Love and Money – suivi de ADN (acide désoxyribonucléique)

« L’argent c’est mort, non ? Vous ne croyez pas ? Quand on regarde autour de soi ? On le sait ça, non, au fond, tout au fond de nous ? »Dans Love & Money, Dennis Kelly retrace l’histoire tragique de Jess et David. Jess, en quête de sens dans sa vie et se sentant en inadéquation par rapport au monde, consomme frénétiquement, contracte des emprunts et s’enfonce dans les dettes.
 Nos existences peuvent-elles se résumer en deux mots : Love & Money ? Que vaut l’argent dans nos vies ? Que vaut l’argent dans nos amours ? Dans les situations les plus sombres ou les plus déroutantes, les personnages de Dennis Kelly ont une dignité qui les élève.

Dans ADN (Acide désoxyribonucléique), l’auteur retrace l’histoire d’un groupe d’adolescents partis en forêt où ils torturent violemment un de leurs camarades et le laissent pour mort. Ils se demandent alors si ils doivent se dénoncer, si ils peuvent faire porter la responsabilité à quelqu’un d’autre… Peut-on ôter une vie sans conséquence?

Extraits Love & Money

“DAVID. Val, putain, j’ai besoin d’argent.

VAL. Paul, tu peux nous laisser une minute. Tu as déjà sucé la bite d’un mec?

DAVID. Quoi?

VAL. C’est une façon de gagner de l’argent.

DAVID. Val –

VAL. Jess ou toi pourriez sucer des bites, vous prendre en photo et les vendre sur internet. Je connais quelqu’un qui fait ça. Sérieux. Il se fait un bon paquet avec ça.

DAVID. Non, je ne vais pas sucer des bites.
VAL. Je sais bien. Je sais bien David. J’essaie juste de te dire que, bien sûr, il y a des manières de faire de l’argent facilement, mais en général il faut souffrir pour y arriver. En fait tu dois toujours souffrir. Sinon on ne te paierait pas pour ça. Est-ce que tu t’es fait examiner ce grain de beauté?
DAVID. Quoi?

VAL. Je t’embêtais toujours pour que tu te le fasses examiner. Est-ce que tu te l’es jamais fait examiner?

DAVID. Non. Non je –

VAL. Je peux le voir?

DAVID. Quoi?

VAL. Je peux le voir?

Un temps. Il remonte sa manche. Elle se lève pour venir inspecter le grain de beauté sur son bras. Elle le regarde. Elle touche le grain de beauté avec son doigt. Elle le presse. Un temps. Elle le lèche. Un temps. Elle va se rasseoir. Il redescend sa manche.

Garde la tête basse, mets-toi au boulot. Je prendrai soin de toi. Vraiment. “ p 38

“DAVID. Tu as acheté quelque chose? Alors? Tu es allée faire du shopping? C’est bien ça que tu as fait, tu es allée faire du shopping.
JESS. Non.

DAVID. Jess ? C’est bien ça?

JESS. Ecoute –

DAVID. Après tout ce qu’on a traversé? Après ton séjour à l’hôpital?

JESS. Tu vas pas recommencer avec ça

DAVID. Dans un hôpital psychiatrique, Jess, dans un putain de, après toute cette merde putain, après que j’ai pris ce boulot à la con, après tout ce que, tout ce que j’ai fait dont tu n’es même pas, les putains de trucs de fric, dont tu n’as même pas.
JESS. Arrête de tout ramener à l’argent.

DAVID. Idée, nous sommes bien obligés de parler d’argent.

JESS. Un homme a

DAVID. Je veux parler d’autre chose, je veux parler d’avenir et de vacances et de pédagogie, mais au lieu de ça il faut bien qu’on parle d’argent parce que

JESS. Un homme a été

DAVID. Après tout ce que

JESS. Il a été poignardé. “ p 70

Extraits ADN (Acide désoxyribonucléique)

“JOHN TATE. Je vais te

RICHARD. Quoi?
JOHN TATE. Je vais te, eh bien, je vais te faire du mal

RICHARD. Tu vas me faire du mal?

