Roméo et Juliette

Traduction d’Yves Bonnefoy

Malgré la haine qui dévore les Capulet et les Montaigu, Roméo et Juliette succombent au coup de foudre lors d’un bal. Bravant la volonté de leurs familles, les jeunes amants décident de s’unir devant Dieu dans le plus grand secret.

Extraits

“ROMÉO : Si j’ai pu profaner, de ma main indigne, Cette châsse bénie, voici ma douce pénitence : Mes lèvres sont toutes prêtes, deux rougissants pèlerins, À guérir d’un baiser votre souffrance.

JULIETTE. Bon pèlerin, vous êtes trop cruel pour votre main, Qui n’a fait que montrer sa piété courtoise, Les mains des pèlerins touchent celles des saintes, Et leur baiser dévot, c’est paume contre paume.

ROMÉO. Saintes et pèlerins ont aussi des lèvres ?

JULIETTE. Oui, pèlerin qu’il faut qu’ils gardent pour prier
ROMÉO. Oh, fassent chère sainte, les lèvres comme les mains ! Elles qui prient, exauce-les de crainte Que leur foi ne devienne du désespoir.
JULIETTE. Les saint ne bougent pas, même s’ils exaucent les vœux.
ROMÉO. Alors ne bouge pas, tandis que je recueille, Le fruit de mes prières. Et que mon pêché, S’efface de mes lèvres grâce aux tiennes. Il l’embrasse

Actrice

C’est pour cela que tu es devenue l’actrice que tu es parce que tu as laissé ton imaginaire s’implanter dans ton corps à la manière d’un virus une actrice c’est un imaginaire dans un corps qui restitue la condition humaine quand on voit ça au degré où tu le pratiques on pleure on envoie des fleurs on crie bravo à ces êtres qui nous disent « regardez-vous vivre »

3 monologues (parisiens) suivi de Je ne savais pas qu’Aurélien appartenait à une secte millénariste méthodiste

3 monologues… : 1h.–1f.–1f. ; durée : 1 h 00

Je ne savais pas qu’Aurélien… : 1h. ; durée : 40 min.

Quoi qu’on tente, où que l’on fuie, Paris nous rattrape. La solitude s’y révèle même pire qu’ailleurs, digérée qu’elle est dans le ventre de la masse-même et des organisations qui la régissent. Trois vies coupées, trois à-côtés que tout déclasse mais qui dessinent, de leur voix singulière, des mondes propres à écouter. Encore faut-il tendre l’oreille…

Quelle place donner au monstre ? Faut-il écouter sa confession? Comment l’horreur surgit-elle de la banalité ? Il n’y aura pas de réponses, que des questions.

Le dernier feu

La pièce de Dea Loher s’ouvre sur la mort accidentelle d’un enfant, Edgar, âgé de huit ans. L’enfant est écrasé par la voiture d’Edna, un agent de police lancée à la poursuite d’Olaf qu’elle prend pour un terroriste. Rabe, qui rentre de la guerre et vient s’installer en ville, est l’unique témoin de la scène. Dans une polyphonie étrange, les voix s’étouffent, ne pouvant parler, ne sachant que faire de leurs sentiments. À l’exception de la grand-mère d’Edgar, atteinte d’Alzheimer, qui oublie sans cesse la mort de son petit-fils, si bien qu’il faut lui réitérer l’indicible.Voici la question qui se pose : dans quelle mesure sommes-nous complices de ce qui se passe ici ou ailleurs ? Le théâtre peut-il nous permettre de décoder les signes, même les plus incommunicables, qui nous entourent ? Dea Loher nous emmène dans un monde où nous n’irions pas sans elle : elle ouvre des portes que nous préférons garder fermées.

Le Pays lointain

Le Pays lointain est la dernière pièce de Lagarce et son ultime variation sur un thème qui l’occupa toute sa vie: le retour de l’enfant prodigue parmi les siens. Présent et passé s’y mêlent, dessinant les vingt dernières années de la vie de Louis, qui n’en finit pas de vouloir annoncer sa mort prochaine. Ni époque ni lieu, seulement une liste de onze rôles magnifiques: le père, la mère, Antoine le frère, Suzanne la sœur, ou encore Catherine la belle-sœur. Mais Le Pays lointain n’est pas qu’une histoire de famille. C’est aussi la chronique des amours de Louis, où tout un cortège de silhouettes plus ou moins fugitives reviennent tour à tour le visiter… Ces êtres en pointillés, quelle ligne de fuite tracent-ils autour des silences de Louis, autour du terrible aveu qu’il ne parviendra peut-être pas à articuler ? Disparus ou revenants, tous peuvent s’exprimer, car Louis cède la parole à ses proches, laisse se multiplier les points de vue: ce “pays lointain” est aussi un carrefour où l’on dit au héros ses quatre vérités… 

Extraits

“CATHERINE. Lorsque nous nous sommes mariés, il n’est pas venu, vous n’êtes pas venu et depuis, le reste du temps, toutes ces années, le reste du temps, les occasions ne se sont pas trouvées.

