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Bertolt Brecht

Bertholt Brecht est un dramaturge, metteur en scène, écrivain et poète allemand. Créateur du principe théâtral de la distanciation, il a unifié et a popularisé des concepts et des méthodes formant le théâtre épique. Une des innovations esthétiques les plus importantes de Brecht était de privilégier la fonction en opposition au contenu et à la forme.

L’expérience de la guerre

La Première Guerre mondiale éclate en 1914, et le jeune Bertolt publie plusieurs poèmes pour encourager les troupes allemandes. Son point de vue sur la guerre change radicalement lorsqu’il comprend les atrocités de cette dernière. Il est appelé en 1918 en tant qu’aide-soignant à l’hôpital militaire d’Augsbourg, où il est confronté aux vies brisées par la guerre. Cette expérience le marque et influence son œuvre. Bertolt Brecht commence à cette époque la rédaction de pièces de théâtre comme Baal, pour lesquelles il est récompensé en 1922 par le prix Kleist. Dans les années 30 il commence à s’intéresser aux idées de Karl Marx. Sa pièce L’Opéra de quat’sous, connaît un succès et une renommée internationale. Profondément marqué par les atrocités et les absurdités des deux guerres mondiales, Brecht les dénonce dans Mère Courage et ses enfants et dans Schweyk.

Face à la montée du nazisme au début des années 1930, Bertolt Brecht et sa femme quittent l’Allemagne pour le Danemark, puis la Suède et la Finlande. Ses pièces de théâtre sont interdites, puis brûlées lors des autodafés du 10 mai 1933. Sa nationalité allemande lui est retirée en 1935. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il part pour les Etats-Unis. Sympathisant des idées de Marx, il craint le maccarthysme et arrive en Suisse. Il retourne en Allemagne de l’Est (RDA) en 1948. Bertolt Brecht est à l’origine du théâtre épique et du procédé de la distanciation. Il fonde aux côtés de sa femme un théâtre, le Berliner Ensemble, en 1949.

Un artiste en marge

Bertolt Brecht possède un point de vue très particulier sur le théâtre. Il s’éloigne du théâtre dramatique traditionnel, où l’identification aux personnages et les sentiments sont des concepts clés. Le théâtre épique (ou dialectique) de Brecht est caractérisé par un recul prononcé du spectateur sur l’action, afin de permettre à ce dernier une réflexion sur ce qu’il voit. Ainsi, une personne qui regarde une pièce de Brecht doit s’interroger, se poser des questions et décortiquer l’action qu’on lui livre. Pour lui, le spectateur ne doit pas être absorbé par la pièce au point de ne plus pouvoir émettre le moindre jugement ou avis critique dessus. Il doit prendre conscience qu’il est en train de regarder un spectacle. Brecht voit le théâtre comme un moyen d’instruire, il veut que son auditoire se questionne et soit actif durant la représentation. Il en va de même pour les acteurs qui ne doivent pas se plonger pleinement dans leur rôle.

Brecht rejette donc les quatre éléments fondamentaux du théâtre traditionnel : la structure de la pièce, les acteurs, le public, le circuit habituel de distribution des salles de spectacle. Son théâtre, qui s’adresse à la raison, Brecht va l’expérimenter dans les écoles, les unions de jeunes, les associations ouvrières, grâce à des comédiens non professionnels. Usant principalement des possibilités des chorales ouvrières, il crée une forme théâtrale et musicale qui permet, par l’emploi des chœurs, la participation active du public à l’action : c’est le Lehrstück, la « pièce didactique ».

Le théâtre comme action sur la société

Au total, Bertolt Brecht a écrit et mis en scène près d’une trentaine de pièces de théâtre. Il a 20 ans lorsqu’il commence à rédiger Baal, qui raconte le quotidien d’un poète maudit rongé par la luxure. La première pièce qui vaut à Brecht une reconnaissance critique est Tambours dans la nuit, qui s’inspire de la répression de l’insurrection spartakiste à Berlin. C’est en 1928 avec L’Opéra de quat’sous, que la renommée de Brecht devient internationale. Dans cette pièce, l’action se déroule dans le quartier de Soho à Londres, terrain d’affrontement entre deux bandes rivales. Il est également à l’origine d’une biographie théâtrale faisant l’éloge de la vérité scientifique, La Vie de Galilée. On peut aussi citer Maître Puntila et son valet Matti, une pièce de théâtre qui illustre la lutte des classes et dans laquelle affleurent les idées de Karl Marx. Brecht est désormais en possession de l’essentiel de son esthétique : il sait qu’il n’a plus à rendre intelligible un conflit ou un procès, mais à présenter dans son déroulement, c’est-à-dire dans ses contradictions, un comportement humain qui est par lui-même intelligible. Ce sont des femmes qui porteront le poids de la parabole brechtienne. Dans son théâtre, mis à part Galilée et la silhouette diffuse de l’aviateur, symbole de l’ère scientifique, l’histoire se fait par la femme et singulièrement par la mère. Présente dans Tambours dans la nuit, charnelle encore dans l’adaptation de Gorki, la maternité trouvera son accomplissement dans le Cercle de craie caucasien : Groucha n’est plus la mère par le sang, mais par la peine et la bonté. La véritable maternité est la maternité sociale.