LE MARCHAND DE VENISE – COMME IL VOUS PLAIRA – BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN

Traduction de François-Victor Hugo

16 hommes et 3 femmes – Dans Le Marchand de Venise, Antonio, un riche armateur de Venise, décide d’emprunter trois mille ducats à l’usurier juif Shylock afin d’aider son ami Bassanio à gagner Belmont où il espère faire la conquête de la belle et riche Portia. Comme les autres prétendants, il doit se soumettre à l’épreuve que le père disparu de la jeune femme a imaginée, et choisir entre trois coffrets, d’or, d’argent, et de plomb. Mais, au moment où il l’emporte sur ses rivaux, il apprend qu’Antonio vient d’être jeté en prison pour n’avoir pu rembourser sa dette à Shylock qui exige qu’en verni du contrat une livre de chair soit prélevée sur le corps de son débiteur. 

14 hommes et 4 femmes – Dans Comme il vous plaira, Rosalinde, fille du duc banni, fuit avec sa cousine Célia, fille du nouveau duc Frédéric, dans la forêt des Ardennes dans l’espoir de retrouver son père. Pour éviter toute agression, elles se vêtissent en habits d’homme et vont faire diverses rencontres.

16 hommes et 5 femmes – Dans Beaucoup de bruit pour rien, Claudio, jeune et naïf ami de Bénédict, tombe amoureux de la jeune Héro, fille de Léonato. Leur mariage s’organise presque immédiatement, et par manière de plaisanterie, la compagnie de Don Pedro complote pour faire tomber Béatrice et Bénédict amoureux.

Extrait Le Marchand de Venise

“ PORTIA. Regardez : ici sont les coffrets, noble prince; si vous choisissez celui où je suis renfermée, notre fête nuptiale sera célébrée sur-le-champ, mais si vous échouez, il faudra, sans plus de discours, que vous partiez d’ici immédiatement.

ARAGON. Mon serment m’enjoint trois choses : d’abord de ne jamais révéler à personne quel coffre j’ai choisi; puis si je manque le bon coffre, de ne jamais courtiser une fille en vue du mariage; enfin, si j’échoue dans mon choix, de vous quitter immédiatement et de partir.

PORTIA. Ce sont les injonctions auxquelles je jure d’obéir quiconque court le hasard d’avoir mon indigne personne.

ARAGON. J’y suis préparé. Que la fortune réponde aux espérances de mon coeur! … Or, argent et plomb vil. Qui me choisit doit donner et hasarder tout ce qu’il a. Tu auras une belle mine avant que je donne ou hasarde rien pour toi ! Que dit la cassette d’or? Ah ! Voyons ! Qui me choisit gagnera ce que beaucoup d’hommes désirent. » p 59

Extrait Comme il vous plaira

“LE DUC FRÉDÉRIC. Donzelle, dépêchez-vous de pourvoir à votre sûreté en quittant notre cour.

ROSALINDE. Moi, mon oncle?

LE DUC FRÉDÉRIC. Vous, ma nièce … Si dans dix jours tu te trouves à moins de vingt-milles de notre cour, tu es morte.

ROSALINDE. Je supplie votre Grâce de me laisser emporter la connaissance de ma faute. S’il est vrai que j’aie conscience de moi-même, que je sois au fait de mes propres désirs, je ne rêve pas, que je ne divague pas, ce dont je suis convaincue, alors, cher, oncle, j’affirme que jamais, même par la plus vague pensée, je n’ai offensé votre Altesse. Dîtes-moi en quoi consistent les présomptions contre moi.
LE DUC FRÉDÉRIC. Tu es la fille de ton père, et c’est assez.  » p 233

Extrait Beaucoup de bruit pour rien

“ MARGUERITE. À qui adressez-vous ce soupir. Au médecin ou au mari?

BÉATRICE. À la lettre qui commence ces deux mots, la lettre : Aime.

MARGUERITE. Allons ! s’il n’est vrai que vous avez abjuré, il ne faut plus naviguer sur la foi des étoiles.

BÉATRICE. Que veut dire cette folle?

MARGUERITE. Moi? rien ! Je souhaite seulement que Dieu envoit à chacun ce qu’il désire.
HÉRO. Voici des gants que le comte m’a envoyés; ils ont un parfum exquis.

