Jeux de massacre

Jeux de massacre ne raconte plus l’agonie d’un homme comme Le Roi se meurt : toute une ville passe ici de vie à trépas. À travers l’allégorie de la peste qui incarne le mal absolu, la mort qui frappe chacun sans distinction, Ionesco nous montre une hécatombe. Comme les têtes grimaçantes des jeux forains, les fantoches burlesques de cette danse macabre de l’âge atomique tombent tous, les uns après les autres, tandis qu’un moine noir, figure de la mort, traverse silencieusement la scène en contemplant, indifférent, le désastre.

Ivanov

IVANOV comédie dramatique de Anton TCHEKHOV – texte français de Philippe Adrien et de Vladimir Ant, 12h. – 5f. – Durée 2h15 –

Ivanov est banal. Ivanov est extraordinaire. Il brille comme un trou noir autour duquel tourne et jase tout un petit monde ridicule ou poignant : parasites, richards, cyniques saisis sur le vif avec un humour implacable, trompant leur ennui aux cartes ou noyant leur désespoir dans la vodka. Au cœur de cette société malade, Ivanov se débat sous les ruines de ses idéaux. Anna, sa femme, est mourante et ne le sait pas ; la jeune Sacha, sa voisine, rêve de lui offrir un nouveau bonheur. Hommes et femmes, hostiles ou amicaux, tous ont quelque chose à lui demander : de l’amour, de l’argent, des actes. Ivanov est comme assiégé. Cerné. Et depuis un an à peu près, il n’en peut plus… 

Extraits

“ BABAKINA. Qui c’est ?

LEBEDEV. Notre cher Nicolas Ivanov.

BABAKINA. Ah, lui, c’est un homme, un vrai … Mais il est si malheureux ! …

LEBEDEVA. Qu’est-ce que vous voulez, ma chérie … comment pourrait-il être heureux ! Le pauvre, une erreur pareille ! … Quand il a épousé sa youpine, il pensait que le père et la mère lui donneraient des monceaux d’or … mais ça a été tout le contraire … Dès qu’elle s’est convertie, son père et sa mère n’ont plus voulu la connaître, ils l’ont maudite … et lui, il n’a rien eu, pas un sou. Il peut toujours regretter, c’est trop tard …

SACHA. Ce n’est pas vrai, maman.
BABAKINA. Comment ça  » ce n’est pas vrai« , ma petite Sacha? Tout le monde le sait. Sans l’intérêt, à quoi bon épouser une Juive? Il n’y a pas assez de Russes ou quoi? Il a fait une erreur, ma chérie, une erreur… » p 39

“IVANOV. Je ne suis pas un homme bien … minable … nul. Il faut être aussi minable, usé et alcoolique que Pavel pour m’aimer et me respecter encore. À quel point je me méprise moi-même, mon Dieu ! Je hais ma voix, mes pas, mes mains, mes vêtements, mes idées. C’est ridicule … humiliant ! Il y a un an, j’étais vigoureux et en bonne santé, en pleine forme, infatigable, plein de feu … Je travaillais avec ces mains-là … Je savais parler, même les ignorants étaient émus aux larmes en m’écoutant … Je déplorais le malheur des autres, je m’insurgeais contre le mal. J’ai connu l’inspiration, le charme poétique et doux des nuits de travail … assis à mon bureau jusqu’à l’aube, l’esprit ébloui de rêves, de projets … J’avais la foi, je regardais dans l’avenir comme dans les yeux de ma mère … Et maintenant, bon Dieu ! Fatigué, sans foi, je passe mes jours et mes nuits à ne rien faire. Mon cerveau, mes mains, mes jambes, plus rien ne m’obéit. “ p 76

Purifiés

Théâtralement parlant, « Purifiés » est une entreprise audacieuse. La matérialisation de son univers poétique soulève la même question que les premières pièces de Kane. « Les rats emportent les pieds de Carl » – comment est-il possible de monter une telle didascalie sur scène ? Sarah Kane croyait passionnément qu’il est possible de représenter ce qui est imaginable. Aussi a-t-elle repoussé les frontières d’un théâtre (anglais) souvent confiné dans son naturalisme et a exigé des metteurs en scène des solutions nouvelles et courageuses.

Angels in america

A New-York, à l’automne 1985, plusieurs histoires personnelles et plusieurs aventures collectives se conjuguent. Il y a Prior et Louis, qui s’aiment, mais la maladie (le SIDA) les sépare ; un couple mal accordé, Harper et Joe, troublé par une sexualité incertaine et des croyances religieuses pesantes ; un grand avocat d’affaires, Roy M. Cohn, impliqué dans les scandales financiers et politiques du parti de Reagan ou du maccarthysme antérieur, et dont la vie est aussi en danger ; il y a Belize, infirmier miséricordieux, lourd du double handicap d’être Noir et drag queen… Il y a aussi le fantôme d’Ethel Rosenberg et un Ange qui élit Prior comme prophète d’un Occident mal portant, avant de rejoindre ses congénères dans un paradis aride et déserté par Dieu… Tous aiment, souffrent, luttent, se mesurent à de grands enjeux, désemparés face au grand rêve perdu de l’Amérique.