Quartett

Réécriture des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos. Merteuil et Valmont s’affrontent donc dans un espace-temps ouvert et chaotique. Le dialogue s’étire et se dilate tout au long de la pièce. Merteuil se met à jouer Valmont, Valmont joue Mme de Tourvel puis Merteuil joue Cécile de Volanges. Un véritable quatuor (ou « quartet » en jazz) se dessine à l’intérieur d’un duo. Müller joue et jubile avec les masques, les mécanismes de distanciation et les miroirs. Il réutilise les dispositifs narratifs de Laclos qui ne laissent jamais transparaître dans son roman une voix de l’auteur et un point de vue.

Gouttes d’eau sur pierres brûlantes

Dans l’Allemagne des années soixante-dix, un jeune homme sauvage et inexpérimenté se fait séduire par un homme plus âgé. Il l’installe chez lui. Léopold, le bourreau, va peu à peu pénétrer le cerveau de sa victime, Franz, et lui ôter son âme. En l’asservissant, il crée une dépendance, un attachement à l’autre sans égal. Franz y laisse son identité, son amour propre, sa raison. Un jeu de manipulation terrible, raconté avec un humour cinglant propre à Fassbinder qui avait l’intelligence de mêler drame et comédie, évitant de rajouter du noir au noir.

Le Tartuffe

Un faux dévot s’installe dans la famille d’Orgon dont il fait sa dupe, y vit grassement et manifeste une assez vive sensualité pour courtiser la maîtresse de maison – avant d’être finalement démasqué. Le sujet de sa pièce, Molière dut longuement batailler pour finalement l’imposer en 1669, car, à sa première représentation à Versailles, la comédie avait été jugée dangereuse : s’il décriait les apparences de la vertu, Molière ne rendait-il pas également suspects les dévots authentiques. Car tel est bien l’enjeu sérieux de la pièce : percer à jour l’hypocrisie tout en nous incitant à méditer sur le déguisement et la métamorphose. Mais Le Tartuffe est aussi une comédie de moeurs et de caractères où la farce peu à peu s’infléchit vers le drame et cependant s’harmonise parfaitement avec lui. Molière fait preuve ici d’un métier admirable pour faire passer le spectateur du rire franc à la plus délicate émotion, de la gaieté la plus vive à la réflexion la plus grave, et parfois la plus sombre. 

Extraits

“DORINE. Hé bien ! on vous croit donc, et c’est tant pis pour vous, quoi ? se peut-il, Monsieur, qu’avec l’air d’homme sage, et cette large barbe au milieu du visage, vous soyez assez fou pour vouloir ? …

ORGON. Ecoutez : vous avez pris céans certaines privautés, qui ne me plaisent point; je vous le dis ma mie.

DORINE. Parlons sans nous fâcher, Monsieur, je vous en supplie. Vous moquez-vous des gens d’avoir fait ce complot? Votre fille n’est point l’affaire d’un bigot : il y a d’autres emplois auxquels il faut qu’il pense. Et puis, que vous apporte une telle alliance? A quel sujet aller, avec tout votre bien, choisir un gendre gueux? …
ORGON. Taisez-vous. S’il n’a rien, sachez que c’est par là qu’il faut qu’on le révère. Sa misère est sans doute une honnête misère; au-dessus des grandeurs elle doit l’élever, puisqu’enfin de son bien il s’est laissé priver, par son trop peu de soin des choses temporelles, et sa puissante attache aux choses éternelles. “

“ELMIRE. La déclaration est tout à fait galante, mais elle est, à vrai dire, un peu bien surprenante. Vous deviez, ce me semble, armer mieux votre sein, et raisonner un peu sur un pareil dessein. Un dévot comme vous, et que partout on nomme …

TARTUFFE. Ah ! pour être dévot, je n’en suis pas moins homme; et lorsqu’on vient à voir vos célestes appas, un coeur se laisse prendre, et ne raisonne pas. Je sais qu’un tel discours de moi paraît étrange; mais, Madame, après tout, je ne suis pas un ange; et si vous condamnez l’aveu que je vous fais, vous devez vous en prendre à vos charmants attraits. “

Les bonnes

Les deux bonnes sont là – les dévouées servantes ! Devenez plus belle pour les mépriser.Nous ne vous craignons plus. Nous sommes enveloppées, confondues dans nos exhalaisons, dans nos fastes , dans notre haine pour vous. Nous prenons forme, madame. Ne riez pas . Ah ! surtout ne riez pas de ma grandiloquence…

