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Quarante pièces pour votre quarantaine

Ravie, de Sandrine Roche

Avec Ravie, Sandrine Roche réadapte, dans une langue moderne, taquine et cadencée, La Chèvre de Monsieur Seguin, d’Alphonse Daudet. Ici, les chèvres sont des guerrières militantes, qui interrogent le lecteur sur la notion de sécurité et invite l’enfant à prendre des risques.

Blanquette est la septième chèvre de Seguin. Une belle chèvre blanche qui vit, seule avec lui, reclus, au pied de la montagne. Les jours passent et les six chèvres qui l’ont précédées viennent lui rendre visite. Elles lui racontent leur fuite vers les beaux pâturages de la montagne et leur funeste rencontre avec le loup. Un loup si beau, qu’aucune d’entre elles n’a pu y résister. Agacées de disparaitre sans laisser de traces, elles placent tous leurs espoirs en Blanquette : elle sera la septième et la dernière chèvre de Seguin ! Elle affrontera le loup et sortira vainqueur. Blanquette, bien aise de son confort quotidien et des soins de Seguin, est difficile à convaincre. Les chèvres persistent et la persuadent de quitter son enclos, son confort et sa sécurité pour sauter vers la liberté. Ce chœur de chèvres révolutionnaire veut être vengé. Blanquette décide de vivre sa vie, quitte Seguin et rejoint la mousse verdoyante et les rivières cristallines de la montagne. Elle goûte au bonheur de la terre, des oiseaux, des rencontres. Jusqu’à ce que la nuit tombe et que sonne l’heure du loup…

Dans ce texte musical, Sandrine Roche invite le lecteur à faire preuve de courage et à affronter ses peurs. Il faut oser goûter à la beauté et à la liberté, pour crier au monde son existence et sa singularité.

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Quand j’aurai mille et un ans, de Nathalie Papin

Dans la pièce Quand j’aurai mille et un ans, Nathalie Papin s’intéresse à un sujet d’actualité : le transhumanisme. En travaillant autour de la question des âges et en mêlant le réel et l’imaginaire, elle mène une réflexion tendre et significative.

Cendi est une enfant de onze ans qui, comme les idoles qu’elle s’est inventées, rêve d’atteindre cent-dix-sept ans. Fuyant son pays, elle échoue dans une station sous-marine du futur. À son réveil, elle est entourée de Furoufushi, une vielle muette de cent-vingt-cinq ans et de Mili, un enfant qui aura bientôt mille ans. Mili est un petit garçon immortel, un humain augmenté qui essaye de la convaincre de rester avec eux. Un jour tout disparaitra. Il n’y aura plus d’enfant, plus de descendance, plus de mort. L’ADN sera réécrit et les humains seront remplis de sang artificiel de vers marins. Mais Cendi n’adhère pas à son discours. Elle veut revoir le ciel, la chaleur, sa famille et s’entraine quotidiennement, pour augmenter son temps d’apnée et rejoindre la surface de la mer.

Dans ce laboratoire, plus de place pour l’émotion. Pourtant, lorsque les sentiments sont sincères, on perd le contrôle, les battements du cœur s’accélèrent et le programme de la machine déraille…

Nathalie Papin nous plonge au cœur d’une histoire de liens. Avec poésie, humour et tendresse, les personnages défendent deux positions. Cendi est attachée à ses souvenirs et à ses croyances. Quant à Mili, il n’a aucun regard sur le passé. Qui saura convaincre l’autre de rejoindre son monde ?

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Jojo au bord du monde, de Stéphane Jaubertie

Jojo au bord du monde, de Stéphane Jaubertie est un petit bijou de poésie et de drôlerie. À travers un langage décalé et des personnages attachants, l’auteur embellit la douleur de l’abandon, de la solitude et de la mort.