BÉATRICE. Je suis enchifrenée , cousine, je ne puis rien sentir.

MARGUERITE. Être fille, et ne plus rien sentir ! Il a fallu pour cela un rhume extraordinaire.

BÉATRICE. Oh ! Dieu me pardonne ! Dieu me pardonne ! Depuis quand avez-vous pris tant de verve?

MARGUERITE. Depuis que vous n’en avez plus. Est-ce que mon esprit ne me sied pas à ravir? » p 170

Peine d’amour perdues

Traduction de Jean-Michel Desprats

Quatre aristocrates s’engagent-ils à étudier trois ans sans voir femme qui vive? Le hasard voudra que leur serment à peine scellé, quatre beautés se présentent au palais. La galanterie commande qu’elles y soient reçues avec empressement mais le serment contraint à les «loger aux champs». Une quadruple intrigue amoureuse pourrait toutefois se nouer: au premier regard, les quatre aristocrates oublient études et serment pour ne plus penser qu’aux sonnets qui déclareront leur amour à ces dames. Les entrées et sorties entre «cour» et «jardin» au théâtre permettent à ces sonnets précieux, confiés à des rustres incapables de les lire mais empressés à les transmettre, de circuler entre diverses mains. Ces imbroglios de commedia dell’arte ne suffiraient pas à empêcher l’intrigue amoureuse d’aboutir si l’ironie vengeresse des quatre dames, éconduites avant que d’être aimées, ne veillait à ce que toute peine d’amour soit d’avance perdue.

Extraits

 » FERDINAND. On a proclamé une peine d’un an de prison contre qui serait pris avec une fille.

LE RUSTRE. Je n’ai pas été pris avec une fille, monsieur : j’ai été pris avec une demoiselle.

FERDINAND. Soit, la proclamation inclut les « demoiselles ».

LE RUSTRE. Ce n’était pas une demoiselle non plus, monsieur; c’était une vierge.

FERDINAND. Va pour la variante : la proclamation inclut aussi les « vierges ».

LE RUSTRE. Dans ce cas, je nie sa virginité : j’ai été pris avec une pucelle.  » p 93

“ BEROWNE. Doux seigneurs, doux amoureux, oh ! embrassons-nous ! Nous sommes aussi purs que peuvent l’être chair et sang ! La mer connaît le flux et le reflux, le ciel montre sa face; jeune sang ne peut pas suivre un vieux décret : nous ne pouvons contrarier la raison qui nous a fait naître; ainsi, il fallait de toute façon que nous nous parjurions.

LE ROI. Quoi, cette lettre déchirée montrait que tu aimes aussi?

BEROWNE. Vous me le demandez? Qui peut voir la céleste Rosaline, tel un indien rude et sauvage, aux premières lueurs du sompteux orient, sans courber sa tête vassale, et, soudain aveugle, baiser la vile poussière d’un coeur obéissant? Quel oeil d’aigle arrogant, ose contempler le ciel de son visage, dans être aveuglé par sa majesté?

LE ROI. Quel feu ! Quel furie t’inspire à présent? Mon amour, sa maîtresse, est une gracieuse lune; l’autre est un satellite, lueur à peine visible. » p 201

« ROSALINE. J’ai bien souvent entendu parler de vous, mon seigneur Berowne, avant de vous voir, et la langue bavarde du monde, vous proclame en homme fécond en moqueries, que vous exercez contre tous ceux, qui sont à la merci de votre esprit. Pour extirper cette absinthe de votre prolifique cervelle, et me gagner si vous le désirez, et seulement à ce prix vous me gagnerez, vous irez durant les douze mois, jour aprés jour, visiter les sourds-muets et converser avec des grabataires; votre tâche sera, par le farouche effort de votre esprit, de contraindre les incurables à sourire.  » p 305

Occupe-toi du bébé

Occupe-toi du bébé part d’un fait divers, un double infanticide, pour explorer les mécanismes de la fiction-réalité. Sur scène défilent les protagonistes. Certains témoins se souviennent en public, d’autres ont écrit ou accepté d’être filmés. Chacun parle à la lueur de sa propre perception et de ses intérêts. Témoignages réels ou fiction ? Peu importe la vérité, car l’aptitude de chacun à présenter les faits à sa manière prime sur la quête de l’objectivité. Alors que la représentation de soi-même n’a jamais autant fait recette, comment discerner la vérité ? Dennis Kelly est né en 1970 à Londres, où il habite. Il a suivi des études théâtrales au Goldsmiths College. Ses œuvres ont été créées en Grande-Bretagne, dans de nombreux pays d’Europe et jusqu’au Japon, en Australie et aux États-Unis.

