Unis.

Extraits

 » DONNA. C’est normal de , hum, enfin, ils doivent garder les infanticides à l’isolement, mais sans doute parce que j’étais un peu connue, ou alors, ou alors, j’ai été placée dans un niveau d’isolement supérieur à la normale. Vous savez le, euh, en fait le niveau le plus élevé qu’on puisse avoir. Alors j’étais avec des femmes qui avaient vraiment, vraiment fait des choses horribles, toutes à , euh, à des enfants, elles avaient fait des choses horribles à des enfants et c’était très spécial. Elles avaient une façon très spéciale de communiquer entre elles. On aurait dit des enfants.  » p 15

« . Vous la détestiez?

DONNA. Non, c’est ma mère, je l’aime.

. Quand elle a dit que vous souffriez du SLK, vous l’avez détestée?

DONNA. Non, c’est ma mère, je l’aime.

. Est-ce que vous croyez qu’elle croit que vous avez tué Jack?

DONNA. Non, c’est ma mère, je – longue pause Pourquoi …Pourquoi est-ce que vous vous inquiétez pour moi? Je vais bien?

. Quand elle a dit que vous souffriez du SLK, vous l’avez détestée?

LYNN. Que cela soit clair, il n’a jamais été question d’accepter le diagnostic. Je veux que ce soit clair. Je veux dire, officiellement nous ne l’avons jamais accepté, nous avons toujours protesté de l’innocence totale et absolue de Donna, un étouffement tragique et une mort subite du nourrisson.  » p 85

« . Regrettez-vous d’avoir eu des enfants?
MARTIN. Non. Jamais je ne regrette d’avoir eu mes enfants. Un temps. Comment pouvait-elle savoir que Jake était mort? Comment pouvait-elle savoir? On s’engueule à propose d’un truc, à cause d’un programme télé à la con et soudain elle devient toute blanche. Et elle savait – je sais qu’elle savait – qu’il était mort. C’était comme, c’était comme si elle réalisait d’un seul coup et elle fonce à l’étage. Et il est mort.  » p 99

Soeurs (Marina & Audrey)

C’est l’heure de la vengeance du règlement de comptes c’est l’heure où marchant sur mes pas tu viens me faire payer d’avoir été la plus aimée c’est ça ? Et toi celle qui soi-disant n’a pas été désirée? C’est ça ? Une mère qui meurt… Une de ses filles est là, mais l’autre n’a pas été prévenue à temps. Erreur ? Faux pas ? Négligence ou acte manqué ? Fatalement arrive le temps de la confrontation. La famille, la proximité de la mort, les amours non réalisées…L’oeuvre de Pascal Rambert tire ses racines de ces ingrédients là. De cette matière fictionnelle qu’il creuse inlassablement, il extirpe de véritables pépites. Ici, tout repose sur la puissance de l’échange. Face à face, deux blocs d’énergie pure, des rapports de force organiques. Création du 6 au 8 novembre 2018 à Bonlieu, scène nationale d’Annecy, dans une mise en scène de l’auteur.

Cheveux d’été (précédé de A la carabine)

Une femme est assise sur le ventre d’un homme, les mains autour de son cou. Elle serre.

à la carabine (suivi de Cheveux d’été)

Le point de départ de l’écriture, c’est l’histoire d’une enfant de onze ans qu’un tribunal français a reconnue consentante à son propre viol. Cette enfant devenue jeune femme, l’écriture l’invite à se faire justice elle-même. La pièce met en scène la jeune fille et son agresseur, un ami de son frère, dans une situation qui dérape, qui n’est pas préméditée, mais dont l’agresseur demeure responsable, pour ne pas dire coupable. Ce n’est pas une réparation. Ce n’est pas une résilience. Parce qu’il y a des points de non-retour, des intolérables. Parce qu’à la violence extrême ne répond pas l’espoir, ni la compassion, ni la compréhension. Parce que l’Histoire a canonisé Martin Luther King et diabolisé Malcom X, alors que l’un n’aurait pas pu se faire entendre sans l’autre. Parce qu’on exhorte les soumis·e·s à la non-violence, au silence, à l’humour, à la patience, afin d’éviter que les forces ne se renversent. Parce que les femmes qui usent de la violence deviennent aussitôt des monstres. Parce qu’à la violence répond la violence, implacable, furieuse. 