JOHN TATE. Oui.

RICHARD. A moi?

JOHN TATE. Oui, si tu pronnonces ce mot.

CATHY. Enfin, je dis pas que c’est une bonne chose mais d’une certaine façon.

DANNY. La ferme Cathy.

CATHY. Toi la ferme.
JOHN TATE. J’fais tout pour qu’on reste unis. Depuis que je suis arrivé dans cette école est-ce que je n’ai pas fait tout pour qu’on reste unis, tous ensemble? Et est-ce que les choses ne se sont pas améliorées? Pour nous? Pas pour les autres je veux dire, pas là-bas, mais pour nous, ici? Tous les autres voudraient être comme nous, non? Ils voudraient tous venir avec nous dans le bois? Ça ne vaut pas la peine de garder ça, non? “ p 95

“LOU. Il va aller en prison.

LEA. Lou, ils ne vont pas l’envoyer en prison juste parce qu’il correspond à un signalement, il leur faut plus que ça, il leur faut des fibres, il leur faut des échantillons, il leur faut des preuves.

RUCHARD. Des preuves ADN.

LEA. Exactement il leur faut de l’ADN-

RICHARD. Non, ils ont déjà de l’ADN.

LEA. Quoi?

RICHARD. Il correspond au signalement mais ils ont aussi des preuves ADN qui le lient au crime.

LEA. ADN … mais qu’est-ce que tu racontes?

RICHARD. On a parlé à un journaliste. Ils ont recoupé l’ADN retrouvé sur le pull avec les fichiers de la police et c’est comme ça qu’ils ont retrouvé l’homme, l’homme qui en plus correspond parfaitement au signalement. “ p 113

Derniers remords avant l’oubli

Un dimanche à la campagne, au milieu des années 80, dans une maison où trois des personnages ont vécu quinze ans plus tôt une histoire d’amour. Puis, ils se sont séparés. Pierre vit toujours en solitaire dans cette maison. Hélène et Paul se sont mariés séparément, ailleurs.
Ce jour-là, ils reviennent, avec conjoints embarrassés et enfant insolente, pour débattre de la vente de la maison, naguère achetée en commun et qui a pris de la valeur, car ils ont besoin d’argent.
Mais sont-ils seulement venus pour cela ? Il y a dans les placards des cadavres sentimentaux, des idéaux morts, des secrets, et des remords…

Extraits

“HELENE. Je mentais. Je mentais, peut-être ai-je toujours menti, je ne sais pas, c’est possible. Peut-être ce n’est pas très agréable à entendre, mais lorsque je vous revis, là, aujourd’hui, peut-être ai-je compris ça, au moins ça : je mentais, tout le temps, tellement. J’avais oublié ou je ne me l’était jamais avoué. Je l’admets en souriant, tu as vu ça je souris en avouant, un peu garce, l’idée que vous avez de moi, mon sourire légèrement triste pourtant, toujours un peu mélancolique, vous l’aimiez tant, oh comme vous l’aimiez ! Vous le répétiez sans cesse. Cette manière qu’à mon visage de ne jamais rien réclamer. Je mentais. Qu’est-ce que cela fait aujourd’hui? Cela peut faire un tout petit peu mal, c’est la seule raison, ne croyez-vous pas? “

“HELENE. Tu lui parles sur un autre ton.

PIERRE. Je parle comme je veux à qui je veux.

PAUL. Ecoute, Hélène, tu as besoin de cet argent tu pouvais très bien lui expliquer les choses …

HELENE. Ce n’était pas une très bonne idée. Nous nous débrouillerons autrement. Nous n’en avons pas besoin, pas vraiment. Nous nous en sommes passés jusqu’à aujourd’hui, qu’est-ce que cela fait? Rien de très vital.

PIERRE. Attention. J’étais d’accord sur tout. Je n’ai posé aucun problème. Ne commencez pas à sous-entendre que c’est à cause moi …

HELENE. Ta gueule !