Extraits

 » DONNA. C’est normal de , hum, enfin, ils doivent garder les infanticides à l’isolement, mais sans doute parce que j’étais un peu connue, ou alors, ou alors, j’ai été placée dans un niveau d’isolement supérieur à la normale. Vous savez le, euh, en fait le niveau le plus élevé qu’on puisse avoir. Alors j’étais avec des femmes qui avaient vraiment, vraiment fait des choses horribles, toutes à , euh, à des enfants, elles avaient fait des choses horribles à des enfants et c’était très spécial. Elles avaient une façon très spéciale de communiquer entre elles. On aurait dit des enfants.  » p 15

« . Vous la détestiez?

DONNA. Non, c’est ma mère, je l’aime.

. Quand elle a dit que vous souffriez du SLK, vous l’avez détestée?

DONNA. Non, c’est ma mère, je l’aime.

. Est-ce que vous croyez qu’elle croit que vous avez tué Jack?

DONNA. Non, c’est ma mère, je – longue pause Pourquoi …Pourquoi est-ce que vous vous inquiétez pour moi? Je vais bien?

. Quand elle a dit que vous souffriez du SLK, vous l’avez détestée?

LYNN. Que cela soit clair, il n’a jamais été question d’accepter le diagnostic. Je veux que ce soit clair. Je veux dire, officiellement nous ne l’avons jamais accepté, nous avons toujours protesté de l’innocence totale et absolue de Donna, un étouffement tragique et une mort subite du nourrisson.  » p 85

« . Regrettez-vous d’avoir eu des enfants?
MARTIN. Non. Jamais je ne regrette d’avoir eu mes enfants. Un temps. Comment pouvait-elle savoir que Jake était mort? Comment pouvait-elle savoir? On s’engueule à propose d’un truc, à cause d’un programme télé à la con et soudain elle devient toute blanche. Et elle savait – je sais qu’elle savait – qu’il était mort. C’était comme, c’était comme si elle réalisait d’un seul coup et elle fonce à l’étage. Et il est mort.  » p 99

Ce qui arriva après le départ de Nora, après Nora

Pièce déjà au catalogue dans une version plus brève et augmentée de l’appendice « Après Nora », écrit en 2013. Figure majeure du répertoire occidental, Nora incarne la femme éprise de liberté, décidée à rompre avec les codes domestiques bourgeois de son époque et à abandonner mari et enfants pour s’affranchir de sa condition.
La pièce de Jelinek se déroule dans les années 1920 et met en scène une Nora qui découvre l’usine et ses machines, après avoir quitté le domicile conjugal. Une Nora moderne, dont le corps se plie au monde du travail et à la gymnastique. Résistant aux avances du contremaître, elle retrouve les rapports de domination à travers les manigances de la classe dominante qui tente de l’utiliser comme appât. Saura-t-elle échapper à une nouvelle relation amoureuse ? Quel sera le prix de la liberté ?

Ruptures

Eparpillés dans l’espace mais pourtant étrangement reliés, six couples se retrouvent, le temps d’une journée, à l’endroit de la rupture. Comme poussés par un vent de folie, mais animés par une grande lucidité, ils vont remettre en question leurs visions du monde.
ça commence et se termine comme une comédie musicale hollywoodienne. Mais entre les deux, le destin des douze personnages bascule. (sélection 2021 du Prix de la Librairie Théâtrale !)

Clôture de l’amour

Un couple clôture son amour en deux monologues qui vont au bout de leur pensée, deux longues phrases qui ne sauraient s’interrompre, manière de solder les vieux comptes et marquer dans une langue poussée à bloc le territoire des corps.
Clôture de l’amour, écrit pour les acteurs Audrey Bonnet et Stanislas Nordey, a été créé lors du Festival d’Avignon 2011 dans une mise en scène de l’auteur et a reçu un accueil enthousiaste auprès du public et de la critique. La pièce obtient, en 2012, le Prix de la Meilleure création d’une pièce en langue française du Syndicat de la critique et le Grand Prix de Littérature dramatique du Centre national du Théâtre. En 2013, le Prix de l’Auteur sera décerné à Pascal Rambert et celui de la Comédienne à Audrey Bonnet lors du premier Palmarès du théâtre.