Jojo est un « solo boy », un petit garçon qui fait cavalier seul en attendant que la vie s’intéresse à lui. Un soir, dans une rue déserte, il rencontre Anita, une fée pas comme les autres, qui semble encore plus désespérée que lui. Jojo propose de lui rendre service pendant 24h, en veillant sur Jiliette sa mère qui perd la boule. Une forte amitié naitra entre ces deux énergumènes. Ensemble ils voyageront dans leurs têtes et dans leurs cœurs. Jojo affrontera toutes ses peurs pour retrouver Jiliette, que la maladie d’Alzheimer fait disparaitre peu à peu. Il se perdra dans la forêt de la Grande Peur et rencontrera les héros des contes, actualisés aux goûts du jour. Batman est dépressif, Blanche-Neige obèse et Cendrillon alcoolique. L’humour omniprésent, permet de noyer le désespoir de ces êtres, confrontés à une société toxique, dans laquelle ils perdent pieds.

À travers la fantaisie, l’amour et la solidarité, Stéphane Jaubertie aborde le besoin d’indépendance et le chemin vers la maturité. Il accompagne Jojo dans sa quête d’identité et l’aidera à entrer en lui-même pour mieux ouvrir son cœur.

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Traversée, d’Estelle Savasta

Traversée, d’Estelle Savasta est une pièce de théâtre poétique et singulière, qui nous projette dans un univers où les mots ont moins le pouvoir. C’est une histoire d’amour profond, entre une femme et l’enfant qu’on lui a confiée. Une histoire de courage et de liberté.

Depuis qu’elle est née, Nour vit avec Youmna qui est sourde. L’une a les gestes, l’autre a les mots. Ensemble, elle parle une autre langue fait de mouvements, de mots et de silences pénétrants. Un jour Nour reçoit une lettre de sa génitrice, lui demandant d’entreprendre une grande traversée pour la rejoindre. Avant de partir, Youmna lui confie une boite, renfermant le secret de ses sacrifices. Une boite qu’elle devra ouvrir un jour heureux, le premier jour de sa vie de femme. Nour prendra l’apparence d’un garçon et le cœur lourd, elle partira. Elle s’immiscera dans la nuit noire et inconnue des migrants, des passeurs et de la solitude. Elle ne trouvera jamais sa mère, mais parviendra à rejoindre un pays libre, dans lequel elle deviendra sage-femme. Ce voyage sera celui de la maturité. Nour grandira et trouvera, malgré tout, la possibilité de faire ses propres choix et deviendra alors une femme.

Dans cette pièce, Estelle Savasta met en valeur la beauté de l’unicité d’un lien. Elle travaille sur les idées reçues, sur la communication entre sourds et entendants. Avec ce théâtre de la vie, elle va au-delà des mots et choisie d’offrir ce texte à la scène, le lieu de tous les langages.

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L’Été des mangeurs d’étoiles, de Françoise du Chaxel

Avec L’Été des mangeurs d’étoiles, Françoise du Chaxel, nous replonge dans nos étés d’adolescents insouciants. Chaque année, un groupe de lycéens, se retrouve dans le sud, au cœur d’un petit village, entouré par les vignes, près de la mer. Un rendez-vous attendu avec impatience pour ces amis de longue date, ces jeunes êtres, emplis d’amour et de révolte. Cet été, deux nouveaux arrivants, turcs, Selma et son frère Nedim, troubleront les habitudes de ces mangeurs d’étoiles.

Entre histoires d’amour, amitié, séduction et mensonge, les personnages se confrontent à leurs souvenirs, leurs espérances et leur solitude profonde. En souffrance, le cœur lourd, leurs moments de confessions intimes sont marqués par une symbiose avec la nature et les sensations. Ils tentent d’expulser leur colère, de sortir du silence. Des images de corps surgissent, des yeux impatients, se cherchent du regard. Cette pièce de théâtre regorge d’instants poétiques et suspendus, qui nous rappellent des fragments de discours intérieurs des Vagues, de Virginia Woolf.

L’écriture de Françoise du Chaxel est douce, mélancolique et presque cinématographique. Elle arrête le temps, rassemble et divise. Les scènes se dessinent, les plans se resserrent et des images surgissent, au grès du vent et du ciel criblé d’étoiles.

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Mongol, de Karin Serres

Mongol, de Karin Serres est d’abord un roman, que l’autrice a ensuite adapté en pièce chez L’ École des Loisirs, pour le Théâtre du Rivage.