Les joyeuses commères de Windsor

Traduction de Jean-Michel Déprats et Jean-Pierre Richard, préface de Gisèle Vienne – Cette farce exauce le voeu d’une reine. Ayant découvert Falstaff dans les deux parties d’Henry IV, avant que Shakespeare le fasse mourir dans Henry V, Elisabeth Ier voulait revoir sur scène le plantureux chevalier, amoureux cette fois. Et à Windsor, ce n’est pas la Cour que fréquente l’ancien compagnon de débauche du prince héritier, mais la petite société comique d’une ville de province, avec des étrangers – un pasteur gallois, un médecin français – qui massacrent l’anglais, et des bourgeois locaux, tels ces Lepage et Duflot dont Falstaff, nobliau sans le sou, guigne les femmes et la fortune. Courtisées en même temps, les deux joyeuses épouses mènent ensemble l’intrigue, de piège en piège, jusqu’à confondre, par une nuit de sabbat, au fond du parc royal, le vieux « cerf » en rut qui les poursuit, alors qu’une jeune « biche », la fille des Lepage, en profite pour s’enfuir avec son amoureux…

Extraits

“ MADAME DUFLOT. Assez lanterné : tenez, lisez, lisez; notez comment je pourrais accéder à la chevalerie. Je penserai pis que pendre des gros, tant que j’aurai un oeil pour voir la différence physique entre les hommes : lui qui s’interdisait les jurons, louait la pudeur des femmes et réprouvait dûment et noblement toute inconvenance, j’aurais juré sa nature assortie en vérité à ses paroles; mais loin qu’elles s’accordent et coïncident, c’est comme si on chantait les cantiques sur l’air grivois de Greesnleeves. Quelle tempête, je me demande, a fait échouer cette baleine, avec tous ses tonneaux d’huile dans le ventre, à Windsor? Comment me venger de lui ? Le meilleur moyen, je crois, serait de le bercer d’espérances jusqu’à ce que le feu mauvais de la concupiscence l’ait fait fondre dans sa graisse. Avez-vous jamais entendu rien de tel?

MADAME LEPAGE. Lettre pour lettre, sauf qu’à la place de Dufflot il y avait Lepage ! Pour pleinement te consoler de découvrir ainsi le mépris où il nous tient, voici la soeur jumelle de ta lettre, mais que la tienne soit la première à jouir du titre, car la mienne, je l’affirme, n’en héritera jamais. J’en suis certaine, il a mille de ces lettres, écrites avec un blanc à la place du nom, et les nôtres proviennent déjà d’une seconde édition : il les imprime, sans aucun doute; car peu lui importe ce qu’il me sous presse, quand il voudrait nous y mettre toutes les deux.

MADAME DUFLOT. Quoi ! C’est absolument la même : la même écrtiure, les mêmes mots. Pour qui nous prend-il?

MADAME LEPAGE. Vengeons-nous de lui : donnons-lui rendez-vous; faisons mine de l’encourager dans ses poursuites et poussons-le, à force d’atermoiements et d’appâts alléchants, à mettre ses chevaux en gage pour régler l’aubergiste de la Jarretière. “ p 63

“FALSTAFF. Quand les dieux ont le feu au derrière, que feront les pauvres hommes? Moi, me voici l’un des cerfs de Windsor, et le plus gras, je pense, de cette forêt. Rafraîchis pour moi ma saison du rut, Jupiter, sinon qui pourra me reprocher de pisser partout ma graisse? Qui vient là ? Ma Biche ?

MADAME DUFLOT. Sir John, es-tu là, mon cher, mon cerf?

FALSTAFF. Ma biche à la touffe noire? Que le ciel me lâche une pluie de patates douces, un tonnerre de chansons d’amour sur l’air de Greenleeves, une grêle de bonbon parfumés, et qu’il neige des racines aphrodisiaques ! Levez-vous, orages de la tentation, je veux me réfugier là.

MADAME DUFLOT. Madame Lepage est venue avec moi, cher cerf de mon coeur.

FALSTAFF. Partagez-moi comme un cerf braconné, un cuissot pour chacune. Je garderai mes flancs pour moi, mes épaules pour le garde-chasse du secteur; quant à mes cornes, je les lègue à vos maris. Est-ce que je suis un vrai coureur des bois, hein ? Est-ce que je parle comme Herne le Chasseur? Ah, le petit Cupidon à présent tient parole : il me rend tout. Aussi vrai que je suis un fantôme, bienvenue ! “ p 178