 

Extraits

« STAN. oui je dis mon amour, et alors? je t’ai aimée, je t’ai aimée, oui je dis mon amour, je sais que mon amour déjà ça raidit tout le monde, en général, si on nous écoutait, si il y avait des gens qui écoutaient ici ils seraient raidis, ils diraient voilà il recommence, il ne peut pas dire une phrase sans dire mon amour, ils seraient raidis Audrey, je disais l’amour de ma vie et je te regardais, je te regarde et je pense je ne te reconnais plus, ton corps je le connais, les attaches les os tout ça je connais, mais dessous il y a quoi, dessous l’enveloppe il y a quoi? » p33

« STAN. notre vie avant toutes ces vies toutes ces vies je ne vais pas les vivre avec toi Audrey, pas avec toi, j’ai fini, j’ai bientôt fini, je ne t’aime plus voilà tout, tout ce que je t’ai dit là je ne l’ai pas dit contre toi, je te l’ai dit il a fallu que je te le dise pour en arriver à cela, je vais partir Audrey, je te quitte, je pars, toute cette vie que nous devions vivre ensemble je vais la vivre ailleurs » p 63

« AUDREY. tu crois que l’amour c’est un stage d’informatique? qu’on reparamètre? qu’on fait des sauvegardes et qu’on vide la corbeille? comments les mots arrivent-ils à devenir soudain si froids? oui tu avais raison nous sommes des appareils jettables, à programmation courte, pas de chaleur dans tout ça, on prend on jette, tu m’as prise, tu me jettes » p 85

Ring

1f.–1h. ; durée : 1 h 15

17 scènes de couples qui oscillent nerveusement entre rire et drame : parents, amants, étrangers, maris et femmes, divorcés, veufs, tous se débattent avec leurs susceptibilités, leurs instincts, leurs idéaux. D’une étincelle se propage un feu, d’un malentendu éclate une guerre, malgré les efforts surhumains de chacun pour coexister avec l’autre sexe.

Extraits

LUI. Je crois qu’on ne se comprend absolument pas tous les deux. Je suis un garçon normal, moi. Je parle aux gens gentiment. Je ne traîne pas les filles sur mon parquet en les tirant par les cheveux après une bière échangée dans un bar. J’essaie un minimum d’être courtois, même si je sais que je ferai tout pour ne pas les recroiser par la suite. À présent, avec toi, je n’ai plus envie de faire l’effort. J’ai besoin de ma solitude. Dans la minute.

ELLE. Je ne partirai pas tant qu’on ne se sera pas expliquée.

LUI. Je te connais depuis une poignée d’heures, on ne va pas commencer à s’expliquer ! Nous ne sommes rien l’un pour l’autre. Tout au plus une erreur qui sera oubliée dès demain. Alors s’expliquer, non ! Ça ne m’intéresse pas. Tu ne m’intéresses pas, tu comprends?
ELLE. Baise-moi. Maintenant. La tension, tu la sens?
LUI. Oui je la sens. Ton sac, ton manteau, Paris t’attend.  » p 27

« ELLE. J’ai un autre amant.

LUI. Très bien. Ça me rassure pour toi. Je le connais?

ELLE. Non.

LUI. Je trouve ça bien mais ça me surprend de toi.
ELLE. Ah oui?

LUI. Je ne pensais pas que tu serais du genre à te faire sauter par deux types en même temps. Quel appétit !

ELLE. Je ne mange personne. On partage des moments.

LUI. Tu te rends compte que tu as trente-deux ans et que tu n’as rien construit? Que tu te satisfais de moments?