Cette pièce de théâtre jeune public est un bel hymne contre l’intolérance. Avec audace, humour et dureté, Karin Serres nous décrit le portrait d’un petit garçon attachant et débordant d’imagination. Ludo est considéré comme différent, car son apprentissage est plus lent que celui de ses camarades de classe. Crétin, simplet et débile, sont des insultes qui constituent son quotidien. Un jour, Fabrice, son inlassable bourreau, le traite de mongol, un mot dont il ne connait pas la signification. De retour chez lui, il s’empresse de chercher la définition dans le dictionnaire. Les injures s’effaceront alors, au profit de la découverte de l’Empire mongol, fondé par Gengis Khan en 1206. Ludo laissera son imagination galoper parmi les steppes et les vastes territoires de la Horde.

Sa plongée dans l’univers des Mongols, donne lieu à une véritable métamorphose. L’idiot de service se met à lire. Il apprend de nouveaux mots, change ses habitudes alimentaires, se découvre de nouvelles passions. Grâce à ces héros mongols auxquels il s’identifie, Ludo reprend confiance en lui. Audacieux et rêveur, il décide de se battre, pour montrer aux autres, que lui aussi sait faire preuve de courage. Un véritable progrès opère chez ce petit garçon rejeté, devenu un farouche guerrier.

À travers ce texte attendrissant, Karin Serres met l’accent sur la recherche de l’identité, propre à l’enfant. Avec douceur et créativité, elle l’invite à prendre de l’assurance et à oser se défaire des aprioris, pour s’extraire des cases.

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By Heart, de Tiago Rodrigues

Tiago Rodrigues est auteur, metteur en scène et directeur du Théâtre national de Lisbonne. Dans By Heart, édité chez Les Solitaires Intempestifs, il nous raconte l’histoire de sa grand-mère. Une vieille femme, qui sentant la cécité arriver, lui demande de choisir un livre, qu’elle pourrait apprendre par cœur. Un livre qu’elle pourrait lire mentalement, quand ses yeux lui manqueront.

Tiago Rodrigues convoque alors sur scène dix spectateurs, auxquels il lance le défi d’apprendre par cœur, le sublime texte qu’il a choisi : le sonnet n° 30 de Shakespeare.

Expérience participative, dans laquelle les spectateurs deviennent passeurs, la mémoire est au centre de cette pièce. La mémoire de ce qui touche. La mémoire de la beauté et de la puissance des vers. Tiago Rodrigues est un amoureux des textes. À travers cette pièce, il rend hommage à ses racines et à la Littérature. Il cite des extraits de Georges Steiner, de la Bible, de Ray Bradbury. Des pans de textes qui l’accompagnent au quotidien et qui apparaissent comme des actes de résistance contre l’oubli.

À travers ce texte, Tiago Rodrigues signe une sorte de profession de foi, une ode à la transmission par le biais de la mémoire et de la parole. By Heart, nous rappelle, avec beauté et simplicité, la nécessité d’être ensemble, tout en meublant et en décorant notre intérieur. Car personne ne peut altérer ce qui se trouve en nous.

« Quand je fais comparoir les images passées

Au tribunal muet de songes recueillis

Je soupire au défaut des défuntes pensées

Pleurent de nouveaux pleurs les jours trop tôt cueillis

Des larmes oublieux, mon œil alors se noie

Pour les amis celés dans la nuit de la mort

Rouvre le deuil de l’amour morte s’apitoie

Au réveil sépulcral des intimes remords

Je souffre au dur retour des tortures souffertes

Je compte d’un doigt las, de douleur en douleur

Le total accablant des blessures rouvertes

Et j’acquitte à nouveau ma dette de malheur

Mais alors, si mon âme, Ami, vers toi se lève

Tout mon or se retrouve et tout mon deuil s’achève »

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Une petite sirène, de Catherine Anne

Autrice, metteuse en scène et dramaturge, Catherine Anne est publiée chez Actes Sud-Papiers et chez l’École des Loisirs pour son théâtre jeune public.

Tout le monde connait l’histoire de La petite sirène, le seul conte qui ait réussi à faire pleurer son auteur, Hans Christian Andersen, tandis qu’il l’écrivait. Catherine Anne s’empare de ce conte noyé entre deux monde et nous en livre une version moderne, chaleureuse et pleine d’humour. Une petite sirène est un bel objet ludique et théâtral.

