Molière – Oeuvres complètes II

Ce volume contient : L’ECOLE DES FEMMES. LA CRITIQUE DE L’ECOLE DES FEMMES. L’IMPROMPTU DE VERSAILLES. LE MARIAGE FORCE. LA PRINCESSE D’ELIDE. LE TARTUFFE. DOM JUAN. L’AMOUR MEDECIN.

Dom Juan

Dom Juan vient de quitter sa femme pour tenter d’enlever à son futur époux une jeune fiancée trop éprise de son prétendant pour que l’idée ne lui vienne pas de troubler leur bonheur. Puis il jette son dévolu sur de jeunes paysannes qu’il promet d’épouser. Sganarelle a beau timidement tenter de ramener son maître libertin dans le chemin de la vertu et de la religion, Dom Juan préfère les plaisirs transitoires de ce monde, si dangereux pour son salut, à l’espérance d’une béatitude infinie. D’autres pourtant l’avertiront « qu’une méchante vie amène une méchante mort »… Venu de Tirso de Molina et de son Burlador de Sevilla, le sujet dont Molière s’empare en 1665 a déjà donné lieu à d’assez nombreuses pièces. Pourtant, rien de plus personnel que ces cinq actes en prose conduits avec une éclatante maîtrise qui donne aux personnages la profondeur de l’humanité vraie. De la farce jusqu’à l’ironie la plus fine, la pièce propose tous les registres du comique. Mais c’est aussi la plus tragique des comédies, qui prend la dimension d’un drame métaphysique. Edition présentée et annotée par Jean-Pierre Collinet.

Extraits

“ DOM JUAN. Eh bien ! je te donne la liberté de parler et de me dire tes sentiments.

SGANARELLE. En ce cas, Monsieur, je vous dirai franchement que je n’approuve point votre méthode, et que je trouve fort vilain d’aimer de tous côtés comme vous faites.

DOM JUAN. Quoi ? Tu veux qu’on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu’on renonce au monde pour lui, et qu’on n’ait plus d’yeux pour personne? La belle chose de vouloir se piquer d’un faux honneur d’être fidèle, de s’ensevelir pour toujours dans une passion, et d’être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux ! Non, non : la constance n’est bonne que pour les ridicules; toutes les belles ont droit de nous charmer, et l’avantage d’être rencontrée la première ne doit point dérober aux autres les justes prétentions qu’elles ont toutes sur nos coeurs.  »

“ DOM JUAN. J’ai fait réflexion que pour vous épouser, je vous ai dérobée à la clotûre d’un couvent, que vous avez rompu des voeux qui vous engageaient autre part, et que le Ciel est fort jaloux de ces sortes de choses. Le repentir m’a pris, et j’ai craint le courroux céleste; j’ai cru que notre mariage n’était qu’un adultère déguisé, qu’il nous attirerait quelque disgrâce d’en haut, et qu’enfin je devais tâcher de vous oublier, et vous donner moyen de retourner à vos première chaînes? Voudriez-vous Madame, vous opposer à une si sainte pensée, et que j’allasse, en vous retenant, me mettre le Ciel sur les bras, que par … ?

DONE ELVIRE. Ah ! scélérat, c’est maintenant que je te connais tout entier; et pour mon malheur, je te connais lorsuq’il n’en est plus temps, et qu’une telle connaissance, ne peut plus me servir qu’à me désespérer. Mais sache que ton crime ne demeurera pas impuni, et que le même Ciel dont te te joues saura me venger de ta perfidie.

DOM JUAN. Sganarelle, le Ciel !

SGANARELLE. Vraiment oui, nous nous moquons bien de cela, nous autres. « 

Le secret

1f. – 1h ; Décor : une falaise surplombant la mer ; Durée : 1h

Un soir d’été. Le bord d’une falaise balayée par les vents. Une femme attend depuis des heures, penchée au-dessus du vide. Cette femme, c’est Aurore. Et celui qu’elle attend, c’est Pierre, son frère. Cela fait plus de vingt ans qu’ils ne se sont pas parlé. Depuis ce matin, où il a quitté la maison pour devenir prêtre. Mais bientôt, ils se feront face à nouveau. Ils se retrouveront à portée de voix…

Aurore le sait, elle ne pourra plus se taire. Les mots sortiront forcément. Le genre de mots qu’aucun vent ne pourra jamais étouffer. Pas même ceux qui creusent les falaises. Ce soir, Aurore l’a décidé. Elle lui livrera son secret. Quel que soit le prix à payer…

