Les Femmes savantes

 
 
 

Philaminte, Bélise (sa belle-sœur) et Armande (fille aînée de Philaminte) sont sous l’emprise d’un faux savant, Trissotin, qui les subjugue de ses poèmes et savoirs pédants mais s’intéresse plus à l’argent de la famille qu’à l’érudition des trois femmes.

Lorsque Molière fait jouer Les Femmes savantes en 1672, un an avant sa mort, il ne moque ni les femmes ni le savoir, mais cette ostentation des connaissances qui contrevient à ce qu’on nomme alors l’honnêteté. Son sujet comme son écriture, en cinq actes et en vers, en font l’une des plus achevées de nos comédies. La pièce pourtant ne correspond plus à l’air du temps. L’heure est aux grands spectacles ; Lully vient d’obtenir du roi un monopole sur le théâtre accompagné de musique, et Molière semble venir trop tard : Les Femmes savantes ne rencontrent donc qu’un premier succès limité. La pièce s’impose cependant dès la fin du siècle, et cette fois pour toujours, par le brio de la satire, le mordant de la raillerie, et les ressources d’un comique que rien n’a pu vieillir – Edition de Claude Bourqui.

Extraits

“ MARTINE. Tout ce que cous prêchez, est, je crois, bel et bon; mais je ne saurais, moi, parler votre jargon.

PHILAMINTE. L’impudente ! Appeler un jargon le langage, fondé sur la raison et sur le bel usage !

MARTINE. Quand on se fait entendre, on parle toujours bien, et tous vos biaux dictons ne servent pas de rien.

PHILAMINTE. Eh bien ! ne voilà pas encore de son style?

BELISE. O cervelle indocile ! Faut-il qu’avec les soins qu’on prend incessamment, on ne te puisse apprendre à parler congrument? De pas mis avec rien tu fais la récidive; et c’est, comme on t’a dit, trop d’une négative.

MARTINE. Mon Dieu ! je n’avons pas étugué comme vous, et je parlons tout droit comme on parle cheux nous.

PHILAMINTE. Ah ! peut-on y tenir?

BELISE. Quel solécisme horrible !

PHILAMINTE. En voilà pour tuer une oreille sensible.

BELISE. Ton esprit, je l’avoue, est bien matériel : Je n’est qu’un singulier, avons est pluriel. Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire? “ 

“TRISSOTIN. Je m’attache pour l’ordre au péripatétisme.

PHILAMINTE. Pour les abstractions, j’aime le platonisme.
ARMANDE. Epicure me plaît, et ses dogmes sont forts.

BELISE. Je m’accommode assez, pour moi, des petits corps; mais le vide à souffrir me semble difficile; et je goûte bien mieux la matière subtile.
TRISSOTIN. Descartes, pour l’aimant, donne fort dans mon sens

ARMANDE. J’aime ses tourbillons.

PHILAMINTE. Moi, ses mondes tombants. “