« ADN (acide désoxyribonucléique) »

ADN retrace l’histoire d’un groupe d’adolescents partis en forêt où ils torturent violemment un de leurs camarades et le laissent pour mort. Mais l’adolescent ressurgit comme une bête sauvage : il a survécu. Le groupe va alors devoir prendre une décision. Peut-on ôter une vie sans conséquence ? Une pièce d’une tension inouïe, sur la panique, la culpabilité et le non-retour.

Les Femmes de Barbe-Bleue

Dans le cabinet secret de Barbe-Bleue, il y a toutes les femmes qu’il a aimées puis assassinées. Elles nous racontent leurs histoires ; comment elles se sont fait séduire, comment elles ont été piégées. L’excitation, au début… Comment elles n’ont pas su s’enfuir. En rejouant leurs histoires, elles tentent de trouver des « fins alternatives », de s’entraider en vue d’une libération posthume.

Débris (suivi d’Après la fin)

Dans Débris, le jour de son seizième anniversaire, en rentrant de l’école, Michael découvre son père crucifié dans le salon. Il s’enfuit, court, espionne « la vie des autres gens », et s’enfuit de nouveau, court et se réfugie dans un tas d’ordures où il découvre un petit bébé mourant, abandonné là. Il le récupère, le sauve, le bébé se nourrit de son sang et survit. De cette rencontre nait en Michael l’espoir d’une autre vie, ou du moins un objectif à sa vie. C’est aussi l’histoire de sa soeur, racontant sa mère, morte à sa naissance en s’étouffant avec un os de poulet…Ces deux gamins se racontent. Et ils espèrent. Le jour où Oncle Henri les enlève à leur père alcoolique pour leur offrir une nouvelle vie en les plaçant dans un foyer.

Dans Après la fin, Louise se réveille dans un abri souterrain suite à une explosion nucléaire. Mark prétend l’avoir sauvée à la sortie du pub et la maintient sous haute protection. Imposant à Louise « un jeu de rôles » brouillant les frontières entre le réel et la fiction, Mark s’avère un hôte confondant et colérique. Parfois les rapports de domination s’inversent. Qui persécute qui ? Jusqu’où iront ces deux survivants murés dans leur abri antiatomique ?
Créant du jeu au sein de ses récits, Dennis Kelly nous livre des dissections dramatiques sur du vivant. Avec une délectation suffocante.

EXTRAITS Débris

 » MICHELLE. Ma mère est morte de joie. Le jour de ma naissance, je me tiens là, suspendue dans le fluide maternel, dans sa gelée, le pouce dans la bouche, et mon père et ma mère ressentent alors un élan de joie si profond les emporter, dégouliner sur leur peau qu’ils savent d’instinct que s’ils ne trouvent pas le moyen d’exprimer ce feu, ce sera la fin pour nous trois et nos corps se désagrégeront face à l’extrême puissance de cette énergie. Alors mon père cuisine un poulet.  » p 20

« MICHAEL. Longtemps j’avais cru qu’on trouvait les enfants dans les groseilliers. Puis j’avais entendu que des cigognes les apportaient langés de blanc et les laissaient délicatement tomber dans les cheminées. J’avais même cru un moment qu’on venait au monde par le miracle de la conception, la gestation et l’accouchement. Je savais désormais que ce n’était pas le cas. Comme les champignons, les enfants poussent sur les déchets. Ils se construisent peu à peu à partir de feuilles pourries, de canettes de Coca, de seringues usagées, d’emballages de Monster Munch. Ils attendent ensuite que leurs parents les trouvent. Je sais que c’est vrai. C’est là que je l’ai trouvé.  » p 33

« MICHAEL. Bien mes petits chéris…

MICHELLE. Dit Onclenri.

MICHAEL. … vous vous êtes très bien tenus. Vraiment très bien ! Onclenri est content, et vous vous allez vivre dans une grande maison.

MICHELLE. Hourra !

MICHAEL. Mais d’abord …

MICHELLE. dit Onclenri

MICHAEL. … pour vous montrer combien je suis content…

MICHELLE. Et il s’est rapproché de nous …

MICHAEL. … on va jouer à un petit jeu …

MICHELLE. … une drôle d’expression sur le visage.

MICHAEL. … un petit jeu très …

MICHELLE. Nous on aime bien les jeux.

MICHAEL. …affectueux.