Le jour de ses 15 ans, Petite sirène rêve des merveilles de la terre ferme. Plongée dans l’ennui abyssal des fonds marins, elle fantasme sur les joies et les bruits exaspérants de là-haut. En parallèle, au Château de Terrebrune, le Prince veut fêter ses 16 ans, en mer, sur le plus beau navire de son père. Le Roi des mers, désireux de garder auprès de lui, sa fille qui lui échappe, fait éclater une tempête. La mer se déchaine et le Prince de Terrebrune tombe à l’eau. Il sera sauvé par Petite sirène qui le rejoindra sur terre, après avoir passé un pacte avec la Sorcière des mers.  

Catherine Anne reste fidèle au récit initiatique. Elle y ajoute une pointe de fantaisie et d’humanité. Les situations cocasses s’enchainent. La Sorcière, qui vole la voix de Petite sirène, en croquant sa langue, se retrouve connectée à ses indomptables pensées. La Reine, se coince une lombaire en apprenant à faire la révérence. La famille est placée au centre de la pièce. Une tendresse se dégage des foyers. L’accent est mis sur l’écoute, la communication et le soutien familial. Chez Catherine Anne, les hommes ont plus d’ampleur que chez Hans Christian Andersen. Des hommes protecteurs et sous le charme, qui n’hésitent à pas exprimer leurs sentiments.

Car au final c’est bien d’amour dont il est question. Et que peut bien faire l’amour d’une petite sirène? Se métamorphoser encore et toujours, au grè du vent…

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Coups de coeur Le théâtre de la jeunesse

Quatre pièces jeunesse sur les scènes parisiennes en mars

 L’enfance n’est pas une thématique, c’est un point de vue. Le théâtre jeunesse est un théâtre des adultes, se décentrant par un retour fictif en terres d’enfance. En miroir du Parcours Enfance & Jeunesse, qui débutera le 3 mars, au Théâtre de la Ville, la Librairie Théâtrale vous propose de découvrir quelques pièces jeune public, qui marqueront le mois de mars.

Créé en partie pour les enfants, à partir de neuf ans, L’Amour vainqueur, d’Olivier Py, signe la quatrième exploration de l’auteur, dans l’univers des frères Grimm. Entre alexandrins et opérette, cette pièce retrace la violence et la destruction d’un monde. Une jeune femme forcée d’épouser le fils du roi d’Angleterre, est enfermée dans une tour durant sept années. Pendant ce temps, l’homme qu’elle aime erre dans les rues. Manipulé et trompé, il se cache, tentant de survivre. C’est grâce au Théâtre que les personnages retrouveront une forme de dignité.

Vous pouvez retrouver ce texte mis en scène du 03 au 08 mars  dans le cadre du Parcours enfance et jeunesse du Théâtre de la Ville, au 104.

Avec Normalito, Pauline Sales répond à une commande de Fabrice Melquiot. S’intéressant aux super-héros, il lui demande de se pencher sur les « super-normaux ». Lucas est un élève de CM2, isolé dans sa condition d’être sans particularité. Le jour où sa maîtresse demande à toute la classe de dessiner un super-héros, Lucas trace le portrait de Normalito, celui qui rend les gens normaux.  Á travers cette fable, qui retrace différents portraits, Pauline Sales, interroge la notion de normalité et de différence, tout en aspirant à un vivre ensemble.

Vous pouvez retrouver ce texte mis en scène du 13 au 15 mars dans le cadre du Parcours enfance et jeunesse du Théâtre de la Ville, au Carreau du Temple.

En 2014, David Lescot écrit J’ai trop peur, sa première pièce sur l’enfance, à destination de la jeunesse. Les grandes vacances ne sont pas synonyme d’insouciance, de soleil et de plaisir pour tous les enfants. Le personnage principal de J’ai trop peur, est un petit garçon d’une dizaine d’années. Il s’apprête à passer son dernier été d’écolier avant de rejoindre le collège. Un passage redouté, qu’il appréhende chaque jour avec angoisse et apriori. Avec ce parcours initiatique nécessaire, David Lescot s’amuse, usant d’un humour cruel propre aux enfants.

