Le dernier feu

La pièce de Dea Loher s’ouvre sur la mort accidentelle d’un enfant, Edgar, âgé de huit ans. L’enfant est écrasé par la voiture d’Edna, un agent de police lancée à la poursuite d’Olaf qu’elle prend pour un terroriste. Rabe, qui rentre de la guerre et vient s’installer en ville, est l’unique témoin de la scène. Dans une polyphonie étrange, les voix s’étouffent, ne pouvant parler, ne sachant que faire de leurs sentiments. À l’exception de la grand-mère d’Edgar, atteinte d’Alzheimer, qui oublie sans cesse la mort de son petit-fils, si bien qu’il faut lui réitérer l’indicible.Voici la question qui se pose : dans quelle mesure sommes-nous complices de ce qui se passe ici ou ailleurs ? Le théâtre peut-il nous permettre de décoder les signes, même les plus incommunicables, qui nous entourent ? Dea Loher nous emmène dans un monde où nous n’irions pas sans elle : elle ouvre des portes que nous préférons garder fermées.

Love and Money – suivi de ADN (acide désoxyribonucléique)

« L’argent c’est mort, non ? Vous ne croyez pas ? Quand on regarde autour de soi ? On le sait ça, non, au fond, tout au fond de nous ? »Dans Love & Money, Dennis Kelly retrace l’histoire tragique de Jess et David. Jess, en quête de sens dans sa vie et se sentant en inadéquation par rapport au monde, consomme frénétiquement, contracte des emprunts et s’enfonce dans les dettes.
 Nos existences peuvent-elles se résumer en deux mots : Love & Money ? Que vaut l’argent dans nos vies ? Que vaut l’argent dans nos amours ? Dans les situations les plus sombres ou les plus déroutantes, les personnages de Dennis Kelly ont une dignité qui les élève.

Dans ADN (Acide désoxyribonucléique), l’auteur retrace l’histoire d’un groupe d’adolescents partis en forêt où ils torturent violemment un de leurs camarades et le laissent pour mort. Ils se demandent alors si ils doivent se dénoncer, si ils peuvent faire porter la responsabilité à quelqu’un d’autre… Peut-on ôter une vie sans conséquence?

Extraits Love & Money

“DAVID. Val, putain, j’ai besoin d’argent.

VAL. Paul, tu peux nous laisser une minute. Tu as déjà sucé la bite d’un mec?

DAVID. Quoi?

VAL. C’est une façon de gagner de l’argent.

DAVID. Val –

VAL. Jess ou toi pourriez sucer des bites, vous prendre en photo et les vendre sur internet. Je connais quelqu’un qui fait ça. Sérieux. Il se fait un bon paquet avec ça.

DAVID. Non, je ne vais pas sucer des bites.
VAL. Je sais bien. Je sais bien David. J’essaie juste de te dire que, bien sûr, il y a des manières de faire de l’argent facilement, mais en général il faut souffrir pour y arriver. En fait tu dois toujours souffrir. Sinon on ne te paierait pas pour ça. Est-ce que tu t’es fait examiner ce grain de beauté?
DAVID. Quoi?

VAL. Je t’embêtais toujours pour que tu te le fasses examiner. Est-ce que tu te l’es jamais fait examiner?

DAVID. Non. Non je –

VAL. Je peux le voir?

DAVID. Quoi?

VAL. Je peux le voir?

Un temps. Il remonte sa manche. Elle se lève pour venir inspecter le grain de beauté sur son bras. Elle le regarde. Elle touche le grain de beauté avec son doigt. Elle le presse. Un temps. Elle le lèche. Un temps. Elle va se rasseoir. Il redescend sa manche.

Garde la tête basse, mets-toi au boulot. Je prendrai soin de toi. Vraiment. “ p 38

“DAVID. Tu as acheté quelque chose? Alors? Tu es allée faire du shopping? C’est bien ça que tu as fait, tu es allée faire du shopping.
JESS. Non.

DAVID. Jess ? C’est bien ça?

