J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne

Cinq femmes et un jeune homme‚ revenu de tout‚ revenu de ses guerres et de ses batailles‚ enfin rentré à la maison‚ posé là‚ dans la maison‚ maintenant‚ épuisé par la route et la vie‚ endormi paisiblement ou mourant‚ rien d’autre‚ revenu à son point de départ pour y mourir.

Elles l’attendaient‚ longtemps déjà‚ des années‚ toujours la même histoire‚ et jamais elles ne pensaient le revoir vivant‚ elles se désespéraient de jamais avoir de nouvelles de lui‚ aucune lettre‚ cartes postales pas plus‚ jamais‚ aucun signe qui puisse rassurer ou définitivement faire renoncer à l’attente.
Aujourd’hui‚ est-ce qu’enfin‚ elles vont obtenir quelques paroles‚ la vie qu’elles rêvèrent‚ avoir la vérité ?
On lutte une fois encore‚ la dernière‚ à se partager les dépouilles de l’amour‚ on s’arrache la tendresse exclusive. On voudrait bien savoir.

Extraits

“LA MERE. Désormais, tout le temps où il sera dans sa chambre, tout ce temps qu’il prendra à s’épuiser, à disparaître, tout le temps qu’il prendra à mourir, le temps de l’agonie, tout ce temps, est-ce que cela durera des semaines, des mois? tout ce temps, les filles, celles-là, les filles pourront s’éloigner, nous laisser le garder, prendre soin de lui, nous laisser le protéger et se soucier de sa respiration, de son souffle, craindre pour lui …

LA PLUS VIEILLE. Tu voudrais le garder pour toi, juste pour toi.

L’AÎNÉE. Qu’on parte?

LA PLUS JEUNE. Qu’on te l’abandonne?“

“L’AÎNÉE. Et après encore, je serai vide. Lorsque tout sera terminé, je serai vide. Je serai sans force, j’aurai perdu et je n’aurai plus aucun désir, aucun souhait, la simple bonne idée d’aller sur la grand-route, de partir en ville chercher un homme et revenir le lendemain, je crois bien que cela me passera, je n’y penserai même pas, et lorsqu’il mourra, le jeune frère, lorsqu’il sera mort, je serai en deuil, j’imagine cela, toutes nous aurons perdu, nous n’aurons plus rien, je serai devenu grise et noire, en deuil, oui exactement cela, en deuil, j’aurai perdu tout désir, c’est ça que je raconte, j’aurai perdu tout désir et tout désir même d’avoir le début d’un désir. J’en aurai fini.“

Occupe-toi du bébé

Occupe-toi du bébé part d’un fait divers, un double infanticide, pour explorer les mécanismes de la fiction-réalité. Sur scène défilent les protagonistes. Certains témoins se souviennent en public, d’autres ont écrit ou accepté d’être filmés. Chacun parle à la lueur de sa propre perception et de ses intérêts. Témoignages réels ou fiction ? Peu importe la vérité, car l’aptitude de chacun à présenter les faits à sa manière prime sur la quête de l’objectivité. Alors que la représentation de soi-même n’a jamais autant fait recette, comment discerner la vérité ? Dennis Kelly est né en 1970 à Londres, où il habite. Il a suivi des études théâtrales au Goldsmiths College. Ses œuvres ont été créées en Grande-Bretagne, dans de nombreux pays d’Europe et jusqu’au Japon, en Australie et aux États-Unis.

Extraits

 » DONNA. C’est normal de , hum, enfin, ils doivent garder les infanticides à l’isolement, mais sans doute parce que j’étais un peu connue, ou alors, ou alors, j’ai été placée dans un niveau d’isolement supérieur à la normale. Vous savez le, euh, en fait le niveau le plus élevé qu’on puisse avoir. Alors j’étais avec des femmes qui avaient vraiment, vraiment fait des choses horribles, toutes à , euh, à des enfants, elles avaient fait des choses horribles à des enfants et c’était très spécial. Elles avaient une façon très spéciale de communiquer entre elles. On aurait dit des enfants.  » p 15

« . Vous la détestiez?

DONNA. Non, c’est ma mère, je l’aime.

. Quand elle a dit que vous souffriez du SLK, vous l’avez détestée?

DONNA. Non, c’est ma mère, je l’aime.

. Est-ce que vous croyez qu’elle croit que vous avez tué Jack?

DONNA. Non, c’est ma mère, je – longue pause Pourquoi …Pourquoi est-ce que vous vous inquiétez pour moi? Je vais bien?

. Quand elle a dit que vous souffriez du SLK, vous l’avez détestée?

