Occupe-toi du bébé

Occupe-toi du bébé part d’un fait divers, un double infanticide, pour explorer les mécanismes de la fiction-réalité. Sur scène défilent les protagonistes. Certains témoins se souviennent en public, d’autres ont écrit ou accepté d’être filmés. Chacun parle à la lueur de sa propre perception et de ses intérêts. Témoignages réels ou fiction ? Peu importe la vérité, car l’aptitude de chacun à présenter les faits à sa manière prime sur la quête de l’objectivité. Alors que la représentation de soi-même n’a jamais autant fait recette, comment discerner la vérité ? Dennis Kelly est né en 1970 à Londres, où il habite. Il a suivi des études théâtrales au Goldsmiths College. Ses œuvres ont été créées en Grande-Bretagne, dans de nombreux pays d’Europe et jusqu’au Japon, en Australie et aux États-Unis.

Extraits

 » DONNA. C’est normal de , hum, enfin, ils doivent garder les infanticides à l’isolement, mais sans doute parce que j’étais un peu connue, ou alors, ou alors, j’ai été placée dans un niveau d’isolement supérieur à la normale. Vous savez le, euh, en fait le niveau le plus élevé qu’on puisse avoir. Alors j’étais avec des femmes qui avaient vraiment, vraiment fait des choses horribles, toutes à , euh, à des enfants, elles avaient fait des choses horribles à des enfants et c’était très spécial. Elles avaient une façon très spéciale de communiquer entre elles. On aurait dit des enfants.  » p 15

« . Vous la détestiez?

DONNA. Non, c’est ma mère, je l’aime.

. Quand elle a dit que vous souffriez du SLK, vous l’avez détestée?

DONNA. Non, c’est ma mère, je l’aime.

. Est-ce que vous croyez qu’elle croit que vous avez tué Jack?

DONNA. Non, c’est ma mère, je – longue pause Pourquoi …Pourquoi est-ce que vous vous inquiétez pour moi? Je vais bien?

. Quand elle a dit que vous souffriez du SLK, vous l’avez détestée?

LYNN. Que cela soit clair, il n’a jamais été question d’accepter le diagnostic. Je veux que ce soit clair. Je veux dire, officiellement nous ne l’avons jamais accepté, nous avons toujours protesté de l’innocence totale et absolue de Donna, un étouffement tragique et une mort subite du nourrisson.  » p 85

« . Regrettez-vous d’avoir eu des enfants?
MARTIN. Non. Jamais je ne regrette d’avoir eu mes enfants. Un temps. Comment pouvait-elle savoir que Jake était mort? Comment pouvait-elle savoir? On s’engueule à propose d’un truc, à cause d’un programme télé à la con et soudain elle devient toute blanche. Et elle savait – je sais qu’elle savait – qu’il était mort. C’était comme, c’était comme si elle réalisait d’un seul coup et elle fonce à l’étage. Et il est mort.  » p 99

Inconditionnelles

Dans une prison pour femmes, Chess et Serena partagent la même cellule. Elles s’aiment. Quand Serena obtient sa libération conditionnelle, les deux femmes sont dévastées. Pour s’évader, Chess chante et écrit des chansons. Elle pense à son crime et sa blessure, et compose une chanson pour sa fille. Dans sa quête de rédemption par la musique, elle n’aurait jamais imaginé être rattrapée par son propre passé.

Cette pièce comporte des chansons originales composées par Kae Tempest et Dan Carey, sur des paroles de Kae Tempest.
Les partitions originales sont reproduites en fin d’ouvrage.

Haute surveillance

Décor : une cellule de prison.
Personnages : le surveillant et trois détenus : yeux-verts, vingt deux ans, condamné à mort ; maurice, dix-sept ans, qui lui voue une admiration sans bornes ; Lefranc, voleur de vingt-trois ans dévoré par la jalousie. dans ce huis clos, tout est drame : un lit défait, un mot de trop. mais la tragédie naît d’une femme absente, celle que yeux-verts va laisser en mourant sur l’échafaud. maurice et lefranc la convoitent, se la disputent sous le regard de yeux-verts.
Jusqu’au meurtre : lefranc étrangle maurice  » j’ai fait ce que j’ai pu pour l’amour du malheur, dit-il. je suis vraiment tout seul « .
Cette pièce en un acte a été créée au théâtre des mathurins le 26 février 1949.
Jean genet en a remanié le texte en août 1985. cette nouvelle version est publiée ici pour la première fois.