La cerisaie

Traduction de Jean-Claude Carrière – La Cerisaie, est l’histoire d’une famille aristocrate qui s’est appauvrie. Voilà trois ans que la mère, Lioubov, et la fille, Anya, étaient en voyage en Europe, à Paris. Mais le manque d’argent et les dettes forcent leur retour. 

Extraits

“ LIOUBOV. O mon enfance, ma pureté ! Je dormais dans cette chambre, d’ici je regardais le jardin. Le bonheur se réveillait avec moi chaque matin, et c’était tout comme aujourd’hui, rien n’a changé. Blanc, tout blanc ! Oh mon jardin ! Après l’automne sombre et humide, après l’hiver froid, tu es de nouveau jeune, plein de bonheur, les anges du ciel ne t’ont pas abandonné … Si on pouvait arracher cette pierre pesante de ma poitrine et de mes épaules, si je pouvais oublier mon passé.

GAEV. Oui, et le jardin sera vendu, pour dettes, aussi étrange que cela paraisse …  » p 59

“ LIOUBOV. Je suis née ici, ici ont vécu mon père et ma mère, mon grand-père, j’aime cette maison, sans la cerisaie, je ne comprends pas ma vie … et s’il faut la vendre, alors qu’on me vende avec elle … Après tout, mon fils s’est noyé ici … Prenez pitié de moi, vous êtes bon et charitable.

TROFIMOV. Vous savez que je suis avec vous de toute mon âme.
LIOUBOV. Il faut dire ça d’une autre façon, d’une autre façon … Mon âme est si lourde aujourd’hui, vous ne pouvez pas imaginer. Il y a tant de bruit ici, mon âme tremble à chaque son, je suis toute frissonnante, mais je ne peux me retirer, j’ai peur d’être seule dans le silence.  » p 99