PIERRE. C’est incroyable, elle vient de redire « ta gueule », elle dit « ta gueule » à tout le monde, elle ne sait plus die que ça … Bon, ça m’est égal.

PAUL. Moi non plus, j’espère que tu l’as noté, je n’étais opposé à rien…

ANNE. C’est un garçon drôlement arrangeant non?

PAUL. Pourquoi est-ce que tu dis ça? C’est vrai, c’est lui, là, l’autre …

ANNE. Ne l’appelle pas l’autre. “

Ivanov

IVANOV comédie dramatique de Anton TCHEKHOV – texte français de Philippe Adrien et de Vladimir Ant, 12h. – 5f. – Durée 2h15 –

Ivanov est banal. Ivanov est extraordinaire. Il brille comme un trou noir autour duquel tourne et jase tout un petit monde ridicule ou poignant : parasites, richards, cyniques saisis sur le vif avec un humour implacable, trompant leur ennui aux cartes ou noyant leur désespoir dans la vodka. Au cœur de cette société malade, Ivanov se débat sous les ruines de ses idéaux. Anna, sa femme, est mourante et ne le sait pas ; la jeune Sacha, sa voisine, rêve de lui offrir un nouveau bonheur. Hommes et femmes, hostiles ou amicaux, tous ont quelque chose à lui demander : de l’amour, de l’argent, des actes. Ivanov est comme assiégé. Cerné. Et depuis un an à peu près, il n’en peut plus… 

Extraits

“ BABAKINA. Qui c’est ?

LEBEDEV. Notre cher Nicolas Ivanov.

BABAKINA. Ah, lui, c’est un homme, un vrai … Mais il est si malheureux ! …

LEBEDEVA. Qu’est-ce que vous voulez, ma chérie … comment pourrait-il être heureux ! Le pauvre, une erreur pareille ! … Quand il a épousé sa youpine, il pensait que le père et la mère lui donneraient des monceaux d’or … mais ça a été tout le contraire … Dès qu’elle s’est convertie, son père et sa mère n’ont plus voulu la connaître, ils l’ont maudite … et lui, il n’a rien eu, pas un sou. Il peut toujours regretter, c’est trop tard …

SACHA. Ce n’est pas vrai, maman.
BABAKINA. Comment ça  » ce n’est pas vrai« , ma petite Sacha? Tout le monde le sait. Sans l’intérêt, à quoi bon épouser une Juive? Il n’y a pas assez de Russes ou quoi? Il a fait une erreur, ma chérie, une erreur… » p 39

“IVANOV. Je ne suis pas un homme bien … minable … nul. Il faut être aussi minable, usé et alcoolique que Pavel pour m’aimer et me respecter encore. À quel point je me méprise moi-même, mon Dieu ! Je hais ma voix, mes pas, mes mains, mes vêtements, mes idées. C’est ridicule … humiliant ! Il y a un an, j’étais vigoureux et en bonne santé, en pleine forme, infatigable, plein de feu … Je travaillais avec ces mains-là … Je savais parler, même les ignorants étaient émus aux larmes en m’écoutant … Je déplorais le malheur des autres, je m’insurgeais contre le mal. J’ai connu l’inspiration, le charme poétique et doux des nuits de travail … assis à mon bureau jusqu’à l’aube, l’esprit ébloui de rêves, de projets … J’avais la foi, je regardais dans l’avenir comme dans les yeux de ma mère … Et maintenant, bon Dieu ! Fatigué, sans foi, je passe mes jours et mes nuits à ne rien faire. Mon cerveau, mes mains, mes jambes, plus rien ne m’obéit. “ p 76