LOUIS. Nous pouvons dire les choses ainsi, les occasions ne se sont pas trouvées.

ANTOINE. Elle sait ça parfaitement, je ne sais pas pourquoi tu expliques, je ne comprends pas pourquoi tu cherches à expliquer. Il n’a pas mis les pieds dans cette maison depuis un nombre incalculable d’années, je ne te connaissais même pas. “

“LE PERE, MORT DEJA. J’aimais faire ça. J’emmenais tout mon petit monde en balade et je les immortalisais, tout à fait, je leur disais « ça vous immortalise » et cela les faisait rigoler, je vous immortalise. Il les a gardées? Cela me fait bien plaisir, je me demandais ce qu’ils avaient pu en faire, j’avais peur que ça traine et que ce soit perdu.

L’AMANT, MORT DEJA. Il est parti avec, lorsqu’il est parti, lorsqu’il vous a quittés, lorsqu’il a quitté cette maison, cette ville, sorte de ville, etc … il a dû mettre la main dessus, il y tenait. Je vous connais par elles, je les connaissais tous. “

Juste la fin du monde

Le fils retourne dans sa famille pour l’informer de sa mort prochaine. Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles. De cette visite qu’il voulait définitive, le fils repartira sans avoir rien dit.

Extraits

“SUZANNE. Lorsque tu es parti, je ne me souviens pas de toi, je ne savais pas que tu partais pour tant de temps, je n’ai pas fait attention, je ne prenais pas garde, et je me suis retrouvée sans rien. Je t’oubliai assez vite. J’étais petite, jeune, ce qu’on dit, j’étais petite. Ce n’est bien bien que tu sois parti, parti si longtemps, ce n’est pas bien et ce n’est pas bien pour moi, et ce n’est pas bien pour elle (elle ne te le dira pas ), et ce n’est pas bien encore, d’une certaine manière pour eux, Antoine et Catherine. Mais aussi, je ne crois pas que je me trompe, mais aussi ce ne doit pas, ça n’a pas dû, ce ne doit pas être bien pour toi non plus, pour toi aussi.“

“LOUIS. Je ne suis pas arrivé ce matin, j’ai voyagé cette nuit, je suis parti hier soir et je voulais arriver plus tôt et j’ai rennoncé en cours de route, je me suis arrêté, ce que je voulais dire, et j’étais à la gare ce matin, dès trois ou quatre heures. J’attendais le moment décent pour venir ici.

ANTOINE. Pourquoi est-ce que tu me racontes ça ? Pourquoi est-ce que tu me dis ça? Qu’est-ce que je dois répondre, je dois répondre quelque chose?

LOUIS. Je ne sais pas, non, je te dis ça, je voulais que tu le saches, ce n’est pas important, je te le dis parce que c’est vrai et je voulais te le dire.
ANTOINE. Ne commence pas.
LOUIS. Quoi?

ANTOINE. Tu sais. Ne commence pas, tu voudras me raconter des histoires, je vais me perdre, je te vois assez bien, tu vas me raconter des histoires. Tu étais à la gare, tu attendais, et peu à peu, tu vas me noyer. “

Le roi se meurt

Pour expliquer le succès du Roi se meurt, on a dit que c’est un classique. Il montre l’homme ramené à sa condition fondamentale. Donc à l’angoisse devant la mort. Cet homme qui parle avec les accents du roi Lear est néanmoins notre contemporain. Il est tellement notre contemporain que son histoire – une existence qui a oublié ses limites – reflète exactement la célèbre « crise de la mort » qui secoue l’Europe de l’après-guerre. Le Roi se meurt n’est pourtant pas une pièce triste. D’abord, parce que l’humour n’y est pas absent. Ensuite, et surtout, parce que Ionesco propose les remèdes pour sortir de la crise. C’est également cela, une grande oeuvre classique : une leçon de dignité devant le destin.

Macbett

Dans l’imaginaire collectif, Macbeth, ce roi d’Ecosse qui régna à la lin du XIe siècle, représente depuis Shakespeare l’archétype de l’ambitieux qui, poussé par sa femme, tua le roi légitime pour monter sur le trône et multiplia meurtres et exactions. Avec Macbett, pièce qui témoigne de sa vision amère des grands drames qui ont bouleversé le XXe siècle – nazisme et communisme qu’il a toujours renvoyés dos à dos – Ionesco crée une oeuvre burlesque dans laquelle la politique n’est que le jeu absurde d’un fou, le caprice d’un paranoïaque satanique. Plus que jamais son théâtre apparaît comme une « farce tragique », sous-titre dont il qualifie lui-même Les Chaises, l’une de ses premières pièces.