 

Martyr (suivi de Cible mouvante)

Benjamin ne veut plus suivre le cours de natation du lycée et se justifie auprès de sa mère en invoquant des raisons religieuses. Contraint et forcé, il se rend finalement au cours de natation et plonge tout habillé dans l’eau. Ne jurant plus que par les Saintes Ecritures, il se révolte contre les méthodes d’enseignement qu’il juge impies, en se déshabillant intégralement au cours d’éducation sexuelle ou encore, en présentant un exposé de la théorie de l’évolution darwinienne affublé d’un masque de singe. Ses provocations lui valent d’être envoyé à plusieurs reprises chez le directeur. Néanmoins ce dernier, tout comme le prêtre enseignant à l’école, se montrent compréhensifs, contrairement au professeur de biologie qui se retrouve seule face à lui et tente de l’affronter sur son propre terrain : celui de la lecture de la bible et de son interprétation des enseignements de Dieu.

Le Tartuffe

Un faux dévot s’installe dans la famille d’Orgon dont il fait sa dupe, y vit grassement et manifeste une assez vive sensualité pour courtiser la maîtresse de maison – avant d’être finalement démasqué. Le sujet de sa pièce, Molière dut longuement batailler pour finalement l’imposer en 1669, car, à sa première représentation à Versailles, la comédie avait été jugée dangereuse : s’il décriait les apparences de la vertu, Molière ne rendait-il pas également suspects les dévots authentiques. Car tel est bien l’enjeu sérieux de la pièce : percer à jour l’hypocrisie tout en nous incitant à méditer sur le déguisement et la métamorphose. Mais Le Tartuffe est aussi une comédie de moeurs et de caractères où la farce peu à peu s’infléchit vers le drame et cependant s’harmonise parfaitement avec lui. Molière fait preuve ici d’un métier admirable pour faire passer le spectateur du rire franc à la plus délicate émotion, de la gaieté la plus vive à la réflexion la plus grave, et parfois la plus sombre. 

Extraits

“DORINE. Hé bien ! on vous croit donc, et c’est tant pis pour vous, quoi ? se peut-il, Monsieur, qu’avec l’air d’homme sage, et cette large barbe au milieu du visage, vous soyez assez fou pour vouloir ? …

ORGON. Ecoutez : vous avez pris céans certaines privautés, qui ne me plaisent point; je vous le dis ma mie.

DORINE. Parlons sans nous fâcher, Monsieur, je vous en supplie. Vous moquez-vous des gens d’avoir fait ce complot? Votre fille n’est point l’affaire d’un bigot : il y a d’autres emplois auxquels il faut qu’il pense. Et puis, que vous apporte une telle alliance? A quel sujet aller, avec tout votre bien, choisir un gendre gueux? …
ORGON. Taisez-vous. S’il n’a rien, sachez que c’est par là qu’il faut qu’on le révère. Sa misère est sans doute une honnête misère; au-dessus des grandeurs elle doit l’élever, puisqu’enfin de son bien il s’est laissé priver, par son trop peu de soin des choses temporelles, et sa puissante attache aux choses éternelles. “

“ELMIRE. La déclaration est tout à fait galante, mais elle est, à vrai dire, un peu bien surprenante. Vous deviez, ce me semble, armer mieux votre sein, et raisonner un peu sur un pareil dessein. Un dévot comme vous, et que partout on nomme …

TARTUFFE. Ah ! pour être dévot, je n’en suis pas moins homme; et lorsqu’on vient à voir vos célestes appas, un coeur se laisse prendre, et ne raisonne pas. Je sais qu’un tel discours de moi paraît étrange; mais, Madame, après tout, je ne suis pas un ange; et si vous condamnez l’aveu que je vous fais, vous devez vous en prendre à vos charmants attraits. “

Célimène et le Cardinal

 
Cardinal! N’était-ce pas le destin idéal pour un arbitraire autoritaire et solitaire?
Car voici Alceste dans la situation très inconfortable d’un homme coupé du monde, mais tenant ce monde dans sa main de fer: au dix-septième siècle, le pouvoir d’un prélat est considérable. Vingt ans après, il s’invite donc chez son ancienne amante pour trouver une jolie quadragénaire, qui, loin de la Cour qu’elle a « trahie » en épousant un bourgeois, semble parfaitement heureuse avec ses quatre enfants. Mais qu’est donc venu faire l’égal de Mazarin chez cette mère de famille sans histoire?