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Dix essais de confinement

Le Théâtre et son double d’Antonin Artaud

Né en 1896, Antonin Artaud était un poète, romancier, acteur et dramaturge qui aura tenté de révolutionner tous les arts qu’il a touché.

Atteint de maux physiques intenses durant toute son existence, consommant drogues et médicaments, allant d’internements en internements, naviguant sans cesse entre la raison et la folie, il a trouvé dans ses souffrances sa plus grande source d’inspiration.

Mort en 1948, il a laissé une oeuvre poétique et théorique qui sera redécouverte après plusieurs années par des metteurs en scène avant-gardistes soucieux d’interroger les conventions.

Le Théâtre et son double se compose d’une série d’essais où Antonin Artaud livre avec sa vigueur et son sens de la démesure habituels sa vision de l’art dramatique. Son concept majeur, le fameux théâtre de la cruauté, y est développé à plusieurs reprises. 

« Il s’agit donc pour le théâtre, de créer une métaphysique de la parole, du geste, de l’expression, en vue de l’arracher à son piétinement psychologique et humain » Le rôle du théâtre selon Artaud est de transcender le réel et lui donner, par association, une consistance nouvelle. Le paradoxe est fécond : il faut séparer l’art de la vie pour permettre à l’un de régénérer l’autre. 

Tout Antonin Artaud est là, excessif et inspiré, soucieux de repousser les limites du raisonnable dans une quête de vérité. 

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Parlez-nous de théâtre !

Parlez-nous de théâtre #5 – Solenn Denis

Solenn Denis est auteure, metteuse en scène et comédienne. En 2010 suite à sa rencontre avec le comédien et metteur en scène Erwan Daouphars nait le Collectif Denisyak. Un hydre à deux têtes, qui s’accoquine, de création en création, avec différents artistes, qui se mettent en action autour de l’écriture de Solenn et de ses pièces de théâtre à peine nées.

1.La pièce de confinement : Les Barbelés, d’Annick Lefebvre

2. Un auteur : Marius von Mayenburg

3. Une autrice : Clémence Weill

4. La dernière pièce vue : Nous sommes repus mais pas repentis, par Séverine Chavrier, adapté de Thomas Bernhard

5. La claque dramatique : Moeder, de Peeping Tom

6. Une réplique marquante : « Moi, je ne veux pas être comme les autres. Moi, je veux croire plus que les autres. Je veux pardonner plus que les autres. Rire, chanter, courir, plus que les autres. Je dis pas que je veux être meilleur que les autres. Je m’en fiche. Je veux être meilleur que moi même. Je veux être super vivant », Bouli Miro, de Fabrice Melquiot

7. Un lieu théâtral: Le TNBA à Bordeaux, le Théâtre des Îlets à Montluçon, La Passerelle à Saint Brieuc

8. Le personnage de théâtre qu’elle voudrait être: le personnage de 4.48 Psychose, de Sarah Kane

9. La pièce à offrir: Agamemnon, de Rodrigo Garcia

10. La pièce pour initier quelqu’un au théâtre: Le jeu d’histoires libres, de Fabrice Melquiot

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Dix essais de confinement

La Mort de la tragédie de George Steiner

Disparu au début de l’année 2020, George Steiner a laissé une empreinte indélébile dans le paysage intellectuel mondial. A l’instar d’un Umberto Eco, ce critique polyglotte impressionnait par son érudition démesurée et la finesse de ses analyses.

La question du langage et de la transmission était au cœur de sa réflexion. Docteur honoris causa d’une douzaine d’université à travers le monde, il a toujours veillé à faire preuve de la pédagogie la plus exemplaire. On citera, à titre d’exemple, son ouvrage sur la philosophie ardue de l’allemand Heidegger, véritable chef d’œuvre de clarté.

Bien des aspects de la culture occidentale ont passionné George Steiner. Le théâtre n’a pas échappé à son regard.