Six années plus tard, nous retrouvons ce petit terrorisé, le jour de sa rentrée en sixième. Dans J’ai trop d’amis, nous suivons les premiers pas et l’intégration de ce garçon projeté dans l’inconnu. Avec ce texte, David Lescot poursuit sa sensibilisation aux différentes étapes de l’enfance. Maintenant qu’il a appris à gérer et à surmonter ses peurs, le jeune garçon devra s’imposer face aux garçons et aux filles. L’humour passe toujours par le langage. Au collège, tout est formulé au premier degrés. Les adolescents s’expriment avec sérieux et gravité, il en va de leur popularité.

Vous pouvez retrouver ce texte mis en scène du 21 au 29 mars  dans le cadre du Parcours enfance et jeunesse du Théâtre de la Ville, à L’Espace Cardin.

Hercule à la plage est une comédie dramatique, de Fabrice Melquiot, auteur d’une vingtaine de pièces pour la jeunesse. Il dessine une fresque identitaire autour de trois garçons, qui enfants, se confrontaient au héros mythique Hercule, pour séduire la même fille. Adolescents, il se retrouvent sur une plage, celle des adieux et de la vérité. Fabrice Melquiot chemine avec malice dans les labyrinthes dramatiques et créait le contraste. Avec ce texte, il interroge l’équilibre ténu entre la normalité et l’extraordinaire lié à l’enfance.

Vous pouvez retrouver ce texte mis en scène du 24 avril au 03 mai dans le cadre du Parcours enfance et jeunesse du Théâtre de la Ville, à L’Espace Cardin.

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Coups de coeur Le théâtre de la jeunesse

Les contes revisités : quatre pièces pour la jeunesse

Chacun de nous s’est fait bercer et a grandi aux rythmes enchanteurs des contes populaires. Distrayants et fantastiques ils véhiculent souvent un message éducatif, philosophique ou satirique. Dès la Renaissance, le conte a fait l’objet de nombreuses réécritures. Depuis quelques années, les auteurs de littérature dramatique jeunesse s’en emparent et le remettent au goût du jour. Le conte populaire est réinventé, modernisé et détourné de sa féerie initiale. Avec humour et douceur, il sensibilise davantage le lecteur et l’enfant, à la réalité du monde qui l’entoure.

Dans Le Petit Chaperon Uf, de Jean-Claude Grumberg, le grand méchant loup disparaît au profit d’un loup caporal à l’accent allemand. Un brigadier qui oblige le Petit Chaperon à enfiler un capuchon jaune à la place du fameux capuchon rouge. Une parabole amère, mais amusante, qui dessine les contours de l’antisémitisme et de l’intolérance.

Joël Pommerat s’est beaucoup penché sur l’univers du conte. Loin du soulier de verre , il transpose sa Cendrillon, dans une société moderne. L’innocente enfant prend le nom de Cendrier, une jeune fille singulière, obsédée par l’alarme de sa montre, qui la force à penser quotidiennement à sa défunte mère. L’atmosphère est ténébreuse et bouleversante. L’auteur conserve l’onirisme et sensibilise l’enfant à l’affrontement de la mort, tout en introduisant la notion d’émancipation.

Chez Marie Dilasser, Blanche-Neige l’histoire d’un Prince, le récit commence après le conte. Le mariage est consommé et la paresse s’est installée dans ce couple qui occupe désormais un royaume abandonné, aux airs de fin du monde. L’originalité de ce texte réside dans la langue singulière de l’autrice, dont la farce crue, rappelle l’univers d’Alfred Jarry. Longtemps considéré comme un conte initiatique féminin, chez Marie Dilasser, Blanche-Neige est relayée au second plan. Pour une fois, le Prince prend le pas sur l’illustre princesse.

Dans plusieurs de ses pièces, Jean-Pierre Duru s’amuse avec fantaisie, à détourner les figures du conte. Dans Qui a tué Charles Perrault ?, Paul X mène l’enquête auprès des célèbres personnages issus des fables de Perrault. L’auteur les ancre dans le monde contemporain et leur offre une dimension actuelle et universelle. Le Petit Chaperon Rouge est mariée avec le Loup qui souffre d’une réputation mensongère de mangeur d’enfants. Cendrillon a épousé un Prince ruiné par la crise immobilière. Quant au Prince Charmant, il est membre du Syndicat des Princes.