ELLE. Tu te rends compte que tu es à peine mariée depuis un an et que tu trompes ta femme toutes les semaines? » p39

« LUI. Je me suis plongé dans tes activités journalières, la description de tes petits bobos, de tes petites contrariétés, de tes petites réflexions à mon sujet, ou celui de mes amis…Une plume particulièrement imagée et vive quand il s’agit de mes défauts. Je me découvre radin. Bon. Je méditerai là-dessus. Promis. Mais je découvre aussi tes nouveaux amis. Des amis que tu n’as pas cru bon de me présenter. Des amis qui te semblent pourtant proches et que tu vois visiblement souvent. Il serait temps de nous faire un dîner avec ce Quentin qui est un ami régulier puisque tu l’as vu, si j’ai bien noté, le 4 avril à midi, le 7 avril à l’heure de la sieste, les 8 et 9 avril quand j’étais en déplacement à Honfleur, le 20 avril à midi… Tiens, entre le 9 et le 20, un grand saut dans le temps … Le week-end s’est-il mal passé? Ouvre la porte.  » p 76

Un affreux célibataire

1f.–2h ; décor : le salon d’un appartement ; durée : 1 h 30

Un couple marié reçoit un ami d’enfance, célibataire convaincu, afin de lui présenter une femme dans la même situation. Reste à savoir qui en aura sa vie la plus bouleversée… Une réflexion actuelle sur le thème de l’engagement dans le couple. Entre joutes oratoires et quiproquos, une pièce à moult rebondissements…

Suzy storck

Suzy Storck mène une vie ordinaire dans une petite maison avec mari et enfants. Elle ne travaille plus pour s’occuper du dernier, suspend le linge, veille au bon fonctionnement des journées. Mais un soir d’été, quelque chose dérape. Suzy, sous le poids de la chaleur, sous le poids des gestes répétés, sombre. Un moment d’inattention qui la conduit à visiter son passé, à prendre conscience de ses renoncements, à formuler son incapacité à vivre selon ses vrais désirs. Et elle cède à ce que cela implique. Par une chronologie bouleversée, Suzy Storck reconstitue le drame d’une femme niée en tant que personne dont la seule issue s’avère tragiquement inhumaine.

Orphelins (suivi de « Oussama, ce héros »)

Livre de théâtre ORPHELINS suivi de OUSSAMA, CE HEROS de Dennis KELLY

Lorsque Dennis Kelly ouvre la boîte de pandore, il y trouve des frères et des sœurs très fusionnels, un couple vacillant et une folie contagieuse. Liam et Helen sont orphelins. Un soir, Liam, couvert de sang, interrompt un dîner chez sa sœur et son beau-frère. Le couple veut comprendre ce qui s’est passé, mais le récit du garçon est confus. Les certitudes de chacun vont alors voler en éclat et l’intimité familiale se gangréner devant le poids de la responsabilité.

Dans Oussama, ce héros, nous découvrons Gary, un adolescent marginal qui tente de se constituer des repères : radical et simplificateur dans sa pensée, ses convictions penchent dangereusement vers le fanatisme. Mais les plus fanatiques ne sont pas toujours ceux que l’on croit, et le monde que Louise, Francis et Mark se recréent autour de lui est autrement plus effrayant.
En s’essayant au genre thriller, Dennis Kelly poursuit son exploration de la violence dans le monde urbain contemporain. Né en 1970 à Londres, ses pièces sont aujourd’hui lues et jouées dans le monde entier.

Extraits Orphelins

« LIAM. Je tourne au coin de la rue et il était enfin, sur le putain, étendu, sur le trott -, sur la chaussée, tout seul. Il était allongé là tout seul alors je me suis dit « oh, non. Oh merde non, il est tout seul, il est tout seul, putain. » Et il avait l’air, enfin, correct, Danny, tu vois, un peu comme, j’sais pas, j’veux dire il avait l’air correct, il avait l’air, bon d’accord, peut-être un peu tu vois, mais quand même tu trinquerais avec lui ou, pas forcément un pote, mais dans un bar, tu vois, si tu l’avais, comme ça, si vous vous étiez croisés, un billard, et une bière, avec, sa tournée, je raconte n’importe quoi là, hein? Oui, non, je raconte n’importe quoi, des conneries, des conneries merde, putain, et là il est allongé là tout seul, absolument tout seull. Et il y a du sang. Et enfin, et quelqu’un a … Un putain de … Quelqu’un l’a vraiment.  » p 15

 » HELEN. Qu’est ce que tu faisais chez Ian?