Le titre de l’ouvrage fait bien évidemment référence à celui de Friedrich Nietzsche qui, dans ses jeunes années, avait écrit la Naissance de tragédie. Il y soutenait que la tragédie grecque était née de la confrontation de l’apollinien et du dionysiaque, c’est à dire de l’ordre et de la pulsion.

Dans la Mort de la tragédie, George Steiner part lui aussi du théâtre antique. Il met en lumière les ressorts rituels et suit leurs cheminements à travers les époques. Du théâtre élisabéthain au romantisme en passant par l’ère classique, toutes leurs évolutions sont minutieusement observées.

Les passages de la tragédie sacrée au drame bourgeois, de l’épique à l’intime font l’objet d’analyses aussi limpides que passionnantes. Sous la plume de Steiner, l’histoire de la pensée et celle du théâtre se confondent. Sans doute l’un des essais les plus stimulants qu’il nous ait été donné de lire.

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Dix essais de confinement

Le Théâtre et la peur de Thomas Ostermeier

Depuis les années 1990, Thomas Ostermeier est considéré comme l’un des metteurs en scène allemands les plus marquants. Comédien aux Beaux-arts de Berlin, son travail de fin d’étude sur Artaud et le personnage de Faust a eu un grand retentissement parmi la critique théâtrale.

S’imposant dans son pays avec ses mises en scène d’auteurs contemporains, il acquiert un rayonnement européen qui l’amènera à monter le Woyzeck de Büchner dans la cour d’honneur du palais de papes, pendant le festival d’Avignon de 2004. Il reviendra à Avignon de nombreuses fois. Son Richard III y sera particulièrement remarqué en 2015.

Ses créations sont présentées à travers toute l’Europe, de la Schaubühne de Berlin à la Comédie-Française en parssant par le théâtre de Vidy-Lausanne ou le théâtre des Gémaux de Sceaux.

Dans le Théâtre et la peur, Thomas Ostermeier invite à repenser les liens du théâtre et du réel. « le théâtre doit se libérer du désir d’être toujours du bon côté, y écrit-il, et doit faire face à la réalité. »

 Le cahier central de l’ouvrage donne un aperçu saisissant de ses principe. À travers des clichés de différentes mises en scène, on entraperçoit un théâtre intense et cru. 

De longs passages sont consacrés à Shakespeare, à sa vision de l’homme prit dans les tempêtes. Tout y revient toujours, quelles que soient les époques. Dans ce chaos prendre, le théâtre doit prendre sa part.

La leçon d’Ostermeier est bien celle-ci : si vivre ensemble est une affaire douloureuse et angoissante, il faut que le théâtre apprenne à devenir une arme de pacification. Il ne le pourra que par l’engagement et la lucidité. 

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Dix essais de confinement

L’Art du présent d’Ariane Mnouchkine

Metteuse en scène incontournable de la vie théâtrale française, Ariane Mnouchkine a fondé le Théâtre du Soleil il y a plus d’un demi-siècle. Déplorant le fait que le théâtre, en France, était devenu « au mieux de la lecture en costume », elle va puiser autour du monde diverses traditions pour renouveler l’art dramatique.

A la Cartoucherie de Vincennes, elle met en scène de nombreux spectacles qui marqueront tant les spectateurs que la critique. Dans l’Art du présent, elle s’entretient avec la journaliste Fabienne Pascaud et se remémore un demi-siècle d’expériences théâtrales.

L’Art du présent est un livre passionnant et des plus abordables. Le système de questions/réponses permet un dynamisme appréciable. Ariane Mnouchkine, à la personnalité si singulière, se révèle une formidable conteuse et on suit les aventures du Théâtre du Soleil avec un intérêt croissant.

Ce livre parle d’enseignement, de transmission, de vie de groupe, de liberté, de rites et d’innovations. Il parle de ce que la vie doit au théâtre et inversement. Il invite à nous réinventer, encore et toujours.

