Le conte d’hiver

Traduction de Bernard-Marie Koltès – Une pièce en cinq actes, vraisemblablement écrite en 1611. Le titre sous-entend : histoire à raconter au coin du feu. Histoire de l’apparition du mal dans les rapports humains, de la jalousie, des divisions, des souffrances, des discordes, du triomphe final de la paix. On nous racontes ici l’histoire de Leonte roi de Sicile qui pris de jalousie est persuadée que sa femme, la reine nommé Hermione, le trompe avec Polixène roi de Bohême. 

Extraits

“HERMIONE. Il reste, monseigneur.

LÉONTES. À moi, il a dit non. Hermione, ma chère, vous n’avez jamais mieux parlé.

HERMIONE. Jamais?

LÉONTES. Jamais. Sauf une fois.

HERMIONE. Ainsi donc j’aurai bien parlé deux fois? Je vous en supplie, dites-moi : quand était-ce, la première? Une bonne action, si on n’en parle pas, elle meurt et elle tue toutes celles qui auraient pu suivre. Gavez-moi de louanges comme une grosse bête domestique; les compliments sont mon salaire, et vous me ferez courir plus vite avec un baiser qu’à coups de cravache. Allons, allons : ma dernière bonne action, c’est qu’il reste : alors la première? Il y a une soeur aînée, ou je vous ai mal compris. Quand était-ce? dites-le moi, je m’impatiente.

LÉONTES. C’est lorsque, après trois mois misérables, pendant lesquels je n’ai pas réussi à ouvrir votre blanche main, ni vous faire accepter mon amour, alors vous avez su dire : je suis à vous pour toujours. “ p 14

“LÉONTES. Fichez-la dehors !

PAULINA. Essayez-donc, mais tant pis pour les yeux du premier qui me touche. Je sortirai d’ici de moi-même, mais d’abord, je remplirai ma mission. La vertueuse, vertueuse reine vous a donné une fille; la voici; elle vous demande de la bénir.

LÉONTES. Dehors, sorcière hystérique ! Sortez-la, sortez-la ! Maquerelle intrigante !

PAULINA. Je ne m’y connais pas plus là-dedans que vous en m’accusant; et je suis honnête, au moins autant que vous êtes dément. Et, au train où va le monde, c’est largement suffisant comme honnêteté.

LÉONTES. Traîtres ! Vous n’allez donc pas la mettre dehors ? (À Antigonus) Prends ce bâtard, toi, vieil idiot, toi qui te laisses battre et foutre à la porte du nid par madame la Poule, ramasse le bâtard, ramasse-le je te dis; et donne-le à ta mégère.

PAULINA. Que tes mains soient déshonorées à jamais si tu ramasses la princesse, à cause de cette accusation de bâtardise dont il t’affuble.  » p 41