Orphelins (suivi de « Oussama, ce héros »)

Livre de théâtre ORPHELINS suivi de OUSSAMA, CE HEROS de Dennis KELLY

Lorsque Dennis Kelly ouvre la boîte de pandore, il y trouve des frères et des sœurs très fusionnels, un couple vacillant et une folie contagieuse. Liam et Helen sont orphelins. Un soir, Liam, couvert de sang, interrompt un dîner chez sa sœur et son beau-frère. Le couple veut comprendre ce qui s’est passé, mais le récit du garçon est confus. Les certitudes de chacun vont alors voler en éclat et l’intimité familiale se gangréner devant le poids de la responsabilité.

Dans Oussama, ce héros, nous découvrons Gary, un adolescent marginal qui tente de se constituer des repères : radical et simplificateur dans sa pensée, ses convictions penchent dangereusement vers le fanatisme. Mais les plus fanatiques ne sont pas toujours ceux que l’on croit, et le monde que Louise, Francis et Mark se recréent autour de lui est autrement plus effrayant.
En s’essayant au genre thriller, Dennis Kelly poursuit son exploration de la violence dans le monde urbain contemporain. Né en 1970 à Londres, ses pièces sont aujourd’hui lues et jouées dans le monde entier.

Extraits Orphelins

« LIAM. Je tourne au coin de la rue et il était enfin, sur le putain, étendu, sur le trott -, sur la chaussée, tout seul. Il était allongé là tout seul alors je me suis dit « oh, non. Oh merde non, il est tout seul, il est tout seul, putain. » Et il avait l’air, enfin, correct, Danny, tu vois, un peu comme, j’sais pas, j’veux dire il avait l’air correct, il avait l’air, bon d’accord, peut-être un peu tu vois, mais quand même tu trinquerais avec lui ou, pas forcément un pote, mais dans un bar, tu vois, si tu l’avais, comme ça, si vous vous étiez croisés, un billard, et une bière, avec, sa tournée, je raconte n’importe quoi là, hein? Oui, non, je raconte n’importe quoi, des conneries, des conneries merde, putain, et là il est allongé là tout seul, absolument tout seull. Et il y a du sang. Et enfin, et quelqu’un a … Un putain de … Quelqu’un l’a vraiment.  » p 15

 » HELEN. Qu’est ce que tu faisais chez Ian?

LIAM. Oh, c’est un pote.

HELEN. Ce n’est pas un pote, Liam.

LIAM. Non, c’est vrai.

HELEN. Il a une mauvaise influence.

LIAM. C’était délicieux Danny, c’était.

HELEN. Il collectionne des objets nazis.

LIAM. Il ne les collectionne pas, il en a quelques-uns c’est tout. Il les trouve sur Internet.

HELEN. Tu ne devrais pas aller chez lui.

LIAM. Ouais, il en a plein enfin, vraiment il est pas net, genre des lettres, des vestes, des boites de zyklon B, c’est pas net, vraiment pas net. Fou quoi. Il est vraiment un peu tordu, Danny, même s’il a des trucs incroyables.

HELEN. Tu devrais rester à l’écart.
LIAM. Je lui ai dit, t’es vraiment tordu et il s’est marré comme ça. Mais il a vraiment des trucs incroyables, il a un Luger avec SS sur la crosse.

HELEN. Ça c’est tordu.

LIAM. C’est ce que je dis, c’est tordu, mais c’est incroyable aussi et maintenant il s’intéresse à des trucs plus modernes, il a récupéré une machette, il pense qu’elle vient du Rwanda, et il s’intéresse à tout ce qui vient d’Irak ou d’Afghanistan, il pense qu’il pourrait avoir une main coupée de la République Démocratique du Congo. Il télécharge toutes ces vidéos, violentes quoi, des gangs et des fusillades des bastons des décapitations, djihadistes et tout ça.  » p 39

« HELEN. Qu’est ce que tu veux faire, là vraiment concrètement qu’est ce que tu veux faire, quand tu auras fini de t’agiter, quand tu auras fini de paniquer, et de crier et de hurler comme un enfant, comme une fillette, putain, Danny, quand tu auras fini de fantasmer et de penser qu’on ne peut rien faire, qu’est ce que tu veux faire, là?

DANNY. Ne me parle pas comme ça.
HELEN. Tu es d’accord qu’il faut faire quelque chose?
DANNY. Faire quoi?

HELEN. Eh bien, par exemple, on pourrait ne rien faire, on pourrait le laisse là-bas ligoté et le laisser mourir de faim.

DANNY. Comment est-ce que tu peux dire une chose pareille, c’est idiot, c’est –  » p 72

Extraits Oussama, ce héros

« FRANCIS. Que penses-tu d’un vieux type qui abandonne sa femme après vingt-deux ans de mariage?

LOUISE. Je pense que tu es en train de te mettre en colère.

FRANCIS. Que penses-tu d’un vieux type qui abandonne sa femme après vingt-deux ans et qui invite une mineure dans son garage? Une fille que personne n’aime beaucoup.

LOUISE. Moi je l’aime bien.

FRANCIS. Pas très intelligente, vulnérable, qu’est-ce que tu penses de ça?

LOUISE. Je pense que tu as besoin de prendre l’air, de trouver un boulot et de te bouger un peu.

FRANCIS. Qu’est-ce que tu penses de ça?

LOUISE. Toujours assis, là, à épier. » p 106

GARY. Je leur explique aussi que bien qu’il soit en fuite dans l’une des région de la planète, cet homme est tellement apprécié que personne ne l’a dénoncé pour toucher la prime de 50 millions de dollars – Je leur dis comment cet homme a survécu à une guerre contre les plus grandes puissances sur terre avec seulement quelques centaines de combattants et peu de moyens – Et alors je relève la tête, je vois les visages. Ils me regardent. Ils me regardent tout simplement. Même pire qu’avant. Cette fois … Cette fois … Cette fois-ci je comprends que j’ai vraiment fait quelque chose de mal.  » p 116

« MARK. Écoute Gary nous allons enlever le scotch et te poser quelques questions, d’accord. D’accord?

Gary acquiesce

Et si tu cries, je … Je te frapperai au visage avec ce marteau. Tu comprends?

Un temps. Gary acquiesce.

OK. (À Francis) Allez-y.

Francis ne bouge pas.

Allez-y !

FRANCIS. Louise –

LOUISE. Vas-y Francis !

Un temps. Francis s’approche de Gary.

FRANCIS. S’il essaie de sortir une connerie, vous lui frappez la gueule. » p 133

Têtes rondes et Têtes pointues

Initialement, Brecht a voulu adapter Mesure pour mesure. Mais nous sommes au début des années trente et le danger du fascisme devient de jour en jour plus menaçant. Au cours de son travail, il transforme donc la pièce de Shakespeare en une parabole qui n’est rien d’autre qu’une attaque en règle contre les idées racistes que propageait le parti national-socialiste dirigé par Hitler.