LIAM. Oh, c’est un pote.

HELEN. Ce n’est pas un pote, Liam.

LIAM. Non, c’est vrai.

HELEN. Il a une mauvaise influence.

LIAM. C’était délicieux Danny, c’était.

HELEN. Il collectionne des objets nazis.

LIAM. Il ne les collectionne pas, il en a quelques-uns c’est tout. Il les trouve sur Internet.

HELEN. Tu ne devrais pas aller chez lui.

LIAM. Ouais, il en a plein enfin, vraiment il est pas net, genre des lettres, des vestes, des boites de zyklon B, c’est pas net, vraiment pas net. Fou quoi. Il est vraiment un peu tordu, Danny, même s’il a des trucs incroyables.

HELEN. Tu devrais rester à l’écart.
LIAM. Je lui ai dit, t’es vraiment tordu et il s’est marré comme ça. Mais il a vraiment des trucs incroyables, il a un Luger avec SS sur la crosse.

HELEN. Ça c’est tordu.

LIAM. C’est ce que je dis, c’est tordu, mais c’est incroyable aussi et maintenant il s’intéresse à des trucs plus modernes, il a récupéré une machette, il pense qu’elle vient du Rwanda, et il s’intéresse à tout ce qui vient d’Irak ou d’Afghanistan, il pense qu’il pourrait avoir une main coupée de la République Démocratique du Congo. Il télécharge toutes ces vidéos, violentes quoi, des gangs et des fusillades des bastons des décapitations, djihadistes et tout ça.  » p 39

« HELEN. Qu’est ce que tu veux faire, là vraiment concrètement qu’est ce que tu veux faire, quand tu auras fini de t’agiter, quand tu auras fini de paniquer, et de crier et de hurler comme un enfant, comme une fillette, putain, Danny, quand tu auras fini de fantasmer et de penser qu’on ne peut rien faire, qu’est ce que tu veux faire, là?

DANNY. Ne me parle pas comme ça.
HELEN. Tu es d’accord qu’il faut faire quelque chose?
DANNY. Faire quoi?

HELEN. Eh bien, par exemple, on pourrait ne rien faire, on pourrait le laisse là-bas ligoté et le laisser mourir de faim.

DANNY. Comment est-ce que tu peux dire une chose pareille, c’est idiot, c’est –  » p 72

Extraits Oussama, ce héros

« FRANCIS. Que penses-tu d’un vieux type qui abandonne sa femme après vingt-deux ans de mariage?

LOUISE. Je pense que tu es en train de te mettre en colère.

FRANCIS. Que penses-tu d’un vieux type qui abandonne sa femme après vingt-deux ans et qui invite une mineure dans son garage? Une fille que personne n’aime beaucoup.

LOUISE. Moi je l’aime bien.

FRANCIS. Pas très intelligente, vulnérable, qu’est-ce que tu penses de ça?

LOUISE. Je pense que tu as besoin de prendre l’air, de trouver un boulot et de te bouger un peu.

FRANCIS. Qu’est-ce que tu penses de ça?

LOUISE. Toujours assis, là, à épier. » p 106

GARY. Je leur explique aussi que bien qu’il soit en fuite dans l’une des région de la planète, cet homme est tellement apprécié que personne ne l’a dénoncé pour toucher la prime de 50 millions de dollars – Je leur dis comment cet homme a survécu à une guerre contre les plus grandes puissances sur terre avec seulement quelques centaines de combattants et peu de moyens – Et alors je relève la tête, je vois les visages. Ils me regardent. Ils me regardent tout simplement. Même pire qu’avant. Cette fois … Cette fois … Cette fois-ci je comprends que j’ai vraiment fait quelque chose de mal.  » p 116

« MARK. Écoute Gary nous allons enlever le scotch et te poser quelques questions, d’accord. D’accord?

Gary acquiesce

Et si tu cries, je … Je te frapperai au visage avec ce marteau. Tu comprends?

Un temps. Gary acquiesce.

OK. (À Francis) Allez-y.

Francis ne bouge pas.

Allez-y !

FRANCIS. Louise –

LOUISE. Vas-y Francis !

Un temps. Francis s’approche de Gary.

FRANCIS. S’il essaie de sortir une connerie, vous lui frappez la gueule. » p 133