JESS. Ecoute –

DAVID. Après tout ce qu’on a traversé? Après ton séjour à l’hôpital?

JESS. Tu vas pas recommencer avec ça

DAVID. Dans un hôpital psychiatrique, Jess, dans un putain de, après toute cette merde putain, après que j’ai pris ce boulot à la con, après tout ce que, tout ce que j’ai fait dont tu n’es même pas, les putains de trucs de fric, dont tu n’as même pas.
JESS. Arrête de tout ramener à l’argent.

DAVID. Idée, nous sommes bien obligés de parler d’argent.

JESS. Un homme a

DAVID. Je veux parler d’autre chose, je veux parler d’avenir et de vacances et de pédagogie, mais au lieu de ça il faut bien qu’on parle d’argent parce que

JESS. Un homme a été

DAVID. Après tout ce que

JESS. Il a été poignardé. “ p 70

Extraits ADN (Acide désoxyribonucléique)

“JOHN TATE. Je vais te

RICHARD. Quoi?
JOHN TATE. Je vais te, eh bien, je vais te faire du mal

RICHARD. Tu vas me faire du mal?

JOHN TATE. Oui.

RICHARD. A moi?

JOHN TATE. Oui, si tu pronnonces ce mot.

CATHY. Enfin, je dis pas que c’est une bonne chose mais d’une certaine façon.

DANNY. La ferme Cathy.

CATHY. Toi la ferme.
JOHN TATE. J’fais tout pour qu’on reste unis. Depuis que je suis arrivé dans cette école est-ce que je n’ai pas fait tout pour qu’on reste unis, tous ensemble? Et est-ce que les choses ne se sont pas améliorées? Pour nous? Pas pour les autres je veux dire, pas là-bas, mais pour nous, ici? Tous les autres voudraient être comme nous, non? Ils voudraient tous venir avec nous dans le bois? Ça ne vaut pas la peine de garder ça, non? “ p 95

“LOU. Il va aller en prison.

LEA. Lou, ils ne vont pas l’envoyer en prison juste parce qu’il correspond à un signalement, il leur faut plus que ça, il leur faut des fibres, il leur faut des échantillons, il leur faut des preuves.

RUCHARD. Des preuves ADN.

LEA. Exactement il leur faut de l’ADN-

RICHARD. Non, ils ont déjà de l’ADN.

LEA. Quoi?

RICHARD. Il correspond au signalement mais ils ont aussi des preuves ADN qui le lient au crime.

LEA. ADN … mais qu’est-ce que tu racontes?

RICHARD. On a parlé à un journaliste. Ils ont recoupé l’ADN retrouvé sur le pull avec les fichiers de la police et c’est comme ça qu’ils ont retrouvé l’homme, l’homme qui en plus correspond parfaitement au signalement. “ p 113

Démons

La scène se déroule en ville, dans un appartement au mobilier moderne. Katarina et Frank vivent ensemble depuis des années. Le couple se fonde sur un rapport de forces bien connu : la plupart des phrases qu’ils prononcent contient une attaque plus ou moins sous-entendue, une provocation qui est une invitation au conflit. Ainsi, le carrousel commence à tourner, parfois lentement, parfois vite, mais jamais assez lentement pour qu’un des personnages puisse le quitter, ni assez vite pour que le carrousel se détruise lui-même. Le malheur est que ces relations perdurent, que Frank et Katarina, tout comme Jenna et Tomas qui habitent l’étage d’en dessous, sont conscients de leur état, mais qu’ils n’ont pas assez de force pour y remédier. Ils espèrent une aide de l’extérieur qui ne viendra jamais.

Le Moche (suivi de Le Chien, la nuit et le couteau)

Monsieur Lette, ingénieur doué, fait une découverte fatale, sa laideur. Pourquoi personne ne lui en a-t-il jamais parlé? Et pourquoi son chef lui jette-t-il la pierre juste avant le voyage au congrès où il doit présenter sa dernière invention ?