MICHAEL. Autant vous y habituer dès maintenant … » p 45

Extraits Après la fin

 » LOUISE. Tu avais raison. Tout ça, je veux dire. L’abri et –

MARK. Louise –

LOUISE. Non mais c’est vrai, non? On s’est tous foutus de toi, on s’est marrés quand tu as acheté un appartement avec un abri dans le jardin

MARK. Bon sang, c’est pas important, maintenant, et c’est pas pour – je te répète que c’est pas pour ça – que j’ai acheté l’appartement.

LOUISE. Je sais

MARK. Je l’ai acheté parce qu’il me plaît et qu’il est pas trop mal situé par rapport aux transports, et il se trouve qu’il y avait un vieil abri sur l’arrière.

LOUISE. Ouais, mais tu l’as gardé?

MARK. Je l’ai gardé, oui, plutôt que de le démolir

LOUISE. Et tu l’as approvisionné, Au cas où –

MARK. Je l’ai approvisionné parce que le monde est devenu dingue, putain !  » p 73

 » MARK. Tu étais fausse.

LOUISE. Fausse?

MARK. En même temps tu étais bourrée, alors j’ai

LOUISE. Fausse? Putain, t’es qui pour décider si je suis fausse?

MARK. Tu n’étais pas toi.

LOUISE. Tu décides pas qui je suis, je décide

MARK. On avait parlé, au tout début, on avait parlé de tellement de

LOUISE. Et j’appréciais, vraiment, je veux dire on a eu de bonnes

MARK. choses importantes, comme

LOUISE. Et j’aime ça, vraiment, mais qui tu es pour décider qui je suis, putain

MARK. le clonage, le réchauffement, et là tu parlais de ces trucs sans aucun intérêt

LOUISE. Je me comportais normalement, je parlais avec des gens –

MARK. Tu te valorisais.
LOUISE. Quoi ?

MARK. Tu te valorisais.
LOUISE. Oh, bon sang de bordel !  » p 87

« LOUISE. Il y a quoi là-haut?

MARK. Quoi?

LOUISE. Réponds !

MARK. Des retombées, des décombres –

LOUISE. Et les garçons?

MARK. Quels garçons?

LOUISE. Les garçons que j’ai entendus, qu’est-ce que –

MARK. Un rêve –

LOUISE. Je vais te couper la bite.
MARK. S’il te plaît, non.

LOUISE. J’vais te la couper et regarder.

MARK. S’il te plaît, s’il te plaît ne –

LOUISE. Dis-moi !

MARK. Je t’ai dit !

LOUISE. C’est la vérité?

MARK. C’est la vérité, c’est vrai, c’est –

LOUISE. Arrête de pleurer. Arrête de pleurer, putain. Mets la chaîne. Mets la chaîne.

MARK. Non.

LOUISE. Mets –

MARK. D’accord, écoute, Louise s’il te plaît, me force pas à mettre la chaîne.  » p 114

Girls & Boys

Une femme dont on ne connaîtra jamais le nom raconte l’histoire de sa rencontre et de sa relation avec son mari, dans un monologue au ton léger et décalé. Cependant, la comédie joyeuse des débuts – rencontre truculente dans une file d’attente d’EasyJet, relation amoureuse et enfants – vire rapidement au drame. Scénariste réputé et maître de l’asphyxie, l’auteur cisèle un foudroyant retournement de situation. Comment bascule-t-on de l’idylle à l’horreur la plus brutale ? Qu’est-ce qui pousse un être humain à commettre l’impensable ? Denis Kelly explore les ressorts enfouis de la masculinité, des relations amoureuses, de la filiation et de la folie, à travers cette puissante tragédie, jouissive et mélancolique.

Extraits

« Et c’est là que j’ai réalisé que j’avais 25 ans et que je n’avais eu en tout et pour tout que trois partenaires sexuels; le premier juste pour une nuit, le deuxième pendant six mois et le dernier pendant quatre ans. Alors j’ai rentré tout ça dans un tableur Excel et j’ai eu le choc de découvrir qu’à ce rythme-là j’allais rester avec mon prochain mec pendant 326 ans. Alors j’ai décidé de changer de cap. Je me suis amusée. De l’alcool, des drogues, beaucoup de cocaïne et de partenaires différents – c’était sympa et drôle et aussi destructeur et un peu déprimant et étrangement froid et dérangeant mais aussi stimulant – confus. C’était confus.  » p 8