Les joyeuses commères de Windsor

Traduction de Jean-Michel Déprats et Jean-Pierre Richard, préface de Gisèle Vienne – Cette farce exauce le voeu d’une reine. Ayant découvert Falstaff dans les deux parties d’Henry IV, avant que Shakespeare le fasse mourir dans Henry V, Elisabeth Ier voulait revoir sur scène le plantureux chevalier, amoureux cette fois. Et à Windsor, ce n’est pas la Cour que fréquente l’ancien compagnon de débauche du prince héritier, mais la petite société comique d’une ville de province, avec des étrangers – un pasteur gallois, un médecin français – qui massacrent l’anglais, et des bourgeois locaux, tels ces Lepage et Duflot dont Falstaff, nobliau sans le sou, guigne les femmes et la fortune. Courtisées en même temps, les deux joyeuses épouses mènent ensemble l’intrigue, de piège en piège, jusqu’à confondre, par une nuit de sabbat, au fond du parc royal, le vieux « cerf » en rut qui les poursuit, alors qu’une jeune « biche », la fille des Lepage, en profite pour s’enfuir avec son amoureux…

Extraits

“ MADAME DUFLOT. Assez lanterné : tenez, lisez, lisez; notez comment je pourrais accéder à la chevalerie. Je penserai pis que pendre des gros, tant que j’aurai un oeil pour voir la différence physique entre les hommes : lui qui s’interdisait les jurons, louait la pudeur des femmes et réprouvait dûment et noblement toute inconvenance, j’aurais juré sa nature assortie en vérité à ses paroles; mais loin qu’elles s’accordent et coïncident, c’est comme si on chantait les cantiques sur l’air grivois de Greesnleeves. Quelle tempête, je me demande, a fait échouer cette baleine, avec tous ses tonneaux d’huile dans le ventre, à Windsor? Comment me venger de lui ? Le meilleur moyen, je crois, serait de le bercer d’espérances jusqu’à ce que le feu mauvais de la concupiscence l’ait fait fondre dans sa graisse. Avez-vous jamais entendu rien de tel?

MADAME LEPAGE. Lettre pour lettre, sauf qu’à la place de Dufflot il y avait Lepage ! Pour pleinement te consoler de découvrir ainsi le mépris où il nous tient, voici la soeur jumelle de ta lettre, mais que la tienne soit la première à jouir du titre, car la mienne, je l’affirme, n’en héritera jamais. J’en suis certaine, il a mille de ces lettres, écrites avec un blanc à la place du nom, et les nôtres proviennent déjà d’une seconde édition : il les imprime, sans aucun doute; car peu lui importe ce qu’il me sous presse, quand il voudrait nous y mettre toutes les deux.

MADAME DUFLOT. Quoi ! C’est absolument la même : la même écrtiure, les mêmes mots. Pour qui nous prend-il?

MADAME LEPAGE. Vengeons-nous de lui : donnons-lui rendez-vous; faisons mine de l’encourager dans ses poursuites et poussons-le, à force d’atermoiements et d’appâts alléchants, à mettre ses chevaux en gage pour régler l’aubergiste de la Jarretière. “ p 63

“FALSTAFF. Quand les dieux ont le feu au derrière, que feront les pauvres hommes? Moi, me voici l’un des cerfs de Windsor, et le plus gras, je pense, de cette forêt. Rafraîchis pour moi ma saison du rut, Jupiter, sinon qui pourra me reprocher de pisser partout ma graisse? Qui vient là ? Ma Biche ?

MADAME DUFLOT. Sir John, es-tu là, mon cher, mon cerf?

FALSTAFF. Ma biche à la touffe noire? Que le ciel me lâche une pluie de patates douces, un tonnerre de chansons d’amour sur l’air de Greenleeves, une grêle de bonbon parfumés, et qu’il neige des racines aphrodisiaques ! Levez-vous, orages de la tentation, je veux me réfugier là.

MADAME DUFLOT. Madame Lepage est venue avec moi, cher cerf de mon coeur.

FALSTAFF. Partagez-moi comme un cerf braconné, un cuissot pour chacune. Je garderai mes flancs pour moi, mes épaules pour le garde-chasse du secteur; quant à mes cornes, je les lègue à vos maris. Est-ce que je suis un vrai coureur des bois, hein ? Est-ce que je parle comme Herne le Chasseur? Ah, le petit Cupidon à présent tient parole : il me rend tout. Aussi vrai que je suis un fantôme, bienvenue ! “ p 178