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Quarante pièces pour votre quarantaine

Mithridate de Jean Racine

Né un an après le futur roi Louis XIV dans une famille de petits-bourgeois de province, Jean Racine, très vite orphelin, vit son éducation confiée aux religieux austères de Port-Royal. Il y apprit le grec et le latin, fut baigné de littérature et s’appropria une vision désespérée de la condition humaine.

Sa carrière dramatique, commencée honorablement avec la Thébaïde, prit un tour prodigieux avec Andromaque, qui le révéla comme l’un des plus grands auteurs de son temps, capable de rivaliser avec le grand Corneille. Par un tour étrange, sa maîtrise parfaite de l’alexandrin exacerbait les passions. La sobriété de son langage mettait l’âme à nu.

Si on célèbre encore aujourd’hui Phèdre ou Bérénice, il ne faut pas négliger ses pièces moins connues comme Athalie ou Mithridate, pièces maîtresses d’une œuvre de génie.

Le roi Mithridate, résistant depuis quarante ans aux armées romaines, a succombé. C’est ce qui se dit. Il laisse ses deux fils, Xipharès et Pharnace, et une femme, Monime, qu’il devait épouser en revenant de guerre. Les deux fils ne s’entendent pas : outre l’empire paternel, ils se disputent les faveurs de Monime. Ils ignorent encore que la mort du roi était un leurre.

Pièce préférée de Louis XIV, Mithridate est aujourd’hui oubliée. Elle est pourtant essentielle. Le personnage de Monime y est central. Il apparait comme une relique sacrée que chacun voudrait posséder. Monime vient de la Grèce. Elle est liée à la divinité. Elle incarne ce secret que Racine a voulu nous transmettre : un secret poétique qu’il appartient à chacun de déchiffrer.

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Parlez-nous de théâtre !

Parlez-nous de théâtre #4 – Christophe Montenez

Après le Conservatoire de Toulouse, Christophe Montenez créait un collectif de théâtre, Les bâtards dorés. Il est remarqué par le metteur en scène Galin Stoev, qui le dirige dans Liliom. Un rôle qui lui permet ensuite d’entrer à la Comédie-Française, dont il devient pensionnaire en juillet 2014. Il en est sociétaire depuis janvier 2020.

En 2017, son rôle de Martin von Essenbeck dans l’adaptation théâtrale du film de Luchino Visconti, Les Damnés, mise en scène par Ivo van Hove lui vaut une nomination au Molière de la révélation théâtrale.

1.La pièce de confinement : Une Demande en mariage, d’Anton Tchekhov et Le Roi Lear, de William Shakespeare

2. Un auteur : Molière et Shakespeare

3. Une autrice : Marguerite Duras

4. La dernière pièce vue : Bekannte Gefühle, gemischte Gesichter, de Christoph Marthaler

5. La claque dramatique :

. Forêts, de Wajdi Mouawad

. Récits de juin, de Pippo Delbono

. Au moins j’aurais laissé un beau cadavre, de Vincent Macaigne

6. Une réplique marquante : une réplique de Moritz dans L’Éveil du printemps, de Frank Wedekind

7. Un lieu théâtral

Le Théâtre du Pavé à Toulouse

8. Le personnage de théâtre qu’il voudrait être/ jouer

Le Misanthrope, de Molière et Oncle Vania, d’Anton Tchekhov

9. La pièce à offrir

L’Éveil du printemps, de Frank Wedekind

10. La pièce pour initier quelqu’un au théâtre

Forêts, de Wajdi Mouawad

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Quarante pièces pour votre quarantaine

J’ai trop peur et J’ai trop d’amis, de David Lescot

En 2014 paraît, J’ai trop peur, de David Lescot, sa première pièce sur l’enfance, à destination de la jeunesse. Les grandes vacances ne sont pas synonyme d’insouciance, de soleil et de plaisir pour tous les enfants. Le personnage principal de J’ai trop peur, est un petit garçon d’une dizaine d’années. Il s’apprête à passer son dernier été d’écolier avant de rejoindre le collège. Un passage redouté, qu’il appréhende chaque jour avec angoisse et apriori. Avec ce parcours initiatique nécessaire, David Lescot s’amuse avec réalisme, utilisant un humour cruel, connu des enfants. Une pensée particulière pour le personnage tordant de la petite soeur.