« Dans les mariages il se faisait toujours draguer. Toujours. Il portait bien le costume. Dans les mariages il y en avait toujours une pour lui faire des avances. Et de temps en temps – juste de temps en temps – il répondait aux avances, l’enfoiré. Ouais il aimait plutôt bien regarder les filles. Et c’était … OK, je veux dire, on aime ça être regardées, non? Alors … alors ouais, non, OK. C’est pas grave.  » p 38

« On s’était toujours disputés, mais il y avait des limites qu’on ne dépassait pas. Vous voyez, comme si quelque part dans ces moments-là vous vouliez protéger la personne que vous aimez, alors que vous n’avez qu’une envie c’est de lui foutre un gros coup de marteau dans les dents. Mais là c’est comme si tous les freins avaient lâchés et qu’on dévalait la pente à toute vitesse avec une seule envie, faire mal à l’autre. Vous vouliez juste qu’il souffre.  » p 53

Orphelins (suivi de « Oussama, ce héros »)

Livre de théâtre ORPHELINS suivi de OUSSAMA, CE HEROS de Dennis KELLY

Lorsque Dennis Kelly ouvre la boîte de pandore, il y trouve des frères et des sœurs très fusionnels, un couple vacillant et une folie contagieuse. Liam et Helen sont orphelins. Un soir, Liam, couvert de sang, interrompt un dîner chez sa sœur et son beau-frère. Le couple veut comprendre ce qui s’est passé, mais le récit du garçon est confus. Les certitudes de chacun vont alors voler en éclat et l’intimité familiale se gangréner devant le poids de la responsabilité.

Dans Oussama, ce héros, nous découvrons Gary, un adolescent marginal qui tente de se constituer des repères : radical et simplificateur dans sa pensée, ses convictions penchent dangereusement vers le fanatisme. Mais les plus fanatiques ne sont pas toujours ceux que l’on croit, et le monde que Louise, Francis et Mark se recréent autour de lui est autrement plus effrayant.
En s’essayant au genre thriller, Dennis Kelly poursuit son exploration de la violence dans le monde urbain contemporain. Né en 1970 à Londres, ses pièces sont aujourd’hui lues et jouées dans le monde entier.

Extraits Orphelins

« LIAM. Je tourne au coin de la rue et il était enfin, sur le putain, étendu, sur le trott -, sur la chaussée, tout seul. Il était allongé là tout seul alors je me suis dit « oh, non. Oh merde non, il est tout seul, il est tout seul, putain. » Et il avait l’air, enfin, correct, Danny, tu vois, un peu comme, j’sais pas, j’veux dire il avait l’air correct, il avait l’air, bon d’accord, peut-être un peu tu vois, mais quand même tu trinquerais avec lui ou, pas forcément un pote, mais dans un bar, tu vois, si tu l’avais, comme ça, si vous vous étiez croisés, un billard, et une bière, avec, sa tournée, je raconte n’importe quoi là, hein? Oui, non, je raconte n’importe quoi, des conneries, des conneries merde, putain, et là il est allongé là tout seul, absolument tout seull. Et il y a du sang. Et enfin, et quelqu’un a … Un putain de … Quelqu’un l’a vraiment.  » p 15

 » HELEN. Qu’est ce que tu faisais chez Ian?

LIAM. Oh, c’est un pote.

HELEN. Ce n’est pas un pote, Liam.

LIAM. Non, c’est vrai.

HELEN. Il a une mauvaise influence.

LIAM. C’était délicieux Danny, c’était.

HELEN. Il collectionne des objets nazis.

LIAM. Il ne les collectionne pas, il en a quelques-uns c’est tout. Il les trouve sur Internet.

HELEN. Tu ne devrais pas aller chez lui.

LIAM. Ouais, il en a plein enfin, vraiment il est pas net, genre des lettres, des vestes, des boites de zyklon B, c’est pas net, vraiment pas net. Fou quoi. Il est vraiment un peu tordu, Danny, même s’il a des trucs incroyables.

HELEN. Tu devrais rester à l’écart.
LIAM. Je lui ai dit, t’es vraiment tordu et il s’est marré comme ça. Mais il a vraiment des trucs incroyables, il a un Luger avec SS sur la crosse.

HELEN. Ça c’est tordu.

LIAM. C’est ce que je dis, c’est tordu, mais c’est incroyable aussi et maintenant il s’intéresse à des trucs plus modernes, il a récupéré une machette, il pense qu’elle vient du Rwanda, et il s’intéresse à tout ce qui vient d’Irak ou d’Afghanistan, il pense qu’il pourrait avoir une main coupée de la République Démocratique du Congo. Il télécharge toutes ces vidéos, violentes quoi, des gangs et des fusillades des bastons des décapitations, djihadistes et tout ça.  » p 39

« HELEN. Qu’est ce que tu veux faire, là vraiment concrètement qu’est ce que tu veux faire, quand tu auras fini de t’agiter, quand tu auras fini de paniquer, et de crier et de hurler comme un enfant, comme une fillette, putain, Danny, quand tu auras fini de fantasmer et de penser qu’on ne peut rien faire, qu’est ce que tu veux faire, là?

DANNY. Ne me parle pas comme ça.
HELEN. Tu es d’accord qu’il faut faire quelque chose?
DANNY. Faire quoi?

HELEN. Eh bien, par exemple, on pourrait ne rien faire, on pourrait le laisse là-bas ligoté et le laisser mourir de faim.

DANNY. Comment est-ce que tu peux dire une chose pareille, c’est idiot, c’est –  » p 72

Extraits Oussama, ce héros

« FRANCIS. Que penses-tu d’un vieux type qui abandonne sa femme après vingt-deux ans de mariage?

LOUISE. Je pense que tu es en train de te mettre en colère.

FRANCIS. Que penses-tu d’un vieux type qui abandonne sa femme après vingt-deux ans et qui invite une mineure dans son garage? Une fille que personne n’aime beaucoup.

LOUISE. Moi je l’aime bien.

FRANCIS. Pas très intelligente, vulnérable, qu’est-ce que tu penses de ça?

LOUISE. Je pense que tu as besoin de prendre l’air, de trouver un boulot et de te bouger un peu.

FRANCIS. Qu’est-ce que tu penses de ça?

LOUISE. Toujours assis, là, à épier. » p 106

GARY. Je leur explique aussi que bien qu’il soit en fuite dans l’une des région de la planète, cet homme est tellement apprécié que personne ne l’a dénoncé pour toucher la prime de 50 millions de dollars – Je leur dis comment cet homme a survécu à une guerre contre les plus grandes puissances sur terre avec seulement quelques centaines de combattants et peu de moyens – Et alors je relève la tête, je vois les visages. Ils me regardent. Ils me regardent tout simplement. Même pire qu’avant. Cette fois … Cette fois … Cette fois-ci je comprends que j’ai vraiment fait quelque chose de mal.  » p 116

« MARK. Écoute Gary nous allons enlever le scotch et te poser quelques questions, d’accord. D’accord?

Gary acquiesce

Et si tu cries, je … Je te frapperai au visage avec ce marteau. Tu comprends?

Un temps. Gary acquiesce.

OK. (À Francis) Allez-y.

Francis ne bouge pas.

Allez-y !

FRANCIS. Louise –

LOUISE. Vas-y Francis !

Un temps. Francis s’approche de Gary.

FRANCIS. S’il essaie de sortir une connerie, vous lui frappez la gueule. » p 133

Love and Money – suivi de ADN (acide désoxyribonucléique)

« L’argent c’est mort, non ? Vous ne croyez pas ? Quand on regarde autour de soi ? On le sait ça, non, au fond, tout au fond de nous ? »Dans Love & Money, Dennis Kelly retrace l’histoire tragique de Jess et David. Jess, en quête de sens dans sa vie et se sentant en inadéquation par rapport au monde, consomme frénétiquement, contracte des emprunts et s’enfonce dans les dettes.
 Nos existences peuvent-elles se résumer en deux mots : Love & Money ? Que vaut l’argent dans nos vies ? Que vaut l’argent dans nos amours ? Dans les situations les plus sombres ou les plus déroutantes, les personnages de Dennis Kelly ont une dignité qui les élève.

Dans ADN (Acide désoxyribonucléique), l’auteur retrace l’histoire d’un groupe d’adolescents partis en forêt où ils torturent violemment un de leurs camarades et le laissent pour mort. Ils se demandent alors si ils doivent se dénoncer, si ils peuvent faire porter la responsabilité à quelqu’un d’autre… Peut-on ôter une vie sans conséquence?

Extraits Love & Money

“DAVID. Val, putain, j’ai besoin d’argent.

VAL. Paul, tu peux nous laisser une minute. Tu as déjà sucé la bite d’un mec?