Derniers remords avant l’oubli

Un dimanche à la campagne, au milieu des années 80, dans une maison où trois des personnages ont vécu quinze ans plus tôt une histoire d’amour. Puis, ils se sont séparés. Pierre vit toujours en solitaire dans cette maison. Hélène et Paul se sont mariés séparément, ailleurs.
Ce jour-là, ils reviennent, avec conjoints embarrassés et enfant insolente, pour débattre de la vente de la maison, naguère achetée en commun et qui a pris de la valeur, car ils ont besoin d’argent.
Mais sont-ils seulement venus pour cela ? Il y a dans les placards des cadavres sentimentaux, des idéaux morts, des secrets, et des remords…

Extraits

“HELENE. Je mentais. Je mentais, peut-être ai-je toujours menti, je ne sais pas, c’est possible. Peut-être ce n’est pas très agréable à entendre, mais lorsque je vous revis, là, aujourd’hui, peut-être ai-je compris ça, au moins ça : je mentais, tout le temps, tellement. J’avais oublié ou je ne me l’était jamais avoué. Je l’admets en souriant, tu as vu ça je souris en avouant, un peu garce, l’idée que vous avez de moi, mon sourire légèrement triste pourtant, toujours un peu mélancolique, vous l’aimiez tant, oh comme vous l’aimiez ! Vous le répétiez sans cesse. Cette manière qu’à mon visage de ne jamais rien réclamer. Je mentais. Qu’est-ce que cela fait aujourd’hui? Cela peut faire un tout petit peu mal, c’est la seule raison, ne croyez-vous pas? “

“HELENE. Tu lui parles sur un autre ton.

PIERRE. Je parle comme je veux à qui je veux.

PAUL. Ecoute, Hélène, tu as besoin de cet argent tu pouvais très bien lui expliquer les choses …

HELENE. Ce n’était pas une très bonne idée. Nous nous débrouillerons autrement. Nous n’en avons pas besoin, pas vraiment. Nous nous en sommes passés jusqu’à aujourd’hui, qu’est-ce que cela fait? Rien de très vital.

PIERRE. Attention. J’étais d’accord sur tout. Je n’ai posé aucun problème. Ne commencez pas à sous-entendre que c’est à cause moi …

HELENE. Ta gueule !

PIERRE. C’est incroyable, elle vient de redire « ta gueule », elle dit « ta gueule » à tout le monde, elle ne sait plus die que ça … Bon, ça m’est égal.

PAUL. Moi non plus, j’espère que tu l’as noté, je n’étais opposé à rien…

ANNE. C’est un garçon drôlement arrangeant non?

PAUL. Pourquoi est-ce que tu dis ça? C’est vrai, c’est lui, là, l’autre …

ANNE. Ne l’appelle pas l’autre. “

La Maison et le Zoo

Deux actes composent cette pièce évoquant les relations humaines : le premier parle de la tourmente d’un couple derrière son bonheur apparent, le second aborde la violence et la sauvagerie à travers la rencontre de deux hommes.

Qui a peur de Virginia Woolf ?

Quelques heures avant l’aube, George et Martha rentrent chez eux après une réception bien arrosée. Mais la soirée, qui semblait finie, ne fait que commencer : l’arrivée de Nick et Honey va déclencher une série de scènes stupéfiantes, après lesquelles rien ne sera plus tout à fait comme avant… A l’occasion d’une nouvelle production en 2005, Edward Albee a apporté à son chef-d’oeuvre, né en 1962, quelques retouches décisives. Le texte de cette version définitive est ici traduit pour la première fois.
 

Ivanov (suivi de « La Mouette »)

Traduction d’Arthur Adamov – Ivanov (12h. – 5f. – Durée 2h15) : Ce premier drame achevé suscita par sa nouveauté un vif mouvement d’opinion. Ivanov est banal. Ivanov est extraordinaire. Il brille comme un trou noir autour duquel tourne et jase tout un petit monde ridicule ou poignant : parasites, richards, cyniques saisis sur le vif avec un humour implacable, trompant leur ennui aux cartes ou noyant leur désespoir dans la vodka. Au cœur de cette société malade, Ivanov se débat sous les ruines de ses idéaux. Anna, sa femme, est mourante et ne le sait pas ; la jeune Sacha, sa voisine, rêve de lui offrir un nouveau bonheur. Hommes et femmes, hostiles ou amicaux, tous ont quelque chose à lui demander : de l’amour, de l’argent, des actes. Ivanov est comme assiégé. Cerné. Et depuis un an à peu près, il n’en peut plus… 