Deux femmes pour un fantôme

Brigitte vient d’apprendre que son mari, Pierre, a une maîtresse. En proie à une douloureuse crise de jalousie, Brigitte convie Viviane à l’appartement familial. Tandis que les deux femmes s’affrontent en une vibrante joute verbale oscillant entre haine et complicité, Pierre est victime d’un accident de voiture et son fantôme surgit…

Hamlet (suivi de Le Roi Lear)

HAMLET suivi de « Le Roi Lear » drame William SHAKESPEARE – traduction de Yves Bonnefoy, 16h. – 2f. – personnages secondaires – Durée 2h30 – Les Éditions Gallimard, collection Folio classique n°1069

Dans Hamlet, Le roi du Danemark, père d’Hamlet, est mort récemment. L’oncle d’Hamlet Claudius a remplacé le roi défunt, et, moins de deux mois après, a épousé Gertrude, sa veuve. Le spectre du roi apparaît alors et révèle à son fils Hamlet qu’il a été assassiné par Claudius. 

14 hommes – 3 femmes – Dans Le Roi Lear, Le roi Lear tremble dans sa vieillesse et souhaite abandonner son trône pour qu’il puisse se retirer. Il exige que chacune de ses trois filles lui dise combien elle l’aime, afin qu’il puisse diviser son héritage sur eux.

 

Extrait d’Hamlet

“LE SPECTRE. Venge son meurtre horrible et monstrueux.

HAMLET. Son meurtre !

LE SPECTRE. Un meutre horrible ainsi qu’est toujours le meurtre, mais celui-ci horrible, étrange et monstrueux.

HAMLET. Vite, instruis-moi. Et d’une aile prompte, que l’intuition ou la pensée d’amour, je vole te venger.

LE SPECTRE. Je vois que tu es prêt. Et tu serais plus inerte que l’herbe grasse, qui pourrit sur les rives molles du Léthé, si mon récit ne t’émouvait pas : écoute, Hamlet, on a dit que, dormant dans mon verger, un serpent me piqua. Et tout le Danemark, est ainsi abusé, grossièrement, par cette relation, menteuse. Mais, sache-le, toi qui es jeune et qui es noble, sache-le : le serpent dont le dard tua ton père, porte aujourd’hui sa couronne. “ p 60

“HAMLET. Allez, allez, vous questionnez comme une dévergondée.

LA REINE. Comment ! Que dis-tu, Hamlet?

HAMLET. Eh bien, que me voulez-vous?

LA REINE. Oubliez-vous qui je suis?

HAMLET. Oh ! non, par la sainte croix ! Vous êtes la reine; du frère de votre mari vous êtes la femme, et, à mon grand regret, vous êtes ma mère. “ p 136

Extraits Le Roi Lear

“LEAR. Pour toi et pour les tiens et à jamais, voici un vaste tiers de notre beau royaume. Il vaut bien en grandeur et valeur et délices, celui qui est échu à Gonéril … Mais, notre joie, bien que notre cadette et la plus petite, toi dont les vins de France et le lait de Bourgogne, se disputent le jeune amour, que vas-tu dire, pour tirer un troisième lot qui soit plus riche, que celui de tes soeurs? Parles, veux-tu?

CORDÉLIA. Je ne dirai rien, monseigneur.

LEAR. Rien?

CORDÉLIA. Rien.

LEAR. De rien ne te viendra rien ! Parle encore.

CORDÉLIA. Pour mon malheur, je ne puis élever, mon coeur jusqu’à mes lèvres. J’aime votre Grandeur, comme c’est mon devoir, ni plus ni moins.

LEAR. Comment, comment, Cordélia ? Corrige un peu tes paroles, sinon tu gâtes tes chances.  » p 221

“LEAR. Je vais te dire … ( A Gonéril) Vie et mort ! Que je suis honteux, que tu aies ce pouvoir d’ébranler ainsi mon coeur d’homme, et de voir que ces larmes, qui jaillissent contre mon grè, te rendent digne d’elles ! Tempêtes, brouillards nocifs, flagellez-la ! Que les incurables blessures, de la malédiction d’un père te déchirent, en chacun de tes sens ! Vieux tendres yeux, si pour ce motif-là vous pleurez encore, je vous arrache et je vous jette, avec l’eau que vous répandez, pour attendrir la terre ! En sommes-nous donc là? Soit ! J’ai une autre fille qui, j’en suis sûr, est bonne et me consolera. Qui, apprenant ce que tu fis, viendra avec ses ongles, écorcher ta face de louve – Et tu verras, que je retrouverai cette majesté, que selon toi j’ai perdue pour toujours.  » p 255