Six années plus tard, nous retrouvons ce petit terrorisé, le jour de sa rentrée en sixième. Dans J’ai trop d’amis, nous suivons les premiers pas et l’intégration de ce garçon projeté dans l’inconnu. Avec ce texte, David Lescot poursuit sa sensibilisation aux différentes étapes de l’enfance. Maintenant qu’il a appris à gérer et à surmonter ses peurs, le jeune garçon devra s’imposer face aux garçons et aux filles. L’humour passe toujours par le langage. Au collège, tout est formulé au premier degrés. Les adolescents s’expriment avec sérieux et gravité, il en va de leur popularité.

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Quarante pièces pour votre quarantaine

Trop, peu, prou, moins, de Marguerite de Navarre

Sœur du roi François Ier et grand-mère du futur Henri IV, Marguerite de Navarre, en plus de maîtriser les affaires politiques était une femme de lettres accomplie. Figure essentielle de la Renaissance en France, elle a su protéger et promouvoir les artistes et les littérateurs, permettant la diffusion et l’implantation des idéaux issus de l’Humanisme. Rabelais lui rendra des hommages appuyés.

La poésie et le théâtre était sa grande affaire. Elle aimait à remettre le souffle antique à la mode et usait de tous les moyens pour cela. Dans son combat pour le renouveau du monde l’octosyllabe était sa grande arme.

Trop, prou, peu, moins est une farce énigmatique, composée, semble-t-il, en réaction à l’emprisonnement de l’humaniste Etienne Dolet, accusé d’hérésie. Marguerite de Navarre y parle de révélation et de dissimulation. Elle oppose Trop et Prou, tout à leur ambition mais honteux d’eux-mêmes à Peu et moins, simples et serein. Les premiers veulent découvrir le secret des seconds non sans une agressivité mal contenue.

Parabole des temps de la Renaissance, cette pièce emprunte aussi bien au mythe grec de Midas qu’aux traditions bibliques. Les enjeux semblent évident, les personnages peu complexes et l’écriture limpide : tout est en fait tissé de symboles. La farce est d’une profondeur assez rare pour être signalée.

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Quarante pièces pour votre quarantaine

La Marmite, de Plaute

Né sous la République romaine au IIIe siècle avant notre ère, Plaute s’est initié au théâtre comme acteur dans une troupe dont il a pris la direction. Rapidement tombé en faillite, il s’est exercé aux métiers les plus divers, l’amenant à connaître de fond en comble les us et coutumes des classes populaires. Pendant ses heures de repos, il écrit des pièces qui, peu à peu, le rangent au premier rang des auteurs dramatiques.

Son domaine est la comédie. Son sens de l’observation et de la dérision lui ont valu une renommée qui a traversé les siècles. Il fut une source d’inspiration de premier ordre pour Molière ou Shakespeare et reste aujourd’hui un des plus éminents auteurs latins.

Euclion est un vieil avare que chacun croit sans le sou. Il est riche, en vérité, très riche et effrayé à l’idée que l’on découvre son secret : il a trouvé une marmite pleine d’or que son grand-père avait caché il y a fort longtemps. Depuis ce moment, il se méfie de toutes et de tous, et surtout de sa vieille servante, qu’il soupçonne d’en avoir après sa fortune. Lorsqu’un voisin entre chez lui pour demander la main de sa fille, il reste sur ses gardes. A raison, sans doute, car le pauvre homme va subir bien des déconvenues…

Chef d’œuvre comique, tant par l’enchaînement des situations que par la peinture du personnage principal, la Marmite sera à l’origine de l’une des pièces les plus célèbres de Molière: l’Avare, bien évidemment.