 

La Mouette (6f.-3h-Durée 1h40) : La Mouette, fut la seconde pièce importante composée par Tchékhov. La mouette est le symbole de l’histoire de Nina, aimée par Konstantin qui lui a écrit une pièce. Persuadée de sa vocation d’actrice, elle s’enfuit avec Trigorine, un écrivain reconnu, amant de la mère de Konstantin. Mais elle ne rencontrera pas la réussite, reniée par sa famille et délaissée par son amant.

Extrait d’Ivanov

“ IVANOV. Choura, au nom du ciel, quelle imprudence ! Ton arrivée peut avoir un effet désastreux sur ma femme.

SACHA. Elle ne me verra pas. Je suis venue par l’entrée de service. Je m’en vais tout de suite. Mais j’étais inquiète : tu vas bien ? Pourquoi es-tu resté si longtemps sans venir ?

IVANOV. Ma femme est déjà ulcérée sans ça, elle est presque mourante, et toi tu viens ici. Choura, Choura, c’est de l’inconscience, c’est inhumain.

SACHA. Que pouvais-je faire ? Ça fait deux semaines que tu n’es pas venu, tu ne réponds pas aux lettres. Je me suis rongée les sangs. Je m’imaginai que tu souffrais affreusement ici, que tu étais malade, mort. Je n’ai pas dormi en paix une seule nuit … Je m’en vais tout de suite … Mais dis-moi au moins : tu vas bien ?

IVANOV. Non, je me tourmente, les gens me tourmentent sans arrêt. Je suis simplement à bout de forces . Et maintenant c’est toi ! Comme tout ça est pénible, comme c’est anormal. Choura, comme je suis coupable, oui, coupable ! … » p 126

Extrait de La Mouette

“ TREPLIEV. J’ai été assez lâche pour tuer cette mouette, aujourd’hui. Je la dépose à vos pieds.

NINA. Qu’est-ce qui vous arrive?

TREPLIEV. Bientôt je me tuerai de la même façon.

NINA. Je ne vous reconnais plus.

TREPLIEV. Oui, depuis que j’ai cessé de vous reconnaître. Vous avez changé à mon égard, votre regard est froid, ma présence vous gêne.

NINA. ces derniers temps vous êtes devenu irritable, vous vous exprimez sans cesse de façon incompréhensible, en usant de je ne sais quels symboles. Et cette mouette-là aussi, c’est sûrement un symbole, mais excusez-moi, je ne le comprends pas… Je suis trop simple pour vous comprendre. “ p 208

Une demande en mariage

UNE DEMANDE EN MARIAGE (1890) Comédie en 1 acte d’Anton TCHEKHOV (1860 – 1904) traduction du russe par A. CHABOSEAU

2 h. – 1 f. – Durée : 20 mn

Un prétendant nerveux et une jeune fille de caractère emporté veulent se marier, mais tout leur est occasion des plus comiques disputes. Oeuvre d’une véritable qualité littéraire, facile à jouer, très amusante et convenant à tous les publics.

Noix de coco

Loulou (rôle créé par Raimu puis repris par Jean Richard) a épousé en secondes noces une charmante jeune femme, qui est un exemple de dignité bourgeoise, d’austérité et de pruderie. Mais un soir, par la stupide plaisanterie d’un ami, le mari apprend que l’épouse modèle fut jadis une chanteuse légère, dans un café-concert, à Saïgon, où elle était connue sous le sobriquet de Noix de Coco. Le drame s’installe dans ce foyer autrefois paisible. Mais par la volonté de l’auteur, ce drame reste comique, avec des pointes d’émotion de temps à autre, et tout l’esprit du célèbre auteur de « Jean de la Lune ».