LYNN. Que cela soit clair, il n’a jamais été question d’accepter le diagnostic. Je veux que ce soit clair. Je veux dire, officiellement nous ne l’avons jamais accepté, nous avons toujours protesté de l’innocence totale et absolue de Donna, un étouffement tragique et une mort subite du nourrisson.  » p 85

« . Regrettez-vous d’avoir eu des enfants?
MARTIN. Non. Jamais je ne regrette d’avoir eu mes enfants. Un temps. Comment pouvait-elle savoir que Jake était mort? Comment pouvait-elle savoir? On s’engueule à propose d’un truc, à cause d’un programme télé à la con et soudain elle devient toute blanche. Et elle savait – je sais qu’elle savait – qu’il était mort. C’était comme, c’était comme si elle réalisait d’un seul coup et elle fonce à l’étage. Et il est mort.  » p 99

Cible mouvante (précédé de Martyr)

: Elle a changé.

: Qu’est-ce que tu veux dire?

: Je trouve que ces derniers temps elle a changé.

: Elle a grandi.

Les Règles de savoir-vivre dans la société moderne

Monologue – La Dame (volontairement déshumanisée par son absence de nom), seule en scène, explique les règles de bonne conduite à adopter en toutes circonstances (naissance, baptême, décès…) pour vivre en bonne intelligence avec le reste du monde. Naître, ce n’est pas compliqué. Mourir, c’est très facile. Vivre, entre ces deux événements, ce n’est pas nécessairement impossible. Il n’est question que de suivre les règles et d’appliquer les principes pour s’en accommoder, il suffit de savoir qu’en toutes circonstances, il existe une solution, un moyen de réagir et de se comporter, une explication aux problèmes, car la vie n’est qu’une longue suite d’infimes problèmes, qui, chacun, appelle et doit connaître une réponse. Appuyé sur le livre des convenances, des usages et des bonnes manières, faisant toujours référence, sans jamais rien laisser passer de sa propre nature intime, cette bête incontrôlable qui ne laisse parler que son cœur, c’est bien risible, faisant toujours référence et ne voulant pas en démordre, à la bienséance, l’étiquette, les recommandations, le bon assortiment des objets et des personnes, le ton et l’ordre, on se tiendra toujours bien, on sera comme il faut, on ne risquera rien, on n’aura jamais peur.

Extraits

“LA DAME. Si l’enfant naît mort, est né mort, il faut quand même, tout de même, déclarer sa naissance, déclarer sa mort, et un médecin devra attester que la mort a précédé la naissance. Ainsi que cela commence. Si l’enfant naît vivant, est né vivant, si l’enfant est vivant, il arrive parfois que cela arrive, si l’enfant naît vivant, sa naissance doit être déclarée à la mairie du lieu où la mère a accouché. La déclaration doit être faite dans les trois jours suivant l’accouchement, après il serait trop tard, on n’obtiendrait l’inscription de l’acte de naissance qu’au prix de mille ennuis, de mille dépenses, ce n’est pas négligeable, et de peines, encore, édictées par le code. Cette obligation, la déclaration à la mairie du lieu, cette obligation appartient au père. Elle lui revient.“

« LA DAME. La jeune épousée, elle, ne paraît qu’au dernier moment; elle descend l’escalier, portant à la main le dernier bouquet blanc que lui adressa, le matin, celui qui est déjà son mari, de par la loi civile. Elle est pleine de sa fraîcheur matinale. Elle est habillée avec une simplicité relative. Les diamants sont de trop et nous exclurions même les riches et lourdes dentelles. La toilette doit être virginale et non fastueuse. Robe de satin à longs plis, en hiver; draperies aériennes de soyeuse mousseline des Indes en été, guirlandes parfumées des fleurs de l’oranger, mêlées aux roses blanches et myrtes, n’est-ce pas la plus adorable des parures sous le nuage du voile ? Au plus ajouterions-nous un fil de perles au cou de notre fille. “

La Parisienne

Pièce de théâtre LA PARISIENNE Comédie en 3 actes de Henry BECQUE 3 h. – 2 f. – Décor : un salon – Costumes modernes – Durée : 1 h 10 Cette comédie peint très justement ce que l’on appelle  » le ménage à trois « .

La Parisienne est une femme superficielle, belle, intelligente et qui le sait. Elle est lasse d’un amant qui est également le meilleur ami de son époux, car elle a commencé une amourette avec le fils d’une de ses amies aristocrates qui tient salon. Grâce aux relations de cette amie et à son entregent, son mari obtient un beau poste au ministère. Ce nouvel amour ne durera pas et elle reprendra l’ancien. Finalement, on en revient à la situation de départ : un mari cocu qui ne le sait pas, qui trompe lui-même son épouse avec la meilleure amie de celle-ci (qui le sait et ne lui en tient pas du tout rigueur, au contraire), et un amant jaloux qui lui procure des plaisirs charnels. Cette pièce a de ce point de vue un côté féministe car la Parisienne revendique une liberté sexuelle sans regret ni remords. (source : Wikipedia)