DAVID. Quoi?

VAL. C’est une façon de gagner de l’argent.

DAVID. Val –

VAL. Jess ou toi pourriez sucer des bites, vous prendre en photo et les vendre sur internet. Je connais quelqu’un qui fait ça. Sérieux. Il se fait un bon paquet avec ça.

DAVID. Non, je ne vais pas sucer des bites.
VAL. Je sais bien. Je sais bien David. J’essaie juste de te dire que, bien sûr, il y a des manières de faire de l’argent facilement, mais en général il faut souffrir pour y arriver. En fait tu dois toujours souffrir. Sinon on ne te paierait pas pour ça. Est-ce que tu t’es fait examiner ce grain de beauté?
DAVID. Quoi?

VAL. Je t’embêtais toujours pour que tu te le fasses examiner. Est-ce que tu te l’es jamais fait examiner?

DAVID. Non. Non je –

VAL. Je peux le voir?

DAVID. Quoi?

VAL. Je peux le voir?

Un temps. Il remonte sa manche. Elle se lève pour venir inspecter le grain de beauté sur son bras. Elle le regarde. Elle touche le grain de beauté avec son doigt. Elle le presse. Un temps. Elle le lèche. Un temps. Elle va se rasseoir. Il redescend sa manche.

Garde la tête basse, mets-toi au boulot. Je prendrai soin de toi. Vraiment. “ p 38

“DAVID. Tu as acheté quelque chose? Alors? Tu es allée faire du shopping? C’est bien ça que tu as fait, tu es allée faire du shopping.
JESS. Non.

DAVID. Jess ? C’est bien ça?

JESS. Ecoute –

DAVID. Après tout ce qu’on a traversé? Après ton séjour à l’hôpital?

JESS. Tu vas pas recommencer avec ça

DAVID. Dans un hôpital psychiatrique, Jess, dans un putain de, après toute cette merde putain, après que j’ai pris ce boulot à la con, après tout ce que, tout ce que j’ai fait dont tu n’es même pas, les putains de trucs de fric, dont tu n’as même pas.
JESS. Arrête de tout ramener à l’argent.

DAVID. Idée, nous sommes bien obligés de parler d’argent.

JESS. Un homme a

DAVID. Je veux parler d’autre chose, je veux parler d’avenir et de vacances et de pédagogie, mais au lieu de ça il faut bien qu’on parle d’argent parce que

JESS. Un homme a été

DAVID. Après tout ce que

JESS. Il a été poignardé. “ p 70

Extraits ADN (Acide désoxyribonucléique)

“JOHN TATE. Je vais te

RICHARD. Quoi?
JOHN TATE. Je vais te, eh bien, je vais te faire du mal

RICHARD. Tu vas me faire du mal?

JOHN TATE. Oui.

RICHARD. A moi?

JOHN TATE. Oui, si tu pronnonces ce mot.

CATHY. Enfin, je dis pas que c’est une bonne chose mais d’une certaine façon.

DANNY. La ferme Cathy.

CATHY. Toi la ferme.
JOHN TATE. J’fais tout pour qu’on reste unis. Depuis que je suis arrivé dans cette école est-ce que je n’ai pas fait tout pour qu’on reste unis, tous ensemble? Et est-ce que les choses ne se sont pas améliorées? Pour nous? Pas pour les autres je veux dire, pas là-bas, mais pour nous, ici? Tous les autres voudraient être comme nous, non? Ils voudraient tous venir avec nous dans le bois? Ça ne vaut pas la peine de garder ça, non? “ p 95

“LOU. Il va aller en prison.

LEA. Lou, ils ne vont pas l’envoyer en prison juste parce qu’il correspond à un signalement, il leur faut plus que ça, il leur faut des fibres, il leur faut des échantillons, il leur faut des preuves.

RUCHARD. Des preuves ADN.

LEA. Exactement il leur faut de l’ADN-

RICHARD. Non, ils ont déjà de l’ADN.

LEA. Quoi?

RICHARD. Il correspond au signalement mais ils ont aussi des preuves ADN qui le lient au crime.

LEA. ADN … mais qu’est-ce que tu racontes?

RICHARD. On a parlé à un journaliste. Ils ont recoupé l’ADN retrouvé sur le pull avec les fichiers de la police et c’est comme ça qu’ils ont retrouvé l’homme, l’homme qui en plus correspond parfaitement au signalement. “ p 113