Le Pays lointain

Le Pays lointain est la dernière pièce de Lagarce et son ultime variation sur un thème qui l’occupa toute sa vie: le retour de l’enfant prodigue parmi les siens. Présent et passé s’y mêlent, dessinant les vingt dernières années de la vie de Louis, qui n’en finit pas de vouloir annoncer sa mort prochaine. Ni époque ni lieu, seulement une liste de onze rôles magnifiques: le père, la mère, Antoine le frère, Suzanne la sœur, ou encore Catherine la belle-sœur. Mais Le Pays lointain n’est pas qu’une histoire de famille. C’est aussi la chronique des amours de Louis, où tout un cortège de silhouettes plus ou moins fugitives reviennent tour à tour le visiter… Ces êtres en pointillés, quelle ligne de fuite tracent-ils autour des silences de Louis, autour du terrible aveu qu’il ne parviendra peut-être pas à articuler ? Disparus ou revenants, tous peuvent s’exprimer, car Louis cède la parole à ses proches, laisse se multiplier les points de vue: ce “pays lointain” est aussi un carrefour où l’on dit au héros ses quatre vérités… 

Extraits

“CATHERINE. Lorsque nous nous sommes mariés, il n’est pas venu, vous n’êtes pas venu et depuis, le reste du temps, toutes ces années, le reste du temps, les occasions ne se sont pas trouvées.

LOUIS. Nous pouvons dire les choses ainsi, les occasions ne se sont pas trouvées.

ANTOINE. Elle sait ça parfaitement, je ne sais pas pourquoi tu expliques, je ne comprends pas pourquoi tu cherches à expliquer. Il n’a pas mis les pieds dans cette maison depuis un nombre incalculable d’années, je ne te connaissais même pas. “

“LE PERE, MORT DEJA. J’aimais faire ça. J’emmenais tout mon petit monde en balade et je les immortalisais, tout à fait, je leur disais « ça vous immortalise » et cela les faisait rigoler, je vous immortalise. Il les a gardées? Cela me fait bien plaisir, je me demandais ce qu’ils avaient pu en faire, j’avais peur que ça traine et que ce soit perdu.

L’AMANT, MORT DEJA. Il est parti avec, lorsqu’il est parti, lorsqu’il vous a quittés, lorsqu’il a quitté cette maison, cette ville, sorte de ville, etc … il a dû mettre la main dessus, il y tenait. Je vous connais par elles